Bloody Milkshake, seules contre tous

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C’est l’un des (trop rares) bienfaits de la vidéo à la demande ou du replay un jour de disette télévisuelle : tomber par hasard sur un film anecdotique qui ne révolutionne en rien le cinéma d’action (et le cinéma tout court, loin de là) mais qui se révèle être un bon divertissement. Bloody Milkshake est de ceux-là : un pop-corn movie qui entend littéralement déconstruire le film de genre en plus d’atomiser le genre masculin qui en prend plein la testostérone.

Dans la veine de Bullet Train et John Wick, Bloody Milkshake possède tous les ingrédients d’un action movie on ne peut plus classique avec héroïne(s) badass quasi immortelle, baston au corps à corps bien chorégraphiée sans trop d’esthétisme, armes de poings et lasers de snipers. Mélange de premier degré assumé et de tentatives de prise de distance qui tutoient la parodie, Bloody Milkshake déroule son histoire de tueuse à gage de mère en fille(s) lâchée par son ex-employeur parce qu’elle a tué le fils d’un mafieux. Mandatée par « La Firme », organisation criminelle dont le « board » ressemble à un conseil d’administration d’une entreprise du CAC 40 – soit composé en majorité d’homme blanc de plus de 50 ans, NDLR – Samantha excelle une fois de trop et s’en prend à la mauvaise personne qui a eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. De surcroit, son mentor lui assigne un nouveau contrat : récupérer de l’argent blanchi volé par un comptable indélicat.

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On ne peut manquer de penser à Kill Bill en regardant évoluer Karen Gillan (Nebula dans le Marvel Universe) toute en silhouette longiligne et regard noir corrigeant trois porte-flingues en clair-obscur, telle une Uma Thurman (qui aurait piqué le blouson de bowling de Ryan Gosling dans Drive). On retrouve aussi et surtout les marqueurs de la saga John Wick : des assassin(e)s, une confrérie de puissants criminels intouchables, un sanctuaire où l’on vient se ravitailler en armes, argent, passeports, un code d’honneur (à géométrie variable) et le cynisme teinté de fatalisme des protagonistes dont la mort est le métier…

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Tout en assumant son côté blockbuster, Bloody Milkshake devient intéressant quand il revisite des scènes de combat que l’on est davantage habitué de voir (sur)jouées par Liam (Neeson), Keanu (Reeves) ou Tom (Cruise)… même si ces dernières années, on découvre de plus en plus de films qui donnent un peu plus le beau rôle aux Kate (Beckinsale), Zoé (Saldana), Scarlett (Johansson) ou Charlize (Theron). Outre Karen Gillian, en convoquant au casting Lena Headey (Game of Thrones), Carla Gugino (Jett) et Angela Bassett (Black Panther, Zero Day), Bloody Milkshake met au premier plan des actrices jusque-là habituées aux seconds rôles. Associées à Michelle Yeoh en figure tutélaire, le quatuor qui devient quintette n’a désormais plus qu’une seule idée en tête : dézinguer l’association de mâles qui se trouve légitime à tuer des femmes parce que ces dernières ne leur obéissent pas…

Intérieur jour, dans la salle d’un restaurant, un Diner aux murs couleur barbe à papa avec serveuse en costume bleu 50’s. Le chef mafieux entreprend d’expliquer à l’héroïne pourquoi il doit la faire souffrir et la supprimer :

« Tu sais Samantha, j’ai toujours estimé que j’étais féministe. Quand ma première fille est née, j’étais fou de joie, j’ai repeint la moitié de la maison en rose. C’était licornes et sucettes à gogo. Puis, ma deuxième fille est née, puis la troisième et la quatrième. Des filles. Toujours en train de chuchoter à table, de ricaner en cachette. J’aime mes filles, mais je ne les comprends pas. Puis mon fils est né. C’était différent, simple. On se comprenait et je n’étais plus seul. (…) Tu as tué mon fils. Je vais te faire très très mal Samantha (…) parce que tu as fait à nouveau de moi un étranger sous mon propre toit. »

Certes, Bloody Milkshake n’est pas un grand film ; mais c’est un excellent divertissement qui prend un malin plaisir à mettre en scène une inversion des genres ou des rôles et à donner quelques coups de pieds dans la fourmilière de décennies de cinéma stéréotypé et androgène.

Bloody Milkshake (Gunpowsder Milkshake), de Navot Papushado, scénario Navot Papushado et Ehud Lavski. Avec Karen Gillian, Angela Bassett, Lena Headey, Carla Gugino, Michelle Yeoh, Paul Giamatti. Produit par Studio Canal. Disponible en replay sur Amazon Prime.