Guillaume Gesvret, professeur de Lettres dans un lycée de Seine-Saint-Denis, propose dans Un léger désordre un essai sur la lecture à partir de situations de cours. Ce sont les moments d’interruption par des paroles intempestives ou « hors-sujet » des élèves qui sont le point de départ de sa réflexion littéraire et théorique. Entretien.

C’est une vue inouïe sur l’ensemble des écoles de la peinture italienne classique que le Louvre propose à ses visiteurs avec cette éblouissante exposition / immersion de plus de soixante-dix œuvres du musée de Capodimonte réparties dans la Grande Galerie, la salle de la Chapelle et celle de l’Horloge, comme si le stock des plus belles pièces du musée napolitain avait lui-même trouvé sa place dans les collections permanentes parisiennes. Un tour de force muséal pensé par les commissaires généraux Sébastien Allard, directeur du département des Peintures du musée du Louvre et Sylvain Bellenger, directeur du musée de Capodimonte. 

Hypnotique Rombo d’Esther Kinsky ! Rombo = grondement précurseur d’un tremblement de terre (le mot italien). « Cette rumeur inouïe, inquiétante et profonde, dure plusieurs minutes avant que se déclenche le tremblement de terre proprement dit », lit-on dans le livre. Or le livre a pour projet de cerner ce que fut le séisme du 6 mai 1976 qui a dévasté le nord-est de l’Italie, et ce par les différentes approches que se donne l’écrivaine-géographe-peintre-conteuse (c’est moi qui lui prête de tels attributs…). 50 ans plus tard donc, Esther Kinsky nous fait revivre le drame à travers les monologues de sept personnages qui alternent avec la description des sites que bouleversa le tremblement de terre.

On n’aime pas quand quelqu’un meurt. Et pourtant on ne le connaît pas ou si peu, autant que tous ceux qui ont lu et relu ses livres, ceux qui se sont habitués à ce vieux compagnonnage. On est triste, alors qu’au fond on ne sait rien de l’homme, on ne sait rien de ce qu’il a été, comment il a vécu et ressenti les choses qui ont été sa vie – ne connaissant que l’écrivain, même pas, pas l’écrivain, lui qui n’a presque jamais joué à être un écrivain, refusant le jeu médiatique qui accompagne aujourd’hui l’écriture – ne connaissant dès lors que les livres, les longs paysages rudes de ses livres, les crépuscules de ses nuits, et son verbe, la cadence de son verbe, on le connaissait par l’implacable cadence litanique de son verbe.

Il n’y a rien en dehors de l’ordinaire des situations. Le dehors, l’extra-ordinaire tout autant, relèvent sans aucun doute du plan le plus quotidien dans sa manière de nous faire signe : plan de vacuité, troué par des événements qui ne sont pas davantage des élévations. C’est « ici et maintenant » que la philosophie prend son départ. De sorte qu’il ne sera pas même question de principes dérobés, nichés dans le retrait du fond, couverts sous des apparences tant décriées comme si ne se jouait rien d’essentiel à la surface des choses et que seul l’ordre du temps permettait d’en relever enfin le cours.

« Moi, je n’ai pas d’imagination, je pars de ce que je vois. »
« Il ne faut aucune prétention quand on est peintre. »
Francine Ledieu

Francine Ledieu est une artiste qui a vécu cachée. C’est peut-être le secret de son extraordinaire résilience. Depuis quatre-vingt-cinq ans, elle dessine, elle peint, mais rares sont celles et ceux qui ont eu accès à ses œuvres. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir été sollicitée. Critiques, artistes, galeristes ont voulu la faire sortir de son atelier : elle a préféré prendre la poudre d’escampette. Francine Ledieu n’est pas de celles qu’on met sur la sellette. C’est une peintresse discrète, qui a toujours pensé qu’elle n’était pas encore « mûre » – et le pense encore aujourd’hui, à quatre-vingt-douze ans… C’est donc un grand honneur qu’elle m’a fait en m’ouvrant les portes de son appartement-musée-atelier, où s’empilent, comme des strates géologiques, soixante-quinze ans de création.

Depuis qu’il a fait sensation en 2008 avec « Une raclette », le collectif des Chiens de Navarre ne lâche pas le morceau, volontiers sanglant et dégoûtant, qu’il mâche et régurgite à chacun de ses spectacles, pour en éclabousser nos représentations de la famille, de l’amour, de la nation…. En juin 2023, aux Bouffes du Nord, la proposition s’appelle « La vie est une fête » et chacun saisit la dimension à la fois programmatique et parodique d’une telle affirmation.

Si un nom pouvait incarner, de manière contemporaine, la passion pour la pop culture, nul doute que celui Nicolas Tellop s’imposerait avec force. Pour preuve encore, son dernier opus, un essai aussi singulier qu’émouvant, le très beau L’Évangile de l’espace qui vient de paraître au Feu Sacré. Consacré à l’écrivain américain Kurt Vonnegut, ce bref texte plonge dans l’univers si étonnant de l’auteur d’Abattoir 5. De ce coup de foudre littéraire est née la passion de Tellop pour une littérature s’interrogeant sur le rôle qu’elle peut jouer pour le lecteur : peut-on même parler de littérature engagée ? Cela a-t-il un sens ou sommes-nous en face de l’escroquerie la mieux troussée du XXe siècle ? Autant de questions peu apaisées que Diacritik est allé poser à l’auteur le temps d’un grand entretien.