Diacritik publie un long entretien d’Amaury da Cunha avec Frank Smith à l’occasion de la parution de son Fonctions Bartleby, Brefs traités d’investigations poétiques, qui vient de paraître aux éditions Le Feu sacré. Il y est question de poésie, du rapport du langage au réel et au monde, d’archives, d’un regard qui fait image et sens.

Peut-on aimer le dernier épisode de La Guerre des étoiles ? Je veux dire, tranquillement, comme on aime un film, sans devoir rendre des comptes aux fans, qui trouveront que J.J Abrams trahit les « chefs d’œuvres » originels de Lucas (je veux dire : ceux de 77, 81 et 85, après, c’est n’importe quoi) ni aux Malraux de Prisunic pour qui aller voir le film le jour de sa sortie avec une certaine excitation correspond à serrer la main au maître américano-impérialiste Disney à Montoire…

L’histoire du cinéma ne se confond pas avec celle des images. L’histoire du cinéma, ce serait peut-être toujours l’histoire d’une image absente, d’une image manquante, d’une image négative, d’une image qu’on ne voit pas, d’une image qui fait défaut, d’une image à la fois absolue (sur-visible) et ultime (qui annulera toutes les autres) qui aurait valeur de totalité, qui serait en somme la clef du visible.

Le titre de la fiction de Véronique Bergen, Le cri de la poupée, allie de manière paradoxale le vivant et de l’inanimé, l’expression et la chose muette, l’organique et l’artificiel. Une poupée est dotée du pouvoir de crier, comme si elle était douée de vie. Mais c’est aussi bien le vivant qui est doté des qualités de l’inerte et de la chose artificielle. Le titre condense ainsi les principales lignes qui donnent à ce livre sa logique étrange : le vivant devient poupée et l’humain devient insecte, le mort devient vivant, ou en tout cas parlant, les êtres se dédoublent, les corps subissent une subversion de leur ordre organique pour tendre vers l’inorganique (la poupée) ou de nouvelles configurations étranges (« Te déconstruire, te réagencer, faire de ta bouche un anus »), ou encore passer les frontières des espèces et des règnes (« avant de naître poupée, j’avais vécu en chien »).

L’artiste est celui, sans doute, qui peut chausser n’importe quelle lunette, varier les lentilles, user du péri– comme du micro-scope, voir grand, préférer le petit, être tour à tour lilliputien ou brobdingnagien, l’espace de l’art se jouant de tous les échiquiers, ivre de dimensions, horizons, lignes de fuite et autres perspectives (voire mirages).