Un an après Alejandro González Iñárritu, c’est au tour de James Gray d’opposer la violence des hommes à celle de la nature, de revenir sur les clichés du bon sauvage et de rappeler l’homme à sa misérable condition d’engrais sur patte. Mais là où The Revenant était aussi beau que violent, The Lost city of Z est touché par la grâce, dernier opéra du cinéaste qui en quittant New York trouve l’apaisement.
Cinéma
Qu’est-ce qu’un poème ? demande Jacques Rivette quand il écrit sur Cocteau : « une pauvreté retournée en richesse, une boiterie devenue danse, en bref, un heureux dénuement ».
Un heureux dénouement – j’avais lu d’abord, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. La vie du poème ne donne pas le sens de la vie, c’est l’interprétation que je ferais de mon erreur. Le poème renverse plutôt le destin, il est la parodie de l’existence, sa revanche. Et à la fin, il n’y aura peut-être que lui, et son visage de film, qui répondront de la vie, à la place du destin.
Nocturama – dont le titre secret, refoulé, irresponsable comme dirait l’autre, demeure, sept ou huit ans après sa conception, et pour l’éternité, Paris est une fête –, j’ai bien failli ne jamais le voir. Il est vrai que, n’étant pas contraint de le faire, je ne me précipite que rarement dans les salles à la sortie des films et je rate donc l’essentiel de la production cinématographique du moment, sans pour autant me sentir lésé de quoi que ce soit : juste un peu plus ignorant chaque jour, comme tout un chacun. En ces temps de reconduction automatique d’un certain “état d’urgence”, ralentir le tempo ne peut faire de mal.
Je pressentais bien que l’on rentrait dans une ère clinique. Tracks l’a bien compris dans son émission sur Arte du 8 mars dernier qui présentait le film juste avant un rapide reportage sur des artistes chinois proposant la mise en scène de cadavres humains et montrant une préoccupation envers la « surmédicalisation » de notre monde.
Grave, est le premier long métrage de Julia Ducournau, jeune réalisatrice diplômée de la Femis et fille de médecin. Elle y dépeint comment Justine, adolescente issue d’une famille végétarienne, se retrouve, sur la trace de sa sœur aînée et de leurs parents, en première année d’une école vétérinaire. Son arrivée est marquée au fer rouge par un violent bizutage : une absorption forcée d’organes crus d’animaux. Suite à quoi l’étudiante plonge dans une faim carnivore sans limites qui se transforme peu à peu en faim cannibale.
Nous tenterons d’établir ici une critique des disciplines médicales, à la fois dans leur contexte historique et leurs pratiques contemporaines, pour démontrer qu’il existe une volonté insidieuse de maltraitance envers le genre féminin.
Le Secret de la chambre noire, de Kiyoshi Kurosawa, peut être envisagé selon un tropisme en lien avec la serre où Marie (Constance Rousseau), quand elle n’est pas la fille aux daguerréotypes, élève des plantes rares.
Le sujet principal du film, ainsi que les attendus fantastiques de son récit, concernent pourtant bien la réalisation de portraits sous forme de daguerréotypes. Stéphane Hégray (Laurent Gourmet) photographie sa fille dans un atelier situé au sous-sol de sa demeure ancienne, à Gennevilliers. Le terrain des Hégray est isolé, dans un paysage en attente de reconstruction, selon un étrange déplacement des zones désertes que le cinéaste a su filmer au Japon.
Une étendue nue entourée de montagnes enneigées, un train est en marche au loin.
Le 26 février 2017, le film Moonlight de Barry Jenkins a remporté — après un impair assez insolite — l’Oscar du meilleur film lors d’une cérémonie historique et unique à ce jour, à maints égards.
Prendre la brique, étaler le ciment, poser la brique, droite, bien droite, c’est le plus important, rester bien droit… Richard Loving accomplit ces gestes encore et encore, il pose les briques, étale le ciment, et lui reste droit. Perdue entre New York et Los Angeles se situe l’Amérique, la Virginie, un nouveau monde qu’il faut construire.
Erreur d’enveloppe mise à part, Moonlight était intrinsèquement taillé pour avoir l’Oscar et faire consensus — Oscar du meilleur film, du meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, du meilleur scénario adapté. Il s’agit, de fait, d’une fausse surprise et surtout d’un vrai faux ami pour les LGBT qui crient aujourd’hui victoire. Joffrey Speno expliquait pourquoi le 15 février dernier, nous republions son article.
Dans le cadre du festival Concordan(s)e, la chorégraphe Mylène Benoit et l’écrivain Frank Smith s’associent pour créer Coalition, un essai chorégraphique qui mêle poésie et danse autour de questions autant esthétiques que politiques concernant le corps, la communauté, le On, le discours. Rencontre et entretien.
Ce soir a lieu la 42è cérémonie des César. Voici la liste complète des nominations. Les résultats seront actualisés au fur et à mesure de la soirée.
L’eau du Danube s’écoulant calmement sous les ponts de Vienne nous mène à un groupe de jeunes roms qui discutent des passes qu’ils font. Ils sont virils, machos et se prostituent avec des hommes. Toujours avec une capote, précisent-ils.
Vendu comme un évènement de ce début d’année, Moonlight, réalisé par Barry Jenkins, promet de dessiner le portrait d’un jeune homme gay afro-américain grandissant dans un ghetto pauvre où la violence est quotidienne.
« On ne s’absout pas de ces péchés dans une église, on le fait dans la rue, le reste ne vaut rien, et je le sais ! », déclarait Harvey Keitel au début du Mean Street de Martin Scorsese, cinéaste ayant toujours mis la foi et le mystère au cœur de son œuvre. Il aura fallu des années au cinéaste pour réussir à monter l’un des projets qui lui tenait le plus à cœur : Silence, magistral film sur la foi et le doute.