Son nom est Bernie, Bernie Gunther. À Berlin à la fin des années 20, l’âge d’or de la République de Weimar touche à sa fin et le jeune enquêteur imaginé par Philip Kerr fait ses premiers pas à la Kriminalpolizei, chargé d’élucider une série de meurtres violents et sordides. Tel est le point de départ d’une intrigue qui mêle adroitement histoire réelle et fiction policière qui convoque des tueurs en série sur fond de montée du nazisme dans le Berlin interlope et doré de la fin des années 20.

« Le vrai est toujours entre deux personnes ou deux choses », écrit Muriel Pic dans Affranchissements paru au Seuil, dans la belle collection « Fiction & Cie » dont le nom offre un prolongement poétique à l’assertion de l’autrice : le vrai est toujours entre réel et fiction, entre vécu et rêve, dans cet entre-deux que seul un récit sous forme de dérive permet d’espérer atteindre, comme on guette une côte ou un bord.

Les importants « Cahiers éphémères et irréguliers pour saisir ce qui nous arrive et imaginer les mondes de demain » publiés par les éditions du Seuil comptent désormais deux numéros. Ils s’installent dans le paysage intellectuel et apparaissent comme des bréviaires indispensables pour penser la crise que nous traversons (durablement) et imaginer (collectivement) des représentations alternatives, donc agentives.

Cetentretien avec Maurice Olender a été tourné à Bruxelles, le 22 février 2020, dans sa bibliothèque. À l’occasion de la sortie demain de son livre Singulier Pluriel, avant-critique et entretien avec Maurice Olender, dans ce espace de recherches, de déambulations et refuge, ce drôle de lieu où « pour mettre les choses à l’endroit, il faut d’abord les mettre dans un drôle d’endroit qu’on pourrait dire à l’envers ».

En 2019, Sandra Lucbert, sociologue et romancière, assiste au procès de France Télécom durant lequel sept dirigeants de l’entreprise sont jugés à la suite du grand nombre de suicides entraînant dans la mort des employés du groupe de télécommunications, des suicides dus à tout un harcèlement moral de grande dimension accompagnant un projet de licenciement étalé sur trois années de 22000 des membres du personnel.

« (…) occuper une position au moyen du langage, (…) conquérir un lieu sans considération pour celui qui se trouvait là » : C’est ce qu’écrit le trop regretté Philippe Rahmy, et Marina Skalova l’a choisi comme entrée dans son livre-atelier à quatre mains avec la photographe-documentariste Nadège Abadie. On ne peut guère trouver mieux comme leitmotiv pour ce projet à la fois ouvert et limité, déjà rabattu sans être saisi dans toutes ses dimensions.

Au cœur des années 1960, hanté par la civilisation de l’image à laquelle il commençait à réfléchir, Barthes est soudain déchiré par cette évidence : il n’existe aucune image à l’état adamique. Toute image viendrait après un impossible paradis, n’obéirait à aucune idée de nature et serait toujours, selon Barthes, le fruit d’une culture parfois si ancrée en elle qu’elle en viendrait à oublier son geste culturel même. Nul doute qu’une telle réflexion sur l’impossible nature de l’image pourrait figurer en exergue du splendide nouvel essai de Jean-Christophe Bailly, L’Imagement paru au Seuil.

Paolo Giordano a écrit Contagions en quelques jours, entre la fin février et le début du mois de mars 2020, alors que l’Italie entrait dans l’épidémie de Coronavirus et commençait à prendre conscience (et nous avec elle) de l’ampleur sans précédent d’une crise planétaire dont le sens comme les conséquences vont bien au-delà de la seule maladie.

Peut-être tout texte critique est-il une forme de traduction : dire autrement, sous une forme succincte, intempestive et trouée, ce qui a été développé, pesé et exposé dans une forme « finie ». Dire le principal, suggérer le reste, donner envie d’aller vers l’original. Cette dialectique est celle de la traduction en général, polemos et violence, contrairement aux idées reçues.

« Y a-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».

Au terme d’une permission de sortie, un homme jeune qui n’a pas réintégré la prison est recherché. Cet Angelo appartient à une famille de voyageurs, de gitans si l’on préfère. Une équipe du Groupe d’intervention  de la Gendarmerie nationale (GIGN) fortement armée est chargée de le retrouver et le repère dans la ferme de ses parents. L’intervention des gendarmes est  brutale et tourne mal. Des coups de feu sont tirés. Angelo meurt en peu d’instants.  L’enquête qui s’ensuit aboutira à un non-lieu.

Durant quatre ans, Raymond Depardon a arpenté la France en camping-car, sa « capsule orbitale », accompagné de sa chambre photographique sur pied. Ce périple a donné lieu à un livre, à une exposition à la BnF, à un film (Journal de France). Le livre est mis à la disposition des lecteurs, le temps du confinement, dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour » depuis jeudi dernier.