Faut-il manger les animaux ? telle est la question percutante posée en titre de la traduction française (2011) du livre de Jonathan Safran Foer, Eating animals (2009), un essai publié parce qu’« il faut chercher un moyen de mettre la viande au centre du débat public, de la même façon qu’elle se retrouve bien souvent au centre de nos assiettes ».

Il est toujours étonnant de voir un artiste ou un écrivain publier très tôt ses Mémoires, quand il ne s’agit pas de l’entreprise d’une vie comme pour Michel Leiris. Pensons à Gary Shteyngart avec ses Mémoires d’un bon à rien ou plus récemment Moby avec Porcelain, qui vient de sortir en poche chez Points, reprenant le titre de son tube de 1999. Pourquoi écrire dès le mitan de la vie, sinon pour tenter de cerner l’aventure d’un nom et d’une œuvre, un devenir autre en quelque sorte, une altérité en laquelle il s’agit peut-être de lire une vérité de soi ?

« Un jour, entre les hommes et nous qui sommes stellaires, il y a eu rencontre » : il est difficile de parler en quelques phrases du magnifique second roman de Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, qui vient de sortir en poche chez Points, sinon via cette phrase, présente deux fois dans le cours du livre, mettant l’accent sur sa dimension de fable.

Diacritik Les Mains dans les poches

Ces livres, nous les avons évoqués dans Diacritik lors de leur sortie en grand format. Les voici disponibles en collection de poche.
Panorama critique et sélectif avec, pour cette livraison, Intérieur de Thomas Clerc, Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, Mort d’un homme heureux de Giorgio Fontana et La couleur de l’eau de Kerry Hudson.

Eiríkur Örn Norđdahl
Eiríkur Örn Norđdahl

« Évidemment, l’Holocauste pose problème à tous ceux qui se penchent sur la question. » Peut-on encore écrire sur ce passé qui conditionne nos modes de pensée contemporains ? Telle est la question centrale du roman-monde publié par l’écrivain islandais Eiríkur Örn Norđdahl, Illska (Le Mal) dans une traduction d’Eric Boury, qui sort en poche chez Points.

Max Porter
Max Porter

Le corbeau est par excellence un oiseau littéraire, métaphore et analogon, représentation de la voix créatrice, parfois objet de peur, toujours de projection fantasmatique : sans remonter aux frères Grimm ou à Edgar Allan Poe, on se souvient de Vie d’un corbeau blanc de Carlos Liscano (Belfond, 2011). Son volatile immaculé, étrangement blanc et non noir, était un infatigable et mythomane conteur, s’appropriant les aventures des plus grands personnages de la littérature, tissant le récit de citations et mises à distance ludiques, entre moquerie et hommage. L’oiseau du tombeau. On y croisait Balzac et Tarzan, Moby Dick et Homère, Kafka et Céline, narrés à un public médusé, faisant de cette fable un palimpseste ou une bibliothèque borgésienne, en tout cas un hommage vibrant à la littérature et ses effets.
Le premier roman de Max Porter, La Douleur porte un costume de plumes, peut également se lire comme une fable, avec pour personnage central un corbeau. Il est noir cette fois mais lui aussi prépare des « mémoires littéraires de haut vol » et comme le corbeau blanc de Liscano, il raconte beaucoup d’histoires.

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Tout commence, désormais, par un «après David Bowie», par « le jour où Bowie est mort », comme le livre de Patrick Eudeline, Bowie L’autre histoire qui sort en poche aux éditions Points.
Pourquoi ce sentiment, en nous tous, de perte et d’angoisse ? Pourquoi ce moment comme un événement si paradoxal, à la fois collectif et intime, profondément intime ? « Il y avait un Bowie en moi », répond Patrick Eudeline, « comme en tous ceux qui l’ont un jour aimé. Et c’était cela, dont la mort était inacceptable ».

« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next (Libération, 7 mars 2014), Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.

Édouard Louis © Jean-Luc Bertini
Édouard Louis © Jean-Luc Bertini

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

Fanny Chiarello

Contrairement aux apparences, le titre du roman de Fanny Chiarello, L’Éternité n’est pas si longue, n’est pas une référence à Woody Allen (ayant lui-même, paraît-il, emprunté l’idée que « l’éternité, c’est long… surtout vers la fin » à Franz Kafka) mais à My Own Private Disco de Help She Can’t Swim et, plus précisément, à la première phrase du second couplet : Forever’s not that long.

Une faiblesse de Carlotta Delmont

« Quoi de plus romanesque qu’une diva sur un paquebot ? » : c’est par cette parenthèse discrète, sous une photographie de Geraldine Farrar, que Fanny Chiarello avait annoncé sur son site, la parution de son roman Une faiblesse de Carlotta Delmont. Quoi de plus romanesque en effet que la trajectoire brisée de Carlotta Delmont, diva des années folles qui se rêvait Mimi de Montparnasse ? Que la vie d’une femme qui aspira à ne jamais se laisser enfermer dans un carcan, coupant ses cheveux, refusant tout engagement, sinon scénique, forçant sa nature pour changer de tessiture ?

Gay Talese
Gay Talese

La littérature du réel a le vent en poupe, en ce mois de novembre, comme l’a mis en lumière le double prix Medicis 2016 : or les éditions du Sous-Sol sont un passeur inlassable de la narrative non-fiction et viennent justement fait paraître le dernier livre de l’un des papes américains du genre, Gay Talese, Le Motel du voyeur. Gay Talese est considéré comme le fondateur du Nouveau Journalisme, avec des livres comme Sinatra a un rhume ou Ton père honoreras. Le Motel du voyeur (2016) est sans doute l’entreprise limite du genre, interrogeant l’éthique et la moralité journalistiques, au point de provoquer un scandale aux États-Unis, une forme de couronnement paradoxal pour l’auteur de 84 ans.

Roland Barthes, l’homme de la Vita Nova

Tout semble se trouver dans la biographie de Thiphaine Samoyault qui vient de paraître en poche, chez Points : Le Barthes orphelin de père et épris de mère. Le Barthes atteint par la tuberculose et passant quatre ans dans des sanas. Le Barthes qui connaît une carrière disloquée dans les marges des champs universitaire et littéraire pour terminer par une chaire de Poétique au Collège de France. Le Barthes créant une version bien à lui de la savante sémiologie mais l’appliquant à des sujets à la portée de tous comme en ces Mythologies qui démontent les fantasmes des Français au temps du gaullisme. Le Barthes engagé qui défend le théâtre de Brecht et celui de Vilar, mais évite manifestes et manifestations, se disant marxiste non communiste tout en accompagnant Sollers en Chine au temps de la Révolution culturelle. Le Barthes à demi zen et ne redoutant rien tant que l’hystérie. Le Barthes plus attentif aux signes qu’aux choses et se donnant pour cible cette doxa qui régit toutes les conventions et toutes les régressions. Et tant d’autres Barthes encore qui ont assuré le rayonnement d’une figure intellectuelle majeure auprès des meilleurs spécialistes comme d’un public plus large.

Quand bien même on regrette un peu la très poétique couverture signée Sempé de l’unique roman de Pierre Desproges paru en 1985 chez Seuil, il faut reconnaître que la réédition au format poche par Points de Des femmes qui tombent fait partie de cette écrasante minorité de livres dont on ne se lasse pas.