La romancière Hélène Gaudy quitte dans son récent livre Archipels le domaine de la fiction pour interroger la figure de son père. Paru à l’automne 2024 aux éditions d’Olivier, son récit retrace l’enquête qu’elle a menée plusieurs années durant, au fil d’entretiens avec ses parents, de collectes d’objets et de documents, d’arpentages sur les lieux susceptibles d’éclairer l’existence d’un père aimé et côtoyé toute sa vie durant, mais dont elle interroge l’irréductible part d’inconnu. (Entretien).

On a pu lire des autobiographies par les objets — celle de François Bon, par exemple, en 2012 ou, dans une certaine mesure, Intérieur de Thomas Clerc, l’année suivante. Hélène Gaudy offre un portrait par les objets, celui de son père, artiste, poète et collectionneur fou qui rassemble ses trouvailles et archives dans un atelier-cabinet de curiosités que l’autrice aborde comme un rivage aussi secret qu’il est exposé.

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Archipels d’Hélène Gaudy aux Éditions de l’Olivier : lu en quatre étapes à la nuit tombée avant de gagner le littoral nord breton hanté par des fantômes familiers. 25 juillet : relecture, face à la mer, prenant quelques notes. Une nouvelle saison démarre, mais c’est toujours la même chose : comment rendre compte de nos lectures, de nos rencontres, de nos écoutes, de ce qui nous a ébloui ou simplement intéressé, en se retenant de formuler cet exaspérant « ressenti » qui parle davantage du commentateur que de ce qui a été placé au centre de l’attention ? Toujours aller contre la dictature de l’immédiateté. Condenser, élaguer, frotter, reprendre, gommer, pour mieux assembler ce qui tient après relecture.

En partenariat avec Diacritik, la Maison des écrivains et de la littérature vous offre l’un des festivals de littérature contemporaine parmi les plus riches en un clic, en live, en restant chez vous, calé dans votre fauteuil. Crise sanitaire oblige, la nouvelle édition des Enjeux Contemporains aura lieu cette année depuis le Vieux Colombier sans public mais sera retransmis en direct sur Diacritik.

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L’autre jour, dans le métro, un pickpocket malchanceux a dérobé dans mon sac à dos l’agenda très ordinaire où je consigne mes rendez-vous et autres obligations quotidiennes, ainsi qu’un carnet de notes. N’ayant aucune chance de les retrouver, je tente de reconstituer de mémoire ce qui s’y trouvait inscrit, ce qui me renvoie à ces heures d’été encore chaudes quand, assis face au Nord, à l’ombre des rochers en bord de mer, je lisais quelques nouveautés de la rentrée à venir, crayon et carnet en poche.

Indubitablement, avec Un Monde sans rivage qui paraît ces jours-ci chez Actes Sud, Hélène Gaudy signe un des grands romans de nos années 10. Dans ce récit épique de l’expédition polaire menée en 1897 par trois Suédois, Hélène Gaudy offre un puissant roman photosensible en engageant une des plus importantes réflexions de notre temps sur le rôle des images dans nos vies.

Les lecteurs d’Hélène Gaudy savent que dans ses livres le paysage n’est pas qu’un espace à arpenter : c’est dans Une île une forteresse une épaisseur d’histoire à traverser et qui vous traverse à son tour, comme des strates sédimentées, ou un feuilleté d’archives, à la manière de W. G. Sebald ; c’est aussi une force qui bouleverse la physiologie et décadre les repères familiers, comme dans Grands lieux.

Tout récit est procès, plus encore quand il s’attache à l’Histoire, à la place de la violence et du pouvoir dans l’Histoire : mais que peuvent plus précisément nous dire les procès, en tant que scènes judiciaires, d’un passé récent, le XXe siècle ?