Il faut en finir avec le Jugement de Freud, dit en substance aujourd’hui Paul B. Preciado dans son essai suivant le texte de N.O. Body, Mémoires des années de jeune fille d’un homme (qui paraît aujourd’hui aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIè siècle), récit d’un jeune homme enfermé dans une assignation sexuelle qui ne lui correspondait pas.

Le dernier ouvrage du philosophe Paul B. Preciado, Dysphoria mundi, est un essai fascinant et complexe, à la fois théorique et littéraire, qui interroge les différentes formes de transformations sociales, environnementales, philosophiques, corporelles et discursives propres à notre époque.
Ce projet monstrueux d’écriture non-binaire, au cœur de l’approche de l’auteur, lui permet d’appréhender l’intersectionnalité des luttes contemporaines à la lumière d’une nouvelle épistémologie queer.

Un appartement sur Uranus est notamment construit autour de l’analogie entre la transition de genre et la migration. Mais se dire « migrant », alors que l’on possède un passeport européen, pourrait relever d’une ignorance de ses propres privilèges en tant que citoyen européen et personne blanche.

Le titre de ce livre de Paul Preciado expose le paradoxe et le point de vue critique qui structurent l’ensemble de son discours. Le monstre est celui qui ne parle pas mais qui est fait monstre par ceux qui parlent à sa place, qui parlent de lui, qui « le parlent » et, faisant ceci, le constituent en objet monstrueux. Preciado, ici, inverse ce rapport discursif, cette domination dans et par le discours, en s’émancipant du destin habituel du « monstre », en se mettant à parler, et à parler face à ceux qui le constituent en tant que monstre.