Même si la plupart des pères sont des salauds, d’aucuns pensent – et ceci est valable autant pour la réalité que la fiction – que le seul père valable est le héros, soit une figure mi-humaine, mi-divine, robuste comme Hercule, rusée comme Thésée, monstrueuse et sacrée, pourquoi pas combattante de guerre, incarnant des idéaux, des valeurs, ou qui s’est au moins distinguée dans un domaine particulier. Stefan Zagourski est le héros principal du roman Voyou, et c’est un salaud de première.

Jean-Pierre Martin est homme de passions et, comme il aime à dire, de « saisons ». Celles-ci se succèdent et se bousculent dans sa biographie, l’une reniant parfois les autres, et on lira à ce propos son audacieux et bel Éloge de l’apostat (2010) donné pour l’accès à une vita nova. Ces saisons-passions, il nous les a contées dans une quinzaine d’ouvrages dont plusieurs autobiographiques.

Entrer en Volodinie fait toujours quelque chose. Faire théâtre ou mourir, en voila un sacré dilemme. C’est qu’on est dans le monde complexe du post-exotisme, et que parfois il n’y fait pas bon vivre : la violence, la guerre, la violence encore. Pourquoi vivre une vie de misère, quand tout vous nuit et conspire à vous nuire ? Peut-être parce qu’il y a en vous cette voix qui parle. Cette voix est bizarre, étrange, elle n’est pas à vous mais vous donne une force qui vous dépasse. Peut-être même que parler vous fera oublier votre mort.

Gustave Lanson pubilait son Histoire de la littérature française en 1894. Elle restera la grande référence historico-littéraire pendant près d’un siècle. Dans le même mouvement, elle assurera le succès de tout un positivisme ambiant. C’est un sociologue qui, un siècle plus tard, va nous sortir de cette lourdeur positiviste un peu bornée. Et avec ses Règles de l’art de 1992, Pierre Bourdieu nous proposera de voir la même histoire des lettres de façon radicalement autre, la transformant en histoire sociale perçue dans la perspective d’un relativisme structurel.

« Ce sont des mots, des images. Un afflux d’images.  Ce mot d’abord. Afflux. Flux humains, flux financiers, flux migratoires. Flux comme fleuve, fluvial, to flow, avoir un bon flow. Flux, ce mot avec un x. »
C’est ainsi que Marina Skalova commence l’exploration du terme figurant dans le titre de son livre court et dense, paru au Seuil en avril 2018.

« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, roman par ailleurs placé sous l’exergue de deux récits de création, le texte de Ballard (Jour de création) et le Coran (une sourate des Factions), comme si tout désormais n’était plus créé que pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

Dans son Histoire des chambres (2009), Michelle Perrot expliquait que ce lieu est « le théâtre de l’existence, ou du moins de ses coulisses » : « La chambre cristallise les rapports de l’espace et du temps ». Sans doute est-ce aussi la fonction comme la poétique de Nohant pour George Sand, cette « maison d’artiste » qui lui sera, tout au long de sa vie, un espace intime et familial comme amical et social, un lieu où écrire et aimer mais aussi recevoir.

Marielle Macé l’écrivait dans Façons de lire, Manières d’être (Gallimard, 2011), « la lecture est d’abord une « occasion » d’individuation : devant les livres, nous sommes conduits en permanence à nous reconnaître, à nous « refigurer », c’est-à-dire à nous constituer en sujets et à nous réapproprier notre rapport à nous-mêmes dans un débat avec d’autres formes ».

7textes composent L’Abattoir de verre de J.M. Coetzee, en librairies depuis hier, dans la traduction française de Georges Lory, au Seuil. 7 textes qui, rassemblés, forment le portrait fragmenté, diffracté d’une femme dont les lecteurs fidèles du romancier sud-africain, prix Nobel de littérature en 2003, perceront rapidement l’identité.

Le 22 mars dernier s’est tenue une soirée « Coïncidences », organisée par Maurice Olender et François Vitrani, à la Maison de l’Amérique latine, autour d’Edwy Plenel et deux livres, La Presse, le pouvoir et l’argent de Jean Schœwbel (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle ») et La Valeur de l’information (Don Quichotte).

Comme dans ses livres précédents, Qui a tué mon père, d’Édouard Louis, a pour centre la violence : celle que l’on subit, celle que l’on inflige, violence physique et psychologique. Mais la violence dont il est question ici dépasse les limites de ce que l’on entend habituellement par « violence » puisqu’il s’agit aussi de violence symbolique, de violence systémique, de la violence de rapports de pouvoir qui ne se réduisent pas aux coups de matraque de la police.

Depuis Les choses, prix Renaudot 1965, on doit à Georges Perec dix-sept ans de production littéraire brillante et extrêmement originale, jusqu’à sa mort, en 1982. Cette magnifique originalité a connu son apogée en 1969 avec la publication, entre autres, du célèbre roman La disparition, puis, en 1971, des Revenentes. Cependant les amis et admirateurs de Perec ont permis une certaine continuité, puisque nombre de ses ouvrages ont été l’objet d’une publication posthume. Ainsi en 2012 parut Le condotierre, dont le manuscrit avait été égaré par Perec en 1966. De la même manière fut imprimée, en 1991, et rééditée en 2003, une véritable perle encore trop méconnue, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, par le biais de la fidélité en amitié de Marcel Bénabou, professeur émérite d’histoire romaine à l’Université Paris VII, et, surtout, comme il se définit lui-même « secrétaire provisoirement définitif » de l’OuLiPo.