Nous avons rendu compte ici même du bel ouvrage de Manon Garcia réinterprétant tout philosophiquement Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir sous le titre de On ne nait pas soumise, on le devient. Voilà qu’un autre ouvrage d’inspiration féministe vient comme lui donner suite mais sur un mode plus pratique en ce qu’il reprend des chroniques publiées dans Philosophie Magazine autour de la question des femmes et de leur corps au long de la vie. C’est en politiste et en militante que Camille Froidevaux-Metterie signe cet essai audacieux. Certaine philo n’est cependant pas loin, une philo qui rejoint celle de Garcia à travers la référence à une commune phénoménologie passant par Merleau-Ponty.

Jeune professeur de philo à l’Université de Chicago et par ailleurs française, Manon Garcia nous donne un livre magnifique et surprenant. Magnifique parce qu’il nous rend proche un problème peu identifié jusqu’ici comme philosophique, à savoir le destin des femmes comme soumises. Surprenant parce qu’il ose une relecture hardie du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Et cela en changeant un seul mot dans une formule fameuse.

Eve Polastri appartient au MI-5, le service de renseignement britannique. Épouse plus ou moins comblée et analyste sédentaire, elle fait autant preuve de maladresse que d’intuitions fulgurantes. Alors, quand un assassinat est perpétré à Vienne et que l’unique témoin s’est réfugié à Londres, il n’en faut pas plus à Eve pour que son talent et son cœur s’expriment.

Inaugurée le 8 mars 2018, une date en clin d’œil symbolique, la Galerie Miranda offre de belles promesses dans le champ qui est le sien : la photographie et l’édition photographique. La vocation de Miranda Salt, créatrice de ce bel espace, est de faire découvrir au public français des œuvres photographiques principalement féminines et étrangères.

L’histoire des suffragistes radicales, le combat oublié des ouvrières du nord de l’Angleterre est un ouvrage à quatre mains, écrit conjointement par deux historiennes britanniques Jill Liddington et Jill Norris, disparue prématurément dans un tragique accident de voiture (1949-1985). La première publication de cet essai remonte à 1978, sous le titre original, One Hand Tied Behind Us. The Rise of the Women’s Suffrage Movement, aux éditions Virago, un grand succès de librairie, selon la formule désormais consacrée. L’ouvrage a été réédité, par la seule Jill Liddington, en 2000 aux éditions Rivers Oram. Mais la traduction en français très récente, mars 2018, aux éditions Libertalia, est le fruit du travail de Laurent Bury. Fabrice Bensimon, dont on a grandement apprécié Les sentiers de l’ouvrier, le Paris des artisans britanniques (1815-1850), en a assuré la préface.

 

Après conseils et réflexions, j’ai décidé de porter plainte contre le père de famille dont j’ai raconté l’histoire dans mon précédent texte. J’ai lu en effet une interview des responsables d’une association de violences faites aux femmes qui soulevait une question cruciale : « La définition du harcèlement est difficile, pour certaines une insulte sexiste dans la rue n’est rien, pour d’autres c’est une véritable agression. »

Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) ou l’œil du patriarcat

Avec Phantom Thread, Paul Thomas Anderson signe son huitième opus et Daniel Day-Lewis annonce jouer dans son dernier film. L’événement est facile à créer. La critique s’enthousiasme : « chef d’œuvre », « grand film féministe » (sic). Les uns disent qu’il s’agit d’un film à la recherche de la perfection comme à vouloir poursuivre son sujet et même le dépasser, les autres hèlent les « entendus » se croyant plus malins que tous, pour se faire entendre davantage. Mais de qui ce film est-il le nom ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce « fil fantôme » qui est pourtant très épais et a échappé, jusqu’ici, à tout commentaire ?

John Brown, portrait dessiné par sa fille, Sarah

Dans Diacritik, Jean-Louis Legalery rappelait l’anniversaire du refus de Rosa Parks, le 1er décembre 1955, condamnée pour « violation du code de ségrégation de la ville de Montgomery » à dix dollars d’amende et quatre dollars de frais de justice, pour avoir refusé de céder sa place, dans le compartiment réservé aux Noirs, à un homme blanc qui n’avait pas de place dans le compartiment réservé aux Blancs. Cette lutte contre la ségrégation a une longue histoire aux États-Unis et n’est pas dépassée malheureusement. On ne peut en rappeler toutes les étapes mais celles pour lesquelles nous disposons d’œuvres de fictions documentaires qui nous aident à entrer dans l’histoire pour mieux comprendre. On ne peut se contenter d’une seule lecture ; il faut les multiplier car chaque fiction adopte un point de vue sur l’événement et le personnage historique. Et s’il est un personnage historique fascinant, c’est bien celui de John Brown.

Jean-Michel Blanquer, farouche opposant à l’écriture inclusive, jugée « très laide »

Depuis quelques jours en France, se dévoile le théâtre désastreux de la misère impondérable de la Réaction politique qui, chose cependant assez nouvelle dans l’histoire immédiate, s’attache pour une fois à l’usage de la langue et à son renouvèlement par l’écriture inclusive. De fait, depuis bientôt un mois, de Jean-Michel Blanquer en passant par Édouard Philippe, chacun (des hommes) fustige l’usage de cette écriture inclusive en se réclamant d’autorité d’un usage unique et normé de la langue, celui rappelé il y a peu par la toujours déjà moribonde Académie française, toujours prompte à sortir de son cénotaphe de la rive gauche pour venir annuler toute forme d’émancipation.

Georgia O’Keeffe par Alfred Stieglitz, 1918

Le 15 novembre 2017 a marqué le cent-trentième anniversaire de la naissance de l’artiste américaine Georgia O’Keeffe (1887-1986), considérée par beaucoup comme la mère du modernisme américain. Disparue à l’aube de son centième anniversaire, le 6 mars 1986, elle a laissé, dans l’histoire de la peinture, une trace profonde, marquante et originale, avec ses tableaux de fleurs XXL et son obsession des gratte-ciel de New York.

Photo de couverture de l’album Canti delle donne in lotta, Fufi Sonnino e Yuki Maraini, 1976

Vous sortez du silence. Vous sortez de l’anonymat. Vous sortez de vos cuisines, de vos chambres, du carré clos de vos bureaux pour dire les abus dont vous avez été et vous êtes victimes. Continuez à le faire. Continuez à ne pas vous oublier. Car si ce n’est pas vous qui prenez la place qui vous est due dans ce monde, personne ne le fera pour vous.

C’est la révolution en acte du plus négligé des Lumpenproletariats de l’Histoire : les femmes. C’est le Lumpenproletariat que l’on ne veut écouter car c’est celui qui aurait sans doute le plus de pouvoir parmi tous. Il faut donc que la lutte continue, que ces années 1970 qui ont commencé à nous libérer, perdurent. Les hashtags #balancetonporc et #moiaussi sont ainsi les bienvenus s’ils permettent aux femmes de ne plus vivre dans la honte du viol et du harcèlement sexuel.

Je suis donc ce qui se dit, ce qui s’écrit, ce qui se fait sur cette déferlante. Et je m’engage aussi. Comme chacune d’entre vous, j’ose l’espérer.