Sortir des hommages femme, petite fille, égérie de.
Célébrer Anne Wiazemsky au présent de son écriture.
Tristesse d’apprendre sa mort, à l’instant.
Cinéma
C’est devenu un lieu commun, mais un grand cinéaste se mesure autant à ses chefs d’œuvres qu’à ses films moins réussis. Michael Haneke venant de réaliser coup sur coup deux très grands films, Le Ruban blanc et Amour, pour autant de palmes d’or, le retour à l’ordinaire était inévitable, l’ordinaire étant chez le sémillant autrichien tout à fait relatif.
Pour son troisième long-métrage (Le Stade de Wimbledon, 2000 ; Tournée, 2009 ; La Chambre Bleue, 2013), Mathieu Amalric prend une nouvelle fois le spectateur à revers.
Le 11 octobre prochain sortira dans les salles le film d’Amandine Gay, Ouvrir la voix, un documentaire beau et politique dans lequel s’enchevêtrent les témoignages de vingt-quatre femmes noires. Des femmes que l’on n’entend pas, que l’on ne voit pas dans le paysage audiovisuel habituel, des femmes diverses dont les parcours individuels viennent se confronter au racisme systémique.
Hanif Kureishi est un analyste des corps et des forces qui les meuvent, en particulier désir et libido, jusque dans leur part la plus primaire et bestiale.
La tragédie s’ouvre sur un plan sublime et déjà angoissant, le plan d’une forêt enneigée. Au pied d’un arbre un morceau de cordon d’interdiction d’entrer est le premier signe du désastre à venir. Le plan dure, comme s’il fallait profiter de ce moment de calme avant que le mécanisme précis et impitoyable des films d’Andreï Zvyaguintsev ne vienne tout balayer.
Objet d’un culte que ne justifie pas un visionnage raisonné de ses films, Jean-Luc Godard n’est plus un cinéaste depuis bien longtemps mais un personnage, un rôle. Qu’il devienne le principal protagoniste d’une fiction est donc la suite logique d’une carrière chaotique qui aura vu un cinéaste reconnu par le plus grand nombre devenir un gourou pour certains, une caricature grotesque pour d’autres. C’est justement à la croisée des chemins que se situe Le Redoutable.
Adapter une œuvre n’est jamais une mince affaire, qui plus est quand il s’agit de concentrer quarante années d’aventures de papier en en deux heures dix-huit de pellicule, fût-elle numérique : en portant Valérian de Christin et Mézières à l’écran, Luc Besson a réussi à son corps défendant à faire voyager son film aux confins du Grand rien. Décryptage et critique aux frontières de la bande dessinée, du cinéma et de la mauvaise foi.
Après presque douze ans d’absence de la scène littéraire, Christophe Honoré revient en cette rentrée de septembre avec sans doute l’un de ses plus beaux livres : l’inquiet et mélancolique Ton père qui paraît dans « Traits et portraits », la collection de Colette Fellous au Mercure de France.
Ils et elles s’appellent Sean, Nathan, Sophie, Thibault, Max, Germain, Eva, Luc, Hélène, Marco, Jérémie, Marcus. Une liste qui pourrait être celle de morts. Ils pourraient l’être si, avec d’autres, ils ne s’engageaient pas à Act Up pour lutter contre l’épidémie du sida qui tue les pédés, les gouines, les toxicos, les prostitué.e.s, dans l’indifférence des pouvoirs publics et d’une très grande partie du reste de la population. Dans la mise en scène de leurs histoires, Robin Campillo s’entoure d’acteurs et actrices brillants qui servent un film d’une épaisseur dramaturgique et formelle bouleversante. Une tâche ardue accompagnée d’une certaine responsabilité dont le résultat suscite et nourrit beaucoup de fantasmes, de l’imaginaire, des colères, des déceptions, des récupérations, du transfert, de l’émotion.
Valérian et la cité des mille planètes est en salles depuis le 26 juillet 2017, soit précisément cinquante ans après la création par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières de la bande dessinée dont le film est inspiré. Adaptation ou produit dérivé, la livraison de Luc Besson intervient sept après l’ultime voyage de l’agent spatio-temporel : L’OuvreTemps. Retour sur une œuvre monde et son final en forme d’oxymore.
« L’impensable vient de se produire. Des personnes qui étaient encore tenues hier pour mortes sont revenues. Ces personnes ont les mêmes droits que chacun d’entre nous… bref, le droit de reprendre le cours de sa vie » annonçait, tremblant, l’un des personnages des Revenants, premier film de Robin Campillo qui mettait en scène des femmes et des hommes morts depuis longtemps parfois mais revenant, avec force, peu à peu dans leur quotidien pour reprendre une vie qui leur avait été ôtée. Nul doute que ces quelques mots qui tentaient d’expliquer le retour de ces morts qui, loin d’être des zombies, n’avaient jamais aussi semblé vivants pourraient venir escorter et prendre le pouls du nouveau film de Robin Campillo qui sort sur les écrans : 120 battements par minute, grand et flamboyant film de revenants, d’hommes et de femmes qui, de chair et d’os, littéralement, reprennent vie et reprennent le cours de leur vie brutalement interrompue au contact de la pellicule.
Le cinéphile porte en lui une malédiction : il est condamné à ne jamais être cru. On va lui demander son avis, pour surtout ne jamais le respecter. On vous demande qu’y-a-t-il-à-voir-au-cinéma-en-ce-moment, et on sait que c’est foutu parce que la plupart du temps, on n’apporte pas la bonne réponse. Par exemple, si au milieu du mois d’août on me demande ce qu’il faut voir, je vais répondre : Une femme douce. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que l’on se méfie de vous. « Et ça raconte quoi ? » Et là, vous savez que la partie est perdue.
Dans le chapitre « Sur un État qui périt faute de nom. » de son roman L’Homme sans qualités, Robert Musil analyse pourquoi il était quasi impossible pour les Autrichiens de s’identifier à la double monarchie austro-hongroise :
D’abord, il y a ce silence, ces soldats anglais qui cherchent des provisions dans Dunkerque désertée. Puis, de nulle part, des tirs, les hommes tombent, l’ennemi est invisible, il le restera durant tout le film, un soldat court pour survivre, bienvenue à Dunkerque.