Sans doute Par les écrans du monde de Fanny Taillandier qui paraît aujourd’hui est-il non seulement l’un des romans les plus importants de cette rentrée mais, plus largement, l’un des plus remarquables parus ces dernières années.
éditions du Seuil
Le 22 mars dernier s’est tenue une soirée « Coïncidences », organisée par Maurice Olender et François Vitrani, à la Maison de l’Amérique latine, autour d’Edwy Plenel et deux livres, La Presse, le pouvoir et l’argent de Jean Schœwbel (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle ») et La Valeur de l’information (Don Quichotte).
Édouard Louis a publié, au début du mois de mai, Qui a tué mon père, livre aussi intense que bref qui s’impose comme le tome 3 d’une Histoire de la violence, titre du deuxième volume de ce que l’on peut désormais considérer comme un triptyque.
Comme dans ses livres précédents, Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, a pour centre la violence : celle que l’on subit, celle que l’on inflige, violence physique et psychologique. Mais la violence dont il est question ici dépasse les limites de ce que l’on entend habituellement par « violence » puisqu’il s’agit aussi de violence symbolique, de violence systémique, de la violence de rapports de pouvoir qui ne se réduisent pas aux coups de matraque de la police.
Poursuivant un cycle poétique et politique, Jean-Marie Gleize publie Trouver ici, liant la recherche d’une « écriture à fragmentation » à celle d’un «communisme sensible», l’exigence éthique, poétique et politique étant toujours de « Déplacer, se déplacer ».
Entretien avec Jean-Marie Gleize.
Depuis Les choses, prix Renaudot 1965, on doit à Georges Perec dix-sept ans de production littéraire brillante et extrêmement originale, jusqu’à sa mort, en 1982. Cette magnifique originalité a connu son apogée en 1969 avec la publication, entre autres, du célèbre roman La disparition, puis, en 1971, des Revenentes. Cependant les amis et admirateurs de Perec ont permis une certaine continuité, puisque nombre de ses ouvrages ont été l’objet d’une publication posthume. Ainsi en 2012 parut Le condotierre, dont le manuscrit avait été égaré par Perec en 1966. De la même manière fut imprimée, en 1991, et rééditée en 2003, une véritable perle encore trop méconnue, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, par le biais de la fidélité en amitié de Marcel Bénabou, professeur émérite d’histoire romaine à l’Université Paris VII, et, surtout, comme il se définit lui-même « secrétaire provisoirement définitif » de l’OuLiPo.
Publié en mars 2015 au Seuil sous le titre Carnets de thèse, le roman graphique de Tiphaine Rivière nous invite à vivre le quotidien (souvent épique) d’une jeune enseignante quittant son collège de ZEP pour les ors du bâtiment plusieurs fois centenaire abritant la prestigieuse université Paris-Sorbonne.
Le 22 mars dernier s’est tenue une soirée « Coïncidences », organisée par Maurice Olender et François Vitrani, à la Maison de l’Amérique latine, autour d’Edwy Plenel et deux livres, La Presse, le pouvoir et l’argent de Jean Schœwbel (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle ») et La Valeur de l’information (Don Quichotte). Le co-fondateur et directeur de Mediapart était accompagné de l’historien André Burguière, des journalistes Carine Fouteau et Claire Mayot, des éditeurs Stéphanie Chevrier et Maurice Olender. Au cœur de cette soirée, le refus de la marchandisation de l’information et un appel à l’« audace », aux « insolences » et aux « irrévérences », dans la lignée de Jean Schœwbel.
Parmi les premiers romans qui ont paru en ce début d’année 2018, sans doute Les Vacances du petit Renard d’Arthur Cahn s’impose-t-il comme l’un des plus remarquables et singuliers. En dévoilant l’histoire du jeune Paul Renard qui, le temps d’un été à la chaleur vacante, tombe amoureux d’Hervé, un homme mûr, Arthur Cahn offre un récit éminemment sensuel où s’affirme une décisive initiation à la fiction et à l’écriture.
Dans Dernières Nouvelles du spectacle, Vincent Kaufmann se livre au sujet de la littérature actuelle à un exercice de haute verve, où il se plaît à tirer en maintes directions. Pour lui, et comme le pensent quelques autres, le champ des lettres tel qu’on l’a connu n’est pas loin de se dissoudre aujourd’hui au profit d’une mise en spectacle accélérée que Kaufmann rabattra par ailleurs sur une économie de l’attention.
Le 18 octobre dernier, rendez-vous est pris avec Jacques Roubaud pour évoquer Peut-être ou la nuit de dimanche, à paraître dans la vaste et stimulante « Librairie du XXIè siècle ».
Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».
Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand ce récit est composé par un historien qui fut adolescent dans les années 80, l’écrire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire », terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.
Philosophe mais aussi bien reporter de guerre, s’inspirant de l’esprit d’ouverture qui caractérise certaine gauche radicale allemande, Carolin Emcke vient de nous donner un essai magnifique dont l’objet est la haine et la violence telles qu’elles se déploient dans le monde d’aujourd’hui et sur bien des fronts. Comment les interpréter ? Comment les mettre en échec là où nous sommes ?
La jeune Ninon Moise, raconte Joy Sorman, est aujourd’hui la descendante d’une longue succession, celle des aînées d’une famille remontant au XVIe siècle et qui toutes ont été frappées d’un mal étrange et cruel, à chaque fois différent. Enfant unique, donc aînée à sa façon, et alors qu’elle prépare le bac, Ninon est atteinte du mal à son tour, sous les espèces d’une maladie de la peau que les médecins ont peine à identifier : la peau lui brûle atrocement et en particulier celle des bras. Or, aucun stimulus n’est la cause apparente de cette douleur.