Le 4 décembre dernier, La Maison de l’Amérique latine a accueilli une soirée « Coïncidences Maurice Olender » autour de Georges Perec. Sylvia Richardson y présentait Jeux (Seuil, 2023) et Claude Burgelin sa biographie critique Georges Perec (Gallimard, 2023). Ils étaient interrogés par Christine Marcandier qui dirige désormais « La Librairie du XXIe siècle », collection fondée par Maurice Olender en 1989, qu’il dirigea jusqu’en 2022, et qui accueille nombre de posthumes et inédits de Georges Perec. Diacritik, partenaire de l’évènement, vous propose une captation vidéo de la soirée.
Les émigrants, dernier spectacle du metteur en scène polonais Kristian Lupa fait événement par sa seule présence dans la programmation de L’Odéon en ce début d’année 2024 : le monde du théâtre en a suivi le laborieux accouchement après les tensions qui ont accompagné et interdit sa création à Genève puis en Avignon au cours de l’été.
Le dernier livre de Marie Cosnay est le troisième moment d’une série commencée en 2021 autour de la politique d’immigration européenne actuelle. Il s’agit de mettre au premier plan ce que fait cette politique productrice de mort, de négation des vies non reconnues comme valables. Il s’agit de produire un contre-discours, d’affirmer ce qui est fait politiquement mais aussi, surtout, ces vies en elles-mêmes, les espoirs, les rêves, la recherche de la vie par ces corps et ces esprits vivants.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett publiés tout au long de l’année 2024.
Après avoir publié l’an dernier Ordure, d’Eugene Marten, les éditions Quidam publient aujourd’hui En aveugle, livre aussi étrange que le précédent.
« Je deviens sans doute un peu folle
Perdue dans ma lignée »
(Pauline Delabroy-Allard, Maison-Tanière, L’iconoclaste, 2021)
Que dit un prénom de soi comme de ses origines ? Avant d’être enceinte, Pauline ne s’était jamais demandé pourquoi « Jeanne, Jérôme, Ysé » accompagnent son prénom principal. Mais là, alors que la narratrice entreprend des démarches administratives pour obtenir une carte d’identité, sa première, elle s’étonne : pourquoi ces quatre prénoms dont un masculin ? « Ce n’est pas anodin, tout de même, d’être ainsi escortée dans l’existence par trois inconnus ».
Nous apprenons aujourd’hui le décès de Carl Andre survenu le mercredi 24 janvier 2024 à New York et republions en hommage à l’immense artiste, pionnier du minimalisme, l’article de Christian Rosset, paru le 18 novembre 2016 dans Diacritik.
Alors que l’exposition d’Anne-Lise Broyer au Château de Tours vient de se terminer, les œuvres de la photographe peuvent être contemplées dans deux autres expositions ayant lieu à Paris, à la Galerie S et à la BNF.
C‘est l’histoire d’un poète, comme il en existe tant : un jour il vient, il vit, il aime, puis souffre et meurt. Parfois ces gens-là meurent et sont oubliés et rejoignent l’humus général du monde, d’autres fois, ayant réussi le long parcours de l’œuvre, quelque chose en reste et surnage dans la scorie des siècles, et on en garde traces ; peut-être sont-ils lus, aimés, honnis, peut-être vivent-ils ainsi ; parfois même on romance leur vie- pour s’en souvenir davantage.
Ayant à peine épuisé une petite pile d’ouvrages – lus, parfois relus, et pour leur quasi-totalité recensés dans ce Journal de lecture –, une nouvelle se forme, tandis que d’autres autres se renforcent. Il y a principalement la pile « Poésie, etc. », la pile « Bande dessinée, etc. », la pile « Art & Cie », et plusieurs non nommées où tout se mélange. Chacune d’entre elles semblent à disposition du commentateur pour qu’il recharge ses batteries : pour qu’il retrouve le sens de la digression, alors qu’il aspire le plus souvent au retrait (le Terrain vague étant le lieu où ces deux conduites s’accordent).
Si le roman gothique est l’inachevé́ poursuivi par l’imagination, que se passe-t-il dès lors que cette imagination est exacerbée par la crainte du féminicide ? En revisitant le roman gothique, arqué autour du suspens, du mystérieux et de l’inachèvement, l’autrice suédoise Johanne Lykke Holm, construit un glissement subtil d’une destruction à une autre : de la ruine comme symbole d’une époque détruite à l’assujettissement destructeur de la domestication.
Dans la famille des identités multiples de Louis Aragon, demandez le surréaliste. Nous sommes en 1924, et en enjambant un siècle, vous avez fait une très bonne pioche : malgré un discours noir et déséspéré auprès de ses amis, le jeune écrivain (né en 1897) se tient dans la période la plus prolixe de son œuvre. Il écrit alors des centaines de pages étourdissantes qui vont aboutir aux joyaux Le paysan de Paris et La Défense de l’infini.
On nous avait un peu prévenus ( la performance de Kim Noble est déconseillée aux moins de 18 ans) mais nul ne pouvait s’attendre à l’expérience foutraque, dégoûtante, réjouissante, intelligente et radicale que propose Kim Noble dans ce seul en scène inédit qui donne à voir et à entendre des larves, des renards empaillés et un écureuil articulé, entre autres.
Le jeu de mots est usé mais rarement il a été aussi bien mis en scène que dans ce très beau spectacle de Tiago Rodrigues : le cœur des deux amants y palpite à l’unisson d’un chœur de comédiens, haletant et accordé jusqu’à l’ultime respiration. Ce court spectacle scande une histoire universelle et intime, pulsée par le rythme cardiaque d’une percussion qui soutient le phrasé respiratoire des deux comédiens.