L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.

 


A fendre le cœur le plus dur, écrit par Jérôme Ferrari et Oliver Rohe, porte sur un ensemble de photographies prises par l’écrivain et journaliste Gaston Chérau en 1911, dans la Tripolitaine, en Libye, alors occupée par l’armée italienne et où Chérau est envoyé par le journal français Le Matin. A l’occasion de la publication en poche du livre, en Babel (Actes Sud), retour sur A fendre le cœur le plus dur, via un entretien avec les deux auteurs réalisé lors de la sortie du texte en grand format (Inculte).

Sylvain Bourmeau © Julien Falsimagne & éd. Stock

En janvier dernier, Sylvain Bourmeau publiait Bâtonnage, texte inclassable, sortant la littérature de l’intrigue comme le journalisme du flux ininterrompu de nouvelles sans relief, manière de raturer ce qui excède pour faire naître une altérité radicale, un sens nouveau, une forme proprement inédite, comme le soulignait Jacques Dubois.
Le geste journalistique — bâtonner pour ne conserver que l’important d’une dépêche — devient acte littéraire, excédant l’un et l’autre discours, produisant des textes qui ne sont plus ni journaux ni articles mais peut-être des poèmes, au sens le plus étymologique du terme, depuis les colonnes du journal. D’une verticalité radicale, perdant le sens premier pour mieux (re)trouver une signification réelle, les textes ainsi produits, agencés et édités, donc écrits, rappellent pour une part du connu (en vrac, Mallarmé, Apollinaire, Schuhl, Cadiot) qu’ils débordent et contournent, pour faire advenir autre chose, qui tiendrait de l’art contemporain ou de ce que Sylvain Bourmeau nomme lui-même, dans l’Envoi qui clôt le livre, de la « non narrative non fiction« .
Dès la sortie de Bâtonnage, Johan Faerber avait dit son enthousiasme pour cette « poésie à coups de bâtons« , saluant la singularité profonde de ce livre qui « s’offre comme une installation ou un happening qui n’en finirait plus de déparler les discours ». Retour printanier sur l’un des livres les plus impressionnants de la dernière rentrée d’hiver, via cette fois un entretien avec Sylvain Bourmeau.

Renata Adler par Richard Avedon

Renata Adler, plume du New Yorker, n’est pas seulement une journaliste iconique, elle est l’auteur de deux livres cultes, Speedboat (1976) et Pitch Dark (1983), réédité aux États-Unis en 2013.
Les lecteurs français l’avaient (enfin !) découverte en 2014, avec la publication de Hors-Bord aux éditions de l’Olivier, dans la si belle traduction de Céline Leroy. Voici que paraît en français son second livre, sous le titre de Nuit noire, formant un diptyque discret avec le précédent, poursuite d’une Règle du jeu fascinante, un portrait oblique et fragmentaire, en écho au « we tell ourselves stories in order to live » de Joan Didion (The White Album, 1979).
Nous nous racontons des histoires pour pouvoir vivre. Mais comment ? « Est-ce que je dois y mettre les formes ou est-ce que je peux le raconter comme ça s’est passé ? », se demande la narratrice de Nuit noire.

Détective est une antonomase inversée, de ces noms communs devenus non seulement un nom propre mais une marque. C’est la spécificité des grands journaux, peut-être, que de faire sinon oublier du moins passer au second plan l’usage courant d’un mot, c’est la carrière onomastique de cet hebdomadaire à l’ambition démesurée — « à la fois journal et magazine », tout ensemble « savant », « historien » et « romancier », soit être « partout… pour tous » comme le proclame hautement l’édito de son premier numéro, le 1er novembre 1928 — auquel Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier ont consacré des journées d’étude, une exposition puis un livre, Détective Fabrique de crimes ? (Joseph K), variation dans les approches d’un même support médiatique dont elles démontrent la pertinence et la richesse.

Melvil Poupaud
Melvil Poupaud

Dans le rapport étroit des livres aux films, l’adaptation est l’exercice le plus courant, paradoxal puisqu’à la fois naturel et hautement risqué. Plus rarement, c’est le film qui devient livre, comme dans ce Voyage à Film City que publie Melvil Poupaud chez Pauvert, journal d’un tournage en Chine, loin de se réduire à la seule prise de notes à la volée et au jour le jour.

Détective fabrique de crimes

Après deux journées d’étude à Montpellier et à Nîmes en septembre dernier, l’exploration de Détective, fabrique de crimes ?, initiée par Marie-Eve Thérenty et Amélie Chabrier, se poursuit le 14 janvier prochain, à Paris, avec une nouvelle journée de colloque, puis l’inauguration d’une grande exposition à la Bilipo le 19 janvier et enfin la publication d’un livre, avant celle des actes du colloque.

© Dominique Bry
© Dominique Bry

J‘ai imaginé mon générique de film idéal, avec une idée fixe, une histoire de mecs, faite de dialogues de garçons et de monologues pensifs, avec des allers et retours dans le temps et l’espace. Tout en conservant une certaine unité théâtrale de lieu et de temps. Je me dis que la chanson de fin était à l’origine de mon postulat farfelu : composer une bande son en phase avec mon propos. Au milieu de ce long-métrage virtuel et à la lecture de ce scénario qui n’en est pas un, je me suis rendu compte que quelque chose était peut-être en train de s’écrire. Musique.