Ne vous fiez pas à l’épaisseur de ce livre pour jauger son importance : A ce stade de la nuit est de ces textes majeurs dont aucun mot ne dépasse, sculpté à l’os pour dire l’essence d’un moment, d’une crise, autour d’un mot, un nom propre qui exsude de sens poétiques et politiques, nom propre devenu nom commun, martelé aux informations dans une forme d’indifférence générale que refuse Maylis de Kerangal : Lampedusa.

Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)
Laura (Anne Kessler) et le Capitaine (Michel Vuillermoz)

« Dévorer ou être dévoré, voilà la question ! »
Strindberg, Père, Acte III

On remercie Eric Ruf d’avoir invité Arnaud Desplechin à la Comédie française et de lui avoir offert la prestigieuse salle Richelieu pour qu’il monte sa première mise en scène théâtrale, Père d’August Strindberg. Desplechin qui a à son actif neuf longs métrages – son dernier, Trois souvenirs de ma jeunesse, sorti en mai 2015 –, trois courts métrages, un téléfilm (La Forêt) et un film-documentaire (L’Aimée) est indéniablement une figure marquante du panorama cinématographique français.

A « Star Wars 7 » (presque imprononçable, essayez de le dire très vite pour voir), préférez «Le retour de la force» (ou «The Force Awakens» si vous êtes puriste, bilingue ou simplement snob), ce qui a l’avantage de faire de vous de véritables warsies (l’équivalent des Trekkies, fans du Capitaine Kirk et de Monsieur Spock). Et de ne pas sombrer dans le ridicule au moment d’ânonner «Bonjour, je voudrais une place pour «starwarsète» s’il vous plaît» au guichet de votre cinéma préféré le 16 décembre prochain.

Le roman de Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, a comme figure centrale l’actrice américaine Frances Farmer. Ce livre concerne aussi les images et le pouvoir : images du cinéma hollywoodien, images médiatiques, nouvelles icônes de l’ère industrielle, clichés – autant d’images par lesquelles un pouvoir s’exerce et affecte les corps autant que les esprits, produit du désir autant que de la servitude. Frances Farmer se situe au carrefour de toutes ces composantes du désir, du pouvoir, des images, en même temps qu’elle les traverse et incarne un ailleurs, une fuite, une forme de résistance.

Rencontre, hier, avec Iain Levison de passage à Paris à l’occasion de la sortie en France de son nouveau livre, Ils savent tout de vous (Liana Levi) pour parler de… séries télé, de ce qui nourrit un écrivain (ou pas), de New York District, Oz et Band of Brothers. En vost comme il se doit.

« L’œil est l’organe d’expression du sentiment »
Novalis

« La politique porte sur ce qu’on voit et ce qu’on peut en dire,
sur qui a la compétence pour voir et la qualité pour dire,
sur les propriétés des espaces et les possibles du temps. 
»
Jacques Rancière

Dans un hôpital qui occupe les vestiges d’une ancienne école et qui gît sur un cimetière de millénaires rois guerriers, des soldats de l’armée thaïlandaise dorment, atteints de la maladie du sommeil.

Dans un bar du 10e arrondissement, au cœur de la trame légère et bientôt grave des Chansons d’amour de Christophe Honoré, Ismaël, interprété par Louis Garrel, lance à Julie et Alice, les deux compagnes de son ménage à trois, qu’en dépit de leurs rires et doux complots contre lui, elles auront beau faire : « La Guerre à trois n’aura pas lieu ». Si cette formule, toute d’élégance et de brio, vient accompagner le cinéma de Christophe Honoré, sans doute pourrait-elle, à l’évidence, se tenir plus particulièrement à l’orée du premier long-métrage de Louis Garrel Les Deux Amis dont elle éclaire le gracieux triangle amoureux, entre quadrature du cercle et impossibles mais tendres lignes parallèles.