Depuis Les choses, prix Renaudot 1965, on doit à Georges Perec dix-sept ans de production littéraire brillante et extrêmement originale, jusqu’à sa mort, en 1982. Cette magnifique originalité a connu son apogée en 1969 avec la publication, entre autres, du célèbre roman La disparition, puis, en 1971, des Revenentes. Cependant les amis et admirateurs de Perec ont permis une certaine continuité, puisque nombre de ses ouvrages ont été l’objet d’une publication posthume. Ainsi en 2012 parut Le condotierre, dont le manuscrit avait été égaré par Perec en 1966. De la même manière fut imprimée, en 1991, et rééditée en 2003, une véritable perle encore trop méconnue, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, par le biais de la fidélité en amitié de Marcel Bénabou, professeur émérite d’histoire romaine à l’Université Paris VII, et, surtout, comme il se définit lui-même « secrétaire provisoirement définitif » de l’OuLiPo.

Le 22 mars dernier s’est tenue une soirée « Coïncidences », organisée par Maurice Olender et François Vitrani, à la Maison de l’Amérique latine, autour d’Edwy Plenel et deux livres, La Presse, le pouvoir et l’argent de Jean Schœwbel (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle ») et La Valeur de l’information (Don Quichotte). Le co-fondateur et directeur de Mediapart était accompagné de l’historien André Burguière, des journalistes Carine Fouteau et Claire Mayot, des éditeurs Stéphanie Chevrier et Maurice Olender. Au cœur de cette soirée, le refus de la marchandisation de l’information et un appel à l’« audace », aux « insolences » et aux « irrévérences », dans la lignée de Jean Schœwbel.

Arthur Cahn

Parmi les premiers romans qui ont paru en ce début d’année 2018, sans doute Les Vacances du petit Renard d’Arthur Cahn s’impose-t-il comme l’un des plus remarquables et singuliers. En dévoilant l’histoire du jeune Paul Renard qui, le temps d’un été à la chaleur vacante, tombe amoureux d’Hervé, un homme mûr, Arthur Cahn offre un récit éminemment sensuel où s’affirme une décisive initiation à la fiction et à l’écriture.
Diacritik a rencontré Arthur Cahn le temps d’un grand entretien pour évoquer avec le jeune romancier, également cinéaste, ce premier roman qui s’impose comme l’une des réussites de ce début d’année.

Vincent Kaufmann (Photo : Marie Aubert)

Dans Dernières Nouvelles du spectacle, Vincent Kaufmann se livre au sujet de la littérature actuelle à un exercice de haute verve, où il se plaît à tirer en maintes directions. Pour lui, et comme le pensent quelques autres, le champ des lettres tel qu’on l’a connu n’est pas loin de se dissoudre aujourd’hui au profit d’une mise en spectacle accélérée que Kaufmann rabattra par ailleurs sur une économie de l’attention. C’est ainsi qu’il qualifiera la majorité des produits que l’on nous sert aujourd’hui sous le nom de littérature (écrivains et livres) de « canada dry » : ils n’existeraient plus que sur le mode du « simili ». Comme quoi ce n’est plus du véritable littéraire que l’on vous sert sous ce nom, car ça n’en a plus que l’apparence. Et cela veut que quantité de personnes « prennent la plume » désormais sans qu’il y ait dans leur nombre de véritables auteurs. C’en serait donc fini du « champ littéraire » tel que le décrivait Pierre Bourdieu en 1992 avec sa structure ternaire d’une production d’avant-garde, d’une production moyenne et d’une production massive, toutes trois relevant d’une gestion contrôlée par diverses instances. Un tel champ ne ferait donc plus que survivre vaille que vaille.

Le 18 octobre dernier, rendez-vous est pris avec Jacques Roubaud pour évoquer Peut-être ou la nuit de dimanche, à paraître dans la vaste et stimulante « Librairie du XXIè siècle ».
Le jour de cet entretien, le livre n’existe pas même sous forme d’épreuves, il est encore un manuscrit et il faut avant toute chose remercier Maurice Olender d’avoir permis cette rencontre avec un texte en devenir, ce « brouillon », comme le désigne son auteur en sous-titre, soit un laboratoire et un essai, un dialogue avec d’autres livres, de grands aînés, avec soi.
Jacques Roubaud se livre avec attention et une bienveillance souriante : il évoque, pour Diacritik, la complexe question autobiographique, l’actualité de la poésie, la traduction mais aussi son admiration pour Gertrude Stein qu’il préfère à Joyce qu’il juge, avec malice, « un peu toc ».

Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.
Raconter ses étés adolescents en Combi Volkswagen, sur les routes d’Europe, c’est faire une traversée tout autant spatiale que temporelle, redessiner la cartographie d’un « paysage intérieur » en mêlant l’intime et le collectif, réécrire son CV, en quelque sorte…