Le grand entretien : Cloé Korman, « cette minorité qui compose la moitié de l’humanité »

Cloé Korman © C. Marcandier
Cloé Korman © C. Marcandier

Chloé Chaudet a réalisé, le 2 septembre 2016, un entretien avec Cloé Korman, dans le prolongement de la journée d’étude jeunes chercheurs « Écriture féminine, entre stéréotype et concept » (SELF XX-XXI) dont les actes sont consultables ici.

Qu’est-ce qui t’a amenée à accepter cet entretien autour du concept glissant d’« écriture féminine » ?

Quand j’ai commencé à écrire, je ne voyais pas l’intérêt de m’interroger sur l’écriture féminine. J’allais écrire, tracer la voix intérieure qui était la mienne de façon à ce qu’elle puisse, dans la lecture, s’effacer dans la résonance de voix intérieures inconnues, de lecteurs aussi bien hommes que femmes. Quant aux sujets à aborder, hors de question de me limiter à des sujets considérés comme féminins, ou au sujet de la condition des femmes. Si j’écrivais de la fiction, c’était pour vivre la liberté intense de me projeter, sans aucune assignation identitaire, dans d’autres mondes. Cela me paraissait insupportable de prendre le chemin de l’écriture, de cette immense liberté, en la restreignant de cette façon-là.

Les hommes-couleursC’est la vie publique de mes livres qui m’a alertée progressivement : d’abord avec Les Hommes-couleurs qui parle des migrations du Mexique aux États-Unis dans les années 1950, ensuite avec Les Saisons de Louveplaine, qui évoque les émeutes de 2005, après la mort des adolescents Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois dans des conditions insupportables. Ce matériau historique, politique de mes propres livres me donnait l’impression (à cause d’une certaine absence de répondant ou de ma faute, à cause de ma propre conformation culturelle) que je n’en étais pas l’auteur. D’autre part, certains thèmes qui m’étaient spontanés, l’enfance, la maternité, ou la façon dont j’avais 9782757845219préparé Les Saisons de Louveplaine en faisant un atelier d’écriture avec des adolescents de banlieue, cette démarche éducative, me renvoyaient une image publique anodine et comme inintéressante. C’était une sorte de piège rhétorique : l’intérêt du roman, c’est précisément de montrer la violence politique dans l’intimité des familles ou des amours adolescentes, mais pour parler du livre, il valait mieux parler de la descente de Nicolas Sarkozy à La Courneuve. Or pour entendre parler de Nicolas Sarkozy à La Courneuve, je sentais qu’on aurait donné plus de crédit à un homme qu’à moi.

Il y avait bien une singularité féminine dans mon approche, et elle n’était pas bienvenue. Je me suis rendu compte de cela également à travers un détail extraordinaire dans le traitement critique des Saisons de Louveplaine. Comme la liberté des filles est souvent très entravée dans les milieux populaires des banlieues, un des personnages principaux, un adolescent qui entraîne toute l’histoire, se révèle être une fille. Une fille travestie pour pouvoir échapper aux violences et vivre sa vie, et même la vivre du côté des plus forts, des adolescents qui dominent le groupe. Je voyais dans cette adolescente une certaine image de moi-même écrivant, c’est-à-dire entrant dans un rôle qui est historiquement plutôt masculin. Et bien ! à l’exception d’un seul article, et de façon notable d’une lettre reçue de l’historienne des femmes Michèle Perrot, personne n’a remarqué cet aspect ou souhaité en discuter. Le sujet n’étant pas le combat de coqs entre influences culturelles ou communautaires (« l’islam est-il misogyne ? » ou ce genre de questionnement qu’affectionnent les hebdos), mais plutôt l’inventivité émancipatrice d’une femme dans son milieu, le sujet n’intéressait pas. Alors que pour ma part, me dire que ce héros, pour ce qu’il avait à accomplir, ne pouvait pas être une femme à moins d’être déguisé en homme, me rendait assez mélancolique, même si le travestissement qu’il réalisait, que j’écrivais, me donnait aussi une certaine joie, une part de rire.

Comment partages-tu ce constat avec les autres écrivaines françaises ? Que penses-tu de leur rapport au féminisme ?

Je pense que beaucoup d’écrivaines françaises se moquent de savoir s’il faut mener un combat féministe dans la vie civile, mais choisissent pourtant leur cheminement, leurs thèmes, avec le désir de parler à des femmes en vue de leur émancipation : en levant des tabous sur les violences, en racontant des destins de femmes qui surmontent les limites sociales, ou par le geste même de l’écriture qui lève ces limites. Elles ne porteront pas un discours public militant, mais elles croient au courage qu’on fait passer dans l’intimité du texte. Je pense que cette transmission a un vrai pouvoir – dans une grande diversité de textes, qui irait de Christine Angot à Delphine de Vigan. Ces écrivaines n’appellent pas à une action ou une prise de conscience collective des femmes, mais leur écriture elle-même est libératrice.

Mais il y a une force galvanisante dans un texte qui veut susciter le collectif ou la conscience collective, et j’ai beaucoup d’admiration pour King Kong Théorie de Virginie Despentes. Ce texte a une énergie et un humour vraiment exceptionnels, et j’ai constaté maintes fois qu’il communiquait aux femmes et aux hommes d’ailleurs une combativité qui en font un livre assez à part.

Et en ayant vécu aux États-Unis, que retiens-tu du féminisme étatsunien et de son influence en littérature ?

Comme dans d’autres luttes, ce que les États-Unis déploient audacieusement et nous transmettent de façon significative, c’est une forme de spécialisation du combat féministe. On lui reconnaît là-bas une spécificité non seulement en tant que militantisme, mais aussi dans le champ intellectuel, et plus spécifiquement dans l’institution universitaire. Reconnaître la cause des femmes comme un champ scientifique à part entière me paraît non seulement pertinent, mais en un sens bouleversant au regard de leur histoire. On constate qu’il faut une démarche d’enquête très approfondie pour surmonter l’ignorance collective, les millénaires de silence et d’absence à la vie publique. De cette façon, on va se mettre en quête de l’existence des femmes, de leur existence sociale, politique, artistique, et relier cette histoire aux enjeux présents en affrontant la difficulté fondamentale de retrouver leur trace. C’est prendre acte du fait que cette trace, étouffée par les dominations successives, peut être abordée comme les vestiges d’une civilisation perdue, qu’elle est aussi lacunaire et difficile à atteindre, aussi belle et fuyante que les traces des civilisations disparues – bien que les femmes n’aient jamais disparu et que je parle ici de façon plutôt allégorique, elles ont plutôt été traitées comme si elles n’avaient jamais existé. Admettre cet effacement, littéral et affectif, permet de se donner les moyens de l’enquête, et de créer pour les femmes les moyens spécifiques pour qu’elles participent au monde présent.

Cette démarche intellectuelle est fondamentalement liée aux enjeux sociaux. L’humiliation symbolique des femmes, leur absence dans les gouvernements comme dans les livres et les musées, l’analyse des mots de l’oppression au quotidien, sont liés aux ravages de leurs vies, aux violences subies, à l’absence de droits, de libertés, aux difficultés d’accès au travail. La lutte pour la reconnaissance symbolique et les progrès sociaux est la même.

Pourtant, il y a eu en Occident énormément de progrès concernant la présence des femmes dans l’espace public, dans la conquête d’une égalité hommes-femmes plus marquée. De ce point de vue-là, crois-tu qu’il existe encore une spécificité de l’« écriture féminine » ?

Effectivement, ce qui me fascine c’est le rôle que peut jouer la littérature dans cette lutte. Les mots et les histoires sont le matériau le plus ordinaire de la conscience des sociétés. Comme la circulation des biens et de l’argent, mais de façon plus imperceptible et intime, ils dessinent des aires d’identité et de partage. Quelle est la part des femmes dans cette élaboration collective ? Ayant été effacées, sont-elles pour autant absentes de ce réseau imaginaire qui nous rassemble et nous détermine ?

Du point de vue institutionnel et des pouvoirs en place, le caractère structurant de la littérature pour l’imaginaire des sociétés exclut les femmes. Mais en même temps le travail imperceptible qu’elle opère, le caractère infra-ordinaire de cette circulation des mots et des histoires (si on la compare à nouveau aux biens ou à l’argent) ressemble bien à l’empreinte des femmes, à cette identité clandestine des femmes. Elle accueille parfaitement l’ambivalence de cette minorité qui compose la moitié de l’humanité.

Et de fait on ne peut pas parler de pure marginalité des femmes du point de vue littéraire. Il y a même une tradition féminine très puissante, qu’on peut identifier tout particulièrement dans le domaine anglo-saxon : une tradition de grandes architectes allant de Jane Austen à Joyce Carol Oates, qu’on retrouverait en France avec des conteuses à la Fred Vargas, Dominique Manotti, Chantal Thomas. Ces écrivaines sont reconnues pour leur capacité d’invention d’histoires, pour leurs fresques, leur puissance de restitution de la machinerie sociale. Et de façon concomitante, l’écriture des femmes est mythifiée par une longue histoire de parole clandestine, dérobée aux obligations sociales : Austen écrivant dans la pièce commune malgré l’agitation de la maisonnée, Emily Dickinson griffonnant des poèmes de façon furtive au dos des listes de course et des factures de commerçants.

Mais, qu’elles soient architectes ou discrètes, ce qui m’intéresse chez les femmes écrivains est de savoir en quoi elles sont poètes. Non pas en quoi elles seraient romancières, interprètes de nos sociétés, quelle que soit la qualité de cette interprétation. Mais en quoi elles sont poètes, au sens où elles ajouteraient à notre monde des objets, à notre langage des mots qui ne s’y trouvaient pas, des structures de pensée qui les changent.

Il y a donc des formes d’expression à inventer pour les femmes ?

Cela ne m’intéresse pas que les écrivaines obtiennent de parler des mêmes sujets que les hommes, ou de traiter de la condition féminine exclusivement. Mais ça m’intéresse de voir si certains objets qui sont assignés au domaine féminin, comme l’accouchement, la grossesse, mais aussi bien la coquetterie et le vêtement, peuvent devenir eux aussi des témoignages sur la peur de la mort ou le désir d’expression. Je suis sûre qu’il n’y a pas moins d’intensité dramatique, moins d’élaboration anthropologique dans un accouchement, ou dans le désir de porter un rouge à lèvres, que dans la conquête de l’Amérique ou la conquête de Paris.

announces-posterUne des œuvres qui m’a le plus intéressée à ce sujet ces dernières années, c’est un film, Annonces, de la documentariste israélienne Nurith Aviv. Il montre que le mythe de la création qui commande nos imaginations occidentales, celui d’une création artistique et non biologique, est celui de la Genèse dans la Bible : une puissance « Il » crée le monde. Mais le film explore un autre mythe de création non biologique, celui au féminin de la grossesse de Marie, de l’enfantement de Jésus, précédé de l’annonce de cet événement. Elle explore cette création féminine issue du verbe et d’une femme, et elle montre quelle force a cette histoire, présente simultanément dans les trois grands textes monothéistes.

Ce passage du démiurge masculin à la créatrice Marie est très important car il faut du mythe, il faut des précédents pour nourrir un imaginaire, pour permettre à des femmes de s’imaginer artistes. C’est dans cette transition qu’on peut apprendre à lier féminin et création, au lieu de les autoriser hypocritement, en exigeant en réalité un choix identitaire cruel entre un destin d’artiste et un destin de femme. Ce qui m’intéresse c’est d’explorer le lien entre l’amour, la sexualité, la maternité, la beauté du corps et des apparences, et la création. Je pense que ce sont des figures d’expansion, de lutte avec la mort, tout autant que celles de l’ambition, de la stratégie, de la guerre, de l’argent, assignées au masculin.

Les très grandes écrivaines sont capables de donner une stature particulière au domaines réputés féminins. Elles font ressentir ces expériences tout en révélant leur ossature mortelle. C’est ce qui fait le génie d’une Toni Morrison dans Beloved : le récit d’un accouchement, de l’éducation et de la fréquentation d’un bébé, est le vecteur d’un récit politique très puissant sur l’esclavage. Elle réécrit la légende médéenne liant l’assassinat du bébé et l’oppression sociale, en donnant un caractère incroyablement vif et concret à la relation maternelle. Et récemment, dans le domaine français, le regard féminin sur la naissance et l’adolescence, et leur lien à la mort, fait la beauté du Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. Il se passe ici quelque chose de magnifique, une forme de transfiguration du geste de donner la vie, au sens biologique, vers cette forme culturelle, scientifique, romanesque, qu’est la greffe cardiaque.

Comment qualifierais-tu ton rapport au féminisme, et aux questions de genre ? Te définirais-tu comme une écrivaine féministe ?

La recherche d’une écriture féminine peut tomber dans les mêmes pièges que le combat pour l’émancipation des femmes, si elle nie les contradictions déchirantes qu’elle aborde. Comme dans le monde réel, c’est un combat mort ou glauque dans plusieurs cas de figure : une revendication d’égalité absolue, « soyons comme les hommes, écrivons comme les hommes écrivent » ; un enfermement obsessionnel sur le thème de la condition des femmes, au nom de leur invisibilité qu’il faudrait réparer ; ou bien, admettre une spécificité des thèmes féminins à destination des femmes.

Être un.e écrivain.e féministe, c’est donc assumer une vision politique du féminisme qui transmette sa complexité, en n’opposant pas les femmes au reste du monde mais en comprenant aussi les contradictions intérieures du combat des femmes.

Le féminisme se déploie en effet sur des lignes de fractures très importantes, des champs d’opposition redoutables, à vrai dire quasiment irréconciliables. Prenons un exemple comme celui de la prostitution, sujet très littéraire mais surtout très réel. Il y a celles qui défendent le fait de vendre son corps en tant que liberté, en tant que ré-appropriation des rapports de soumission qu’inflige de toute façon le patriarcat. Et celles au contraire qui exigent d’y mettre fin car c’est une aliénation insupportable, fondée sur l’infériorité sociale des femmes, ce que prouve assez à leurs yeux le fait que l’essentiel de la prostitution soit féminine. L’idée de maîtrise de son corps entraîne aussi des points de vue séparés sur les questions de contraception et de droit à l’avortement. Certaines féministes admettent la limite actuelle du droit à l’avortement, jusqu’à seize semaines de grossesse en France, alors que d’autres voudraient étendre cette durée, considérant qu’il n’y a pas de commune mesure entre la vie d’une femme adulte et celle d’un embryon.

On a vu aussi, ces dernières années, combien le féminisme pouvait recouvrir des lignes d’opposition entre universalistes et anti-impérialistes. Les féministes se divisent sur la question du voile : pour certaines il appartient, lui aussi, à la liberté de disposer de son corps comme chacune l’entend, et il est donc arrogant, humiliant, d’imposer aux femmes d’enlever leur voile si elles l’ont choisi ; pour d’autres ce choix est en fait téléguidé par les hommes ou la peur des hommes, il est le signe d’une domination qu’il faut empêcher, parfois même contre la volonté de celles qui la subissent.

Du point de vue de l’identité même du militantisme, il y a celles pour qui le féminisme est un combat de femmes, où les femmes dans des assemblées féminines apprennent à maîtriser leur destin, à prendre la parole pour elles-mêmes sans l’habituelle intimidation masculine, ou toute prise en charge masculine qui pourrait amoindrir le geste d’émancipation. Et il y a un autre mouvement qui dirait que l’émancipation des femmes est un horizon d’émancipation pour l’humanité toute entière, qu’il n’y a pas de raison que seules des femmes combattent pour les femmes, et qui pensent que le mouvement est plus fort en associant des hommes à leur combat.

Je parle d’hommes et de femmes, alliés ou pas, mais dans le cadre des luttes contemporaines il y a aussi des divisions sur la question d’associer ou non le féminisme aux questions de genre, aux droits des homosexuels, des transsexuels, de tous ceux qui ne s’identifient pas aux partitions traditionnelles du féminin et du masculin. Pour certaines féministes, la raison statistique donne priorité au combat des femmes. Pour d’autres, dont je fais partie, les deux combats doivent se mener solidairement : les humiliations subies par les femmes sont liées à des cadres de pensée qui associent des traits sexuels à des infériorités ou des supériorités, et c’est cette façon de distribuer les rapports de force qu’il faut changer.

La radicalité de ces oppositions me conforte dans l’idée que le combat des femmes est brûlant, qu’il fait partie des combats les plus essentiels qu’on puisse mener pour changer la société. La littérature est propice à ce combat car elle peut assumer la complexité, contrairement au militantisme au jour le jour qui nie les divisions intérieures pour donner l’illusion d’une parole commune, ou bien aux médias et au marketing qui souvent usurpent scandaleusement ce rôle militant, utilisant simplement les femmes dans un but clientéliste.

Cloé Korman
Cloé Korman

Tu penses donc que la littérature a un rôle à jouer dans l’émancipation des femmes ?

La littérature, et un certain regard sur la littérature… Prenons l’exemple lancinant des manuels scolaires, dont les femmes sont absentes. Elles sont absolument absentes ! Regardez les programmes du bac, tous les témoignages que l’on peut trouver sur ce qu’est le canon littéraire, sur l’idée commune de l’histoire littéraire.

Cette absence est terrible car je crois sincèrement qu’en théorie, elle est insurmontable. La littérature n’existe pas sans mémoire de la littérature. Elle est déchiffrement d’histoires et de signes, c’est-à-dire du déjà connu qui permet de tourner son attention vers l’inconnu. C’est pourquoi l’absence d’un sillon déjà tracé est un handicap énorme pour les femmes écrivains qui ne peuvent pas ou peu se reconnaître dans des voix qui les ont précédées, et les faire leurs pour ensuite s’en émanciper. C’est une difficulté énorme, et la nier en disant qu’il existe quand même des modèles, des exceptions littéraires féminines ici et là ne suffit pas.

Pour les femmes écrivains d’aujourd’hui, et artistes en général, je pense qu’il faut se placer, comme dans le combat féministe, devant l’énormité de l’histoire et des siècles : devant ce vertige de l’absence de droits et de voix des femmes à travers le temps. Ce constat, quand on le fait, est très oppressant. Se dire que les femmes ont été radicalement niées pendant l’essentiel de l’histoire et que c’est une toute petite émergence de liberté à laquelle on assiste depuis le xxe siècle, est vertigineux. Il montre que le combat est très difficile et dangereux – c’est le sens du mot de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

Mais cela permet aussi, sur cette base, d’écouter les voix féminines de la littérature, qui nous ont précédées, avec une force nouvelle : elles ne sont pas là comme une curiosité du champ littéraire, comme participantes d’un genre mineur. Elles sont présentes à égalité d’ambition et de rêve avec les hommes – mais empêchées de s’exprimer. Or, certaines équations impossibles dans le champ social peuvent avoir lieu dans le domaine de la littérature : les infériorités de fait peuvent s’y modifier en singularités, et donc en forces. Ainsi des voix des femmes, dont la rareté passée a une force tragique ou témoigne d’une énergie, d’un courage exceptionnels, matière à littérature.

Cloé Korman est l’auteure de deux romans, Les Hommes-couleurs, 2010, Les Saisons de Louveplaine, 2013, tous deux disponibles en poche chez Points.