« Il n’y a plus d’Allemagne » : L’Allemagne de Jean-Luc Godard (épisode 5)

Jean-Luc Godard

Dans le chapitre « Sur un État qui périt faute de nom. » de son roman L’Homme sans qualités, Robert Musil analyse pourquoi il était quasi impossible pour les Autrichiens de s’identifier à la double monarchie austro-hongroise : « […] les Hongrois, une fois pour toutes, n’étaient que hongrois, et ce n’est qu’accessoirement qu’ils passaient aussi, aux yeux de ceux qui ne comprenaient pas leur langue, pour des Austro-Hongrois ; les Autrichiens, en revanche, n’étaient, à l’origine, rien du tout, et leurs autorités voulaient qu’ils se sentissent également austro-hongrois ou autrichiens-hongrois (il n’y avait même pas de mot exact pour dire la chose). D’ailleurs il n’y avait pas d’Autriche du tout. […] Depuis que le monde est le monde, il n’est pas un seul être qui soit mort faute de nom ; on n’en a pas moins le droit d’ajouter que c’est ce qui arriva à la double monarchie autrichienne et hongroise et austro-hongroise : elle périt d’être inexprimable. »

L’historien Stefan Wolle relève un déficit similaire pour la RDA où les citoyens n’avaient pas non plus de nom d’appartenance clairement défini ou identifiable. Ils se sont vus affubler d’appellations diverses, insaisissables et imprononçables : Bürger der DDR (citoyens de la RDA), DDR-Bürger (citoyens de RDA, terme officiel depuis la loi 1967), Brüder und Schwestern in der Zone (frères et sœurs de la zone [soviétique]), Landsleute im anderen Teil Deutschlands (compatriotes dans l’autre partie de l’Allemagne), et à partir de 1970 : Mitteldeutsche (Allemands du centre), Bewohner (habitants), Einwohner (résidents), Menschen der DDR (hommes de la RDA) – termes courants dans l’« ancienne » RFA -, dont les nuances sont infimes ou tautologiques. Même la réunification n’a pas mis fin à ce flou sémantique : Ossis ou Ostdeutsche (Allemands de l’Est), ce ne fut pas mieux, même si sa transposition en Meckerossi (râleur d’Allemand de l’Est) et Besserwessi (je-sais tout-mieux d’Allemand de l’Ouest) allait bientôt traduire une relation bien réelle entre les deux Allemagnes. Or, les Allemands de l’Est s’identifiaient désormais à un état ou État passé, un ex-état/État, citoyen de la ex-RDA, c’était une sorte d’ex-identité, un peu comme pour les « copains d’avant », les ex-élèves d’une école, les ex-détenus d’une prison. D’autant plus qu’Ehemaliger DDR-Bürger (citoyen de l’ex-RDA) laisse planer le doute à quoi il faut attacher le « ex », au citoyen ou à la RDA.

En s’intéressant à la RDA plutôt qu’à la RFA ou au nouvel ensemble à construire, Godard a probablement senti cette quête problématique qui allait se poursuivre. En effet, ni la RDA ni la double monarchie austro-hongroise n’ont disparu à cause de leur « inexprimabilité ». Par contre, ce sentiment de non-appartenance ou d’appartenance à une chose perdue comme source de solitude a intéressé Godard aussi bien personnellement que pour son projet de film Allemagne 90 (neuf zéro) : un présent diffus et difficile qui puise toute son énergie, mais aussi toute sa paralysie dans le passé. Le néologisme Ostalgie a essayé de mettre un nom sur cet état d’âme, mais a surtout servi de commercialisation de produits jouant sur un effet d’identification, comme l’effet de marque, le branding, a l’habitude d’exploiter toutes les tendances sentimentales. Godard, grand romantique, est allé se promener autant dans un paysage urbain et industriel un peu désuet que dans le passé du cinéma, de la littérature et de l’histoire de l’Allemagne, qui est pour lui d’abord un pays littéraire, en l’occurrence une fiction littéraire. Cette intuition de Godard se retrouve renforcée par le décor qu’il rencontre à Werbelin, village menacé et lentement dévoré par les excavatrices de lignite. Hanns Zischler parle d’un heureux hasard :

« C’est plutôt par hasard que nous avons découvert, dans le gigantesque bassin de lignite au sud de Bitterfeld, le petit village de Werbelin, ce qui fut le village de Werbelin. Au milieu de friches, entouré de grands arbres et hautes haies, il donne de loin l’impression d’être un Rundling, un satellite isolé du temps et de l’histoire. »

Pour Godard, les tilleuls, un marais et un moulin à vent abandonné ont suffi pour éveiller des figures littéraires d’époques éloignées et ainsi ressusciter la « vieille Allemagne » de son adolescence :

« Quand le mur (sic !) est tombé, comme on dit c’est devenu du coup un film sur l’Est, la partie Est de l’Allemagne. Bien qu’étant d’origine française, et très française – c’est un pays qui m’a un peu formé, par sa littérature, spécialement le romantisme, à l’époque de mon adolescence. »

Si ce propos dit clairement qu’Allemagne 90 (neuf zéro) est un film sur la partie Est de l’Allemagne, au détour d’une réminiscence – Godard est né en 1930 –, il évoque aussi le grand écart entre l’actualité historique d’une RDA finissante et son amour pour le romantisme allemand. Par ces rapprochements, le film contiendra l’Allemagne entière, actuelle et passée, des Allemagnes au pluriel. En voisin aimant et aussi en étranger, Godard repose en quelque sorte la « Question allemande » (Deutsche Frage), chère à toute une génération d’historiens pour expliquer le long chemin de l’Allemagne pour trouver une identité politique stable. Cette Frage s’adresse de toute manière aussi bien aux Allemands qu’aux voisins. Depuis près de deux siècles, l’Allemagne, « nation en retard » (Helmuth Plessner), a essayé de trouver des réponses à cette question, passant de la Paulskirche à la galerie des Glaces de Versailles en 1871, de la Grande Guerre et la République de Weimar à la prise de pouvoir par le nazisme, à la deuxième guerre mondiale et à « la destruction des Juifs d’Europe » (Raoul Hilberg), de la partition allemande à la réunification en 1990, pour ne nommer que les étapes le plus importantes dans l’histoire de l’État-nation allemand. La réunification allemande ou l’application de l’article 23 de la Loi fondamentale ouest-allemande au territoire de la RDA est la dernière réponse en date à cette question. En effet, sur le plan officiel et constitutionnel, tout semble réglé, et la réécriture du même article 23 de la Loi fondamentale ouvre l’adhésion de l’Allemagne réunifiée à l’Europe et au Traité de Maastricht. En plus, les promesses d’un avenir radieux ne manquent pas en 1990 lorsque Godard essaie d’exhumer la RDA dans Allemagne 90 (neuf zéro) et met le doigt sur les blessures allemandes. Mais Godard rappelle aussi bien au public français que « [l]e passé n’est pas mort ; [qu’]il n’est même pas passé » (William Faulkner). En somme, il voudrait, comme il le dit dans la « Deuxième lettre à Freddy Buache », que « ce métrage cinématographique [puisse] faire office de démenti » au retour à la normalité. Il ne pouvait pas savoir que peu de temps après, en 1993, l’écrivain Botho Strauß publierait un pamphlet rappelant des thèses néoconservatrices de l’entre-deux-guerres et qu’en 1998, l’écrivain Martin Walser voudra qu’on arrête de s’autoflageller .

Le terme tristesse peut trouver un écho au printemps 1991, car l’ambiance de fête suite à la réunification et la joie d’avoir gagné la coupe du monde du football en Italie ont depuis peu cédé la place au marasme économique et social en Allemagne de l’Est. Mais comment entendre une tristesse de « deux fois et demie » ? C’est le « demi » qui nous interroge, un trop-plein par rapport à la répartition de la tristesse à parts égales des deux côtés de l’Elbe. Ce demi pourrait indiquer que même dans la réunification, soit l’absorption d’une Allemagne dans l’autre, il demeure un reste de tristesse non partagée, un supplément qui, pour Godard, fait disparaître l’Allemagne tout entière et qui désigne cet état d’abandon de la RDA qui hante le film Allemagne 90 (neuf zéro). Ce d’autant plus que l’Allemagne littéraire que Godard chérit tant est géographiquement située à l’Est. Johann Wolfgang von Goethe, même s’il est originaire de Francfort (à l’Ouest), est davantage associé à Weimar (à l’Est). Mais Weimar a aussi été souillé par Buchenwald, camp de concentration nazi, libéré par l’Armée rouge en 1945 et reconverti en camp de prisonniers et criminels de guerre par l’occupant soviétique. Cette ambiguïté est renforcée dans le film par le personnage de Charlotte/Dora incarnée par Claudia Michelsen, faisant à la fois référence au classicisme de Weimar (la Charlotte du Werther), à un autre camp de concentration (Dora) et au cas Dora de Freud.

Ce propos de Godard dresse déjà le programme qu’il poursuit dans son film. C’est un programme archéologique et d’errance, la recherche d’une issue. Ce sera d’abord sur un plan scénaristique : le comte Siegfried Zelten (Hanns Zischler), officier de la CIA, est chargé de retrouver une cellule dormante dans l’ex-RDA, l’espion Lemmy Caution (Eddie Constantine). Par là, nous plongeons dans une histoire de la guerre froide, mais pas seulement : les films et les personnages de Godard appartiennent à des histoires condensées, à de l’Histoire condensée. Cet espion oublié a manqué le rendez-vous historique de la chute du Mur, à l’instar de ce cosmonaute soviétique oublié dans la station MIR et revenu sur terre après la fin de l’URSS. (Soit dit en passant que le film d’Andreï Ujica qui retrace cette odyssée ressort sur les écrans en France : Out of the present.) Dès que Lemmy Caution, espion désœuvré, est démasqué par son officier de liaison (le comte Zelten) qui lui révèle aussi le changement de la situation géopolitique, il ne poursuit plus qu’une seule idée : Which way to the West ?, à l’instar de Jerry Lewis : « Which way to the front ? ». Il veut en finir avec l’ennui, cherche l’action, mais ne trouve qu’errance et égarement, à la fois dans le paysage de la RDA, dans l’histoire du cinéma et l’histoire en général, selon le triple retour historique déjà indiqué. Lemmy Caution est un alter ego de Godard, mais aussi un « toi » à qui s’adresse le cinéma de Godard, au cinéma en nous, comme l’a bien analysé Michael Witt dans son Godard, Cinema historian. Le voyage de Lemmy Caution ressemble à une valse-hésitation, un road-movie à pied, où l’on essaie de sauver sa dignité devant l’histoire.

Comment ne pas mettre en parallèle les tentatives vaines des opposants et dissidents dans la RDA qui, après avoir précipité la chute du régime, essaient de négocier une RDA à visage humain, État indépendant, digne alternative à la réunification réclamée de plus en plus fort dans la rue, et en se sens renouvelant le rêve d’une Allemagne meilleure après 1945 ? Le slogan « Nous sommes le peuple ! », cri destiné aux anciens dirigeants, s’était déjà transformé en « Nous sommes un peuple ! », affirmation d’une unité désirée. Lemmy Caution, espion de la CIA et personnage principal d’Allemagne 90 (neuf zéro), quant à lui, devait miner le régime communiste, mais avait préféré se mettre en retraite dans un salon de coiffure d’une petite ville perdue, couverture idéale que seul Zelten a réussi à démasquer, et seulement après la chute du Mur. Lemmy Caution fait ainsi partie de ces personnages oubliés de l’histoire, à qui l’on avait pourtant confié une grande mission. Walter Ulbricht, dirigeant de la RDA pendant 22 ans, en est aussi. Ayant échappé à la fois à la persécution nazie et aux purges staliniennes, il pouvait se considérer comme un héros au retour en 1945 et sa longévité de dirigeant d’État témoigne de ses compétences de tacticien dans un rapport difficile entre maître et servant, entre occupant soviétique et régime satellite. Il a su surmonter la révolte de 1953 et endiguer les départs massifs en faisant construire le Mur en 1961. Lorsqu’en 1971, il a dû céder sa place à Erich Honecker, on l’a « remercié » en lui donnant un titre honorifique. Il n’a pas seulement disparu de la scène politique, mais aussi de l’espace public tout court, et il est mort dans la plus grande solitude en 1973 à Wandlitz, cité protégée des dirigeants du SED. Comme sa mort est intervenue pendant le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, il a, dans un premier temps, même été privé des honneurs du deuil national. Honecker, selon Stefan Wolle, avait fait divulguer une lettre « de son prédécesseur » où celui-ci enjoignait les jeunes à ne pas se laisser gâcher la fête par son décès. À l’heure où Godard tourne et monte Allemagne 90 (neuf zéro), on peut retrouver cette mission perdue et oubliée pour le pays entier. Seuls les opposants reprennent pour un petit moment le flambeau, comme nous avons pu le voir. Selon les ambitions de ses dirigeants, la RDA aurait dû être l’État communiste modèle et vaincre le capitalisme, même le « doubler sans l’atteindre » (Ulbricht) afin de réaliser la Sozialistische Menschengemeinschaft (communauté socialiste des êtres humains). Ulbricht aimait à se faire prendre en photo avec des paysannes, elles devaient représenter l’humanité qu’il avait cherché à réaliser. On ne saura jamais en quelle mesure c’était de la pure propagande ou un rêve qu’il portait en lui pour réaliser une Allemagne meilleure que tant d’exilés avaient espéré en revenant en RDA après 1945.

Depuis la chute du Mur, la RDA échouait visiblement devant les mêmes lois capitalistes qu’elle avait combattues sans pour autant échapper à ses pièges, car depuis que Honecker s’achetait la paix sociale, il dépendait des crédits de son frère ennemi, la RFA. Ainsi l’Ouest s’est senti légitimé de dire en 1990 que la RDA était insolvable. On ne trouve rien de tout cela dans le programme de Godard, annoncé dès le titre : Allemagne 90 (neuf zéro). (Flambant) neuf, c’est le premier attribut que donne Godard à cette Allemagne, mais qui, au lieu de se renouveler, se dilue dans une forme évanescente (« une partie qui a choisi d’être américaine » est rejointe par celle « qui a choisi de ne pas bouger ») avec, dans le film, comme signe ostentatoire, les paradis de la consommation (exacerbée par le consumérisme affiché de la période de Noël, sur laquelle le film se termine) et les publicités qui vont avec : « Test the West » (publicité pour une marque de cigarettes) apparaît au passage de Lemmy Caution, comme un message qu’on adresse à l’espion qui vient du froid.

Malgré l’attachement à l’Ouest après « [l]e long chemin vers l’occident » (Winkler), l’Allemagne n’arrive pas à se défaire de son deuxième attribut : « zéro », qui renvoie au lendemain de la fin du régime nazi et exprime cette envie de faire table rase avec le passé. L’année zéro (ou l’heure zéro — Stunde Null — le terme allemand) pour désigner ce faux nouveau départ résume aussi bien la période d’après 1945 que les années de la réunification, ses espoirs et ses déceptions. Tel un clin d’œil, le titre d’un film collectif s’inspire de Godard pour faire un premier état de lieux de la nouvelle Allemagne : Deutschland 09.

Par là, les deux se placent aussitôt dans une filiation cinématographique. Le film « allemand » de Roberto Rossellini reprenait déjà le même motif : Allemagne année zéro (1948). Godard feint de ne pas comprendre les questions des journalistes, qui voudraient savoir plus sur le jeu de mots détecté, et répond d’une manière laconique : le film débute en 1990, il lui paraît donc évident qu’il s’appelle Allemagne 90 (neuf zéro). Si le « neuf » est en français aussi équivalent de « nouveau », il faudrait se remettre à « la langue française […] une langue qui aime toujours plaisanter avec les choses tout en ayant l’air sérieuse ». Par ailleurs, on peut se remettre aussi bien à la langue allemande, car le neuf en allemand Neun a la même racine latine : novus, novem. L’effet du « neuf » se trouve à la fois renforcé et neutralisé par le « zéro », équivalent de renouveau, mais aussi de rien et de l’annihilation, tel que le Ground zero à la place des Twin Towers.

« Une histoire impossible », « face à un zéro » entendons-nous dans Film socialisme (2010), le socialisme est un film qui se tourne sur un paquebot à la dérive, sur le même Costa Concordia qui sombra plus tard au large de la Toscane comme cette Europe dont le film annonce la fin. À l’époque déjà, il n’a visiblement pas ou plus d’autres buts que des directions vagues, le Nord peut-être, comme on a encore une fois laissé tomber l’Afrique. Les flots de la Méditerranée nous accompagnent dans le premier mouvement du film, qui clôt en quelque sorte la trilogie commencée par Notre Musique (épisode 3). Et de nouveau, nous entendons ce propos que Godard attribue à Sophie Scholl depuis Allemagne 90 (neuf zéro), résistante de la Rose blanche, cette fois-ci il se trouve élargi du vœu de Florine Martin (Marine Battagia) : « Pas de pouvoir, une société, pas un État – L’État veut être seul tandis que l’individu veut être deux. »

Tout bien considéré, « Il n’y a plus d’Allemagne » ne signifie pas tant sa disparition en tant que métaphore présente dans d’innombrables films de Godard, mais une disparition (presque souhaité) de l’État tout court, peu importe lequel. Comme un contre point à cet échange bref et incisif entre des touristes allemands et Florine à la station de service familiale. N’ayant pas obtenu de réponse à leur question : « C’est bien par ici, la Côte d’Azur ? » (encore des égarés comme Lemmy Caution dans l’Allemagne 90 (neuf zéro) ) autre que : « Nous ne répondons pas aux personnes qui utilisent le verbe être. » puis : « Allez envahir d’autres pays ! », ils répondent sur un crissement de pneus : « Scheiß Frankreich ! (Fais chier, la France) ». Puis on entend pour la deuxième foi dans le film : « Ach Deutschand ! (Pauvre Allemagne) ». Cela dit, si cela disparaissait avec toutes les autres accumulations évoquées par Godard (guerres, tourisme, consommation, capitalisme, pouvoir), l’Europe et le monde ne pourraient que se porter mieux. Et au lieu de chercher l’origine, de le reconquérir pour le posséder comme Goethe le postulait dans son Faust : « Was du ererbt von deinen Vätern hast, / Erwirb es, um es zu besitzen. » (L’héritage de tes ancêtres / Reconquiers-le pour le posséder.), il vaudrait mieux suivre son confrère Friedrich Hölderlin et oser l’oubli :

« So wagt’s ! Was ihr geerbt, was ihr erworben
Was euch der Väter Mund erzählt, gelehrt,
Gesetz und Brauch, der alten Götter Namen,
Vergeßt es kühn und hebt wie Neugeborne,
Die Augen auf zur göttlichen Natur. »

Ainsi risquez-le ! Ce que vous avez hérité, ce que vous avez acquis,
Ce que la bouche de vos pères vous a raconté, enseigné,
Lois et usages, noms des anciens dieux,
Oubliez les audacieusement et levez, comme des nouveaux-nés,
Les yeux vers la divine nature.

Même Godard, qui je remercie pour ses films ayant changé ma vie, pourrait être d’accord avec cet encouragement hölderlinien, et cela malgré son estime pour Johann Wolfgang von Goethe.