En 1948, André Dhôtel n’a publié que cinq romans. Après Le Plateau de Mazagran aux éditions de Minuit, il propose à celles-ci son récit suivant, David. Réduit au prénom de son personnage central, le titre n’a rien pour attirer l’attention. Comme dans la majorité de ses romans, ce personnage est un être mystérieux, comme étranger au monde qui l’entoure : étranger certes à la société, mais en harmonie avec certains lieux de nature écartée, désertée, presque redevenue sauvage.

Les fins d’année ne seraient pas ce qu’elles sont dans l’esprit de chacun sans leur lot d’inévitables palmarès de ce qui a pu marquer musicalement les 12 derniers mois, s’agissant notamment de la pop music. Pourtant, d’emblée, avant même d’offrir un quelconque top 10, une question urgente se pose qui, depuis quelques années, se fait entendre de manière lancinante dans toute son inquiétante singularité : la pop music existe-t-elle encore ? Existe-t-il encore une star globale ? Existe-t-il même encore une identité sonore des années 20 ? Rien n’est moins sûr.

Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975) de Chantal Akerman vient d’être élu meilleur film de tous les temps — classement « Les 100 meilleurs films de l’histoire » dévoilé le 1er décembre par la revue britannique de cinéma Sight and Sound. À cette occasion, Benoît Peeters nous fait l’amitié d’un texte, accompagné de cette note introductive : « Cet article est paru pour la première fois il y a quarante ans dans le volume collectif (dirigé par Jacqueline Aubenas) Chantal Akerman, Actes du Colloque de Bruxelles, Ateliers des Arts, Cahier n° 1, 1982. Même si le texte est à bien des égards daté, je n’ai corrigé que des détails ».

« Aucun livre de ne sera jamais à la hauteur du vrai jeu de pouvoir »

Comment ne pas penser à Amadeus de Milos Forman — film inspiré de la pièce de Peter Schaffer, elle même inspirée d’une pièce en un acte d’Alexandre Pouchkine —, avec Vadim Baranov en Salieri et le narrateur du Mage du Kremlin intronisé confesseur nocturne ? Vadim Baranov est une invention, un personnage de fiction possédant néanmoins de nombreuses ressemblances avec Vladislav Sourkov, ex-éminence grise de Vladimir Poutine. Mais de magie il n’est nullement question dans le livre de Giuliano da Empoli. À moins de considérer que manipulation des masses, déstabilisation et coups de force sont les « trucs » des illusionnistes, des spin doctors et des dictateurs qu’ils conseillent.

Publié en 1981, La Menthe sauvage de Mohammed Kenzi est longtemps demeuré épuisé jusqu’à sa réédition en 2022 aux éditions Grevis. Témoignage d’une immigration en France pendant la guerre d’Algérie et d’une adolescence dans les bidonvilles autour de Paris, La Menthe sauvage est également un livre d’apprentissage politique. En même temps que les violences racistes et policières subies quotidiennement dans le bidonville, Kenzi raconte sa participation aux luttes étudiantes. Entretien de Patrick Lyons avec l’auteur, sur l’origine de son livre comme autour ses expériences qu’il raconte.

Existe-t-il des dystopies heureuses ? Est-ce que nos smartphones et nos tablettes rêvent de baisers électroniques ? Peter Chômeur va-t-il pouvoir se faire rembourser un achat qu’il n’a pas fait ? Des questions auxquelles Marc-Uwe Kling répond (ou presque) dans Quality Land, roman d’anticipation (ou presque) qui pointe l’emprise du tout numérique et de la soumission volontaire à l’intelligence artificielle. Toute ressemblance avec un monde en passe d’exister ne serait pas forcément une coïncidence…

« Collectionner les photographies, c’est collectionner le monde », écrivait Susan Sontag (De la photographie), citée en exergue du superbe collectif, dirigé par Magali Nachtergael et Anne Reverseau, qui vient de paraître aux éditions Le Mot et le reste. Un monde en cartes postales s’attache à ce drôle de rectangle de papier cartonné qui s’offre comme un dispositif texte/image. Apparue au XIXe siècle, la carte postale a connu son âge d’or au XXe, avant de tomber en désuétude ces dernières décennies, concurrencée par le téléphone, les mails et SMS puis les réseaux sociaux, Instagram et Pinterest en tête, pour mieux être réinvestie et réinventée par la littérature et l’art contemporain.

« Mon enfance et mon adolescence se déroulent dans un discours sociopolitique, grèves de l’été 1953 contre Laniel, chute de Dien-Bien Phu et, bien entendu, la guerre d’Algérie, qu’on nomme « les événements ». [En 1959] j’évolue vers l’opposition à de Gaulle et m’affirme pour l’indépendance de l’Algérie. Ce sont cette question, cette guerre, avec les attentats de l’OAS, le putsch des généraux, qui impactent mes premières années de fac, comme pour tous les étudiants de cette époque ».

Alors que les éditions Bourgois réactualisent leur fond Susan Sontag dans la collection « Titres » et publient la biographie de l’autrice par Benjamin Moser, les éditions Globe font paraître Sempre Susan de Sigrid Nunez. Ces Souvenirs sur Sontag, parus en 2011 aux États-Unis et traduits en France en 2012 chez 13e note éditions, n’étaient plus disponibles et il est formidable de pouvoir les (re)découvrir, alors même que Sigrid Nunez a connu un large succès en France avec la publication de L’Ami (Stock, 2019).