Il est toujours étonnant de sortir d’un film de Park Chan-Wook, cinéaste pourtant éclectique, avec la même impression : celle d’un mélange d’admiration pour le travail formel du cinéaste et de frustration pour s’être toujours un peu ennuyé. L’œuvre du réalisateur coréen est pourtant originale mais si souvent décevante. Chez l’auteur de Old Boy le synopsis est toujours sensationnel, ou au moins excitant, mais souvent développé par un scénario décousu et rarement subtil. Mademoiselle n’échappe pas à la règle et appartient à la singulière catégorie des films à moitié réussis mais que l’on se surprendra à conseiller parfois, comme malgré soi : on s’y ennuie un peu, mais on y trouvera quelques images fantasmagoriques inoubliables, une pendaison lors d’une nuit enneigée, une pieuvre débordant d’un bocal, figurant la monstruosité des personnages masculins.

Les Cahiers dessinés publient Résurrection permanente d’un cinéaste amoureux, magnifique ouvrage de Damien Odoul, illustré par le dessinateur Noyau et préfacé par André S. Labarthe. Un livre qui éclaire singulièrement la filmographie de Damien Odoul, réalisateur plutôt confidentiel alors même qu’il est l’auteur de onze courts métrages, d’un téléfilm et de sept longs métrages dont Moirassex, qu’il réalise à 24 ans, et La peur, avec lequel il obtient le prix Jean Vigo en 2015.

Il aurait fallu parler de Fuocoammare, par-delà Lampedusa au moment de sa sortie le 28 septembre 2016. Mais on peut encore le visionner dans certaines salles, en Italie le DVD est déjà sorti, sans doute il sortira bientôt en France. L’Ours d’Or obtenu au 66° Festival de Berlin assure en tout cas à la pellicule une bonne visibilité. Et elle aura peut-être un autre bel avenir puisque Fuocoammare a été choisi pour représenter l’Italie dans la course aux Oscars.

Pierre Etaix, né en 1928, vient de mourir à l’âge de 87 ans, annonce sa femme à l’AFP. Complice de Jacques Tati (il avait réalisé l’affiche de Mon Oncle avant de devenir son assistant-réalisateur), fasciné par le monde du cirque, Pierre Etaix restera comme un homme orchestre du rire : réalisateur, acteur, clown, dessinateur, affichiste, réalisateur, gagman et auteur.

Il faudrait avoir une bien médiocre opinion du cinéma des frères Dardenne pour ne pas trouver leur dernier opus assez décevant. La Fille inconnue n’est certes pas un mauvais film, mais il tient difficilement la comparaison avec les nombreuses pépites de leur riche filmographie. Le synopsis du film s’inscrit bien évidemment dans la veine sociale « dardennienne » : Jeune médecin travaillant dans un dispensaire, Jenny se consacre à ses patients de tout son cœur, mais un soir, fatiguée, énervée, elle refuse d’ouvrir à une jeune fille sonnant à sa porte après l’heure de fermeture. On retrouvera le cadavre de cette jeune inconnue le lendemain. Submergée par la culpabilité, Jenny va enquêter pour mettre un nom sur ce corps.

Déjà remarqué avec un premier film prometteur, quoiqu’un peu surestimé : Les Bruits de Recife, le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho confirme avec ce qui restera comme l’une des plus belles surprises de l’année cinéma : Aquarius, injustement oublié au palmarès du festival de Cannes par un Jury qui semble avoir consciencieusement évité une bonne partie des meilleurs films de la sélection.

Il en va d’un festival comme d’une institution. Il comporte ses cadres, ses règles, ses codes, ses figures et ses objets. Les objets d’un festival de cinéma, ce sont les films. La communication d’un festival s’appuie sur eux, ce qu’on en dit et ce qu’on ne dit pas, leur accueil ou leur condamnation. Le FID est un festival à visage humain où chacun sent, je crois, que des films impliqués dans le monde contemporain attendent qu’on se tienne à la hauteur de ses effets sur nous. C’est une institution et un espace politique – plus qu’un espace de sélection. J’ai donc quitté mes réflexions du moment pour entrer dans des questions de cinéma et des questions politiques.

Le dispositif des Habitants est présenté d’emblée par la voix off de Raymond Depardon : « Je pars sur les routes de France, de Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg. Je vais m’arrêter devant des habitations, des commerces, des places de mairie. Je pars à la rencontre des Français pour les écouter parler. De quoi ? je ne le sais pas encore. Je ne leur poserai pas de questions. Je vais leur laisser prendre leur temps, recueillir leurs conversations, leurs accents et leurs façons de parler. J’ai aménagé une vieille caravane, posé une caméra, installé quelques micros et j’ai invité des gens, rencontrés dans la rue quelques minutes auparavant, à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes, en toute liberté ».