Le Réveil de la force (Star Wars) : Le Temps retrouvé

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Peut-on aimer le dernier épisode de La Guerre des étoiles ? Je veux dire, tranquillement, comme on aime un film, sans devoir rendre des comptes aux fans, qui trouveront que J.J Abrams trahit les « chefs d’œuvres » originels de Lucas (je veux dire : ceux de 77, 81 et 85, après, c’est n’importe quoi) ni aux Malraux de Prisunic pour qui aller voir le film le jour de sa sortie avec une certaine excitation correspond à serrer la main au maître américano-impérialiste Disney à Montoire…

Soyons honnête, il était presque impossible que le film me déplaise : la musique, le texte qui défile sur l’écran, des sabres lasers : il suffit de remplir le cahier des charges pour que l’alchimie se fasse et que je redevienne le jeune spectateur fasciné par ces histoires improbables de Jedi. Que celui qui ne s’est jamais amusé à faire un geste de la main devant une porte automatique me jette la première pierre, par la seule force évidemment.

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J’ai aimé Le Réveil de la force, pour les mêmes raisons que j’ai aimé tous les films de la saga Star wars au-delà de l’effet madeleine de Proust. L’imagination débridée de son si étrange créateur, George Lucas, auquel s’ajoute ici celui de J.J Abrams, héritier de Spielberg, de cette idée d’un cinéma d’action qui ne serait ni cynique, ni artificiellement sombre et où le metteur en scène donne au film son esthétique plus que le responsable des effets spéciaux. L’histoire de la saga et de Steven Spielberg est celle d’un rendez-vous rêvé et toujours manqué.

En confiant le projet à l’un de ses héritiers les plus évidents (cf. Super 8), Disney répare une anomalie. Le film d’Abrams est un retour à la simplicité, moins verbeux que la précédente trilogie, trouvant un équilibre parfait entre l’action et les références attendues à l’univers de Lucas. Première bonne surprise, les effets spéciaux, nombreux et parfaits, n’étouffent pas le film. Le réalisateur de Lost résiste à la tentation de la surenchère visuelle pour se concentrer sur le rythme et les personnages. La réussite du film tient en grande partie au choix de jeunes acteurs inconnus (comme l’étaient Harrison Ford, Carrie Fisher et Mark Hamill à l’époque) mais convaincants : Adam Driver, John Boyega ou la révélation Daisy Ridley, la véritable héroïne du film. De bons acteurs restent encore la meilleure méthode pour que le spectateur puisse éprouver une certaine empathie envers les personnages, notamment le méchant de l’histoire. On attend avec plaisir les retrouvailles avec ces nouveaux personnages qui, interprétés avec conviction, s’intègrent parfaitement à l’univers de la série. A l’aise dans des scènes d’action qu’il ne massacre pas par un montage haché pour donner l’illusion du rythme, le cinéaste réalise un remake réussi de la chasse du Faucon millenium par les mythique chasseurs TIE, cette fois-ci en plein jour et à l’intérieur d’un croiseur de l’Empire : grand spectacle et référence le cahier des charges joliment respectés !

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Le Réveil de la force est donc avant tout un film d’action haletant, réalisé de mains de (petit) maître par un cinéaste qui évite l’esbroufe et que l’on devine lui-même fan de la saga. L’univers de Lucas aurait pu plus mal tomber (Ratner, Whedon, ou pire : Michael Bay…), bonne pioche, le cinéaste ajoute une touche d’humour et surtout reste au premier degré. Quand on raconte une histoire aussi alambiquée que celle de la force ou du côté obscur il faut surtout éviter de se croire plus malin que l’auteur.

Si on n’aime pas les histoires de sabre-lasers, on ne réalise pas Star Wars 7 et on ne va pas le voir au cinéma non plus. On se souvient des déçus de la dernière trilogie, non pas ceux dont la simple présence de Jah Jah Binks a brisé le rêve d’enfance, mais ceux qui sortaient du film scandalisés de ces histoires de Jedi, de ces combats dans l’espace et de ces créatures d’un autre monde qui n’avaient rien à nous dire. Je préviens tout de suite les plus sensibles : non, Le Réveil de la force, ce n’est toujours pas du Dreyer, oui, ce sont même des gamineries, mais soit vous êtes cryogénisés depuis presque 40 ans, soit vous devriez revoir les premiers Star wars et les derniers Dreyer.

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C’est justement en convoquant nos souvenirs de jeunes cinéphiles (ou, pour les plus jeunes, de Dvdphiles, voir d’accros aux ordinateurs) que J.J. Abrams vise juste. La musique, le déroulant donc, mais surtout les vestiges de la première trilogie : un croiseur géant échoué dans le désert. Image sublime qui pourrait symboliser le temps qui passe pour toute la génération VHS. Un robot qui rappelle R2D2, un stormtrooper…

Une des idées les plus séduisantes du film, c’est de s’intéresser au destin de l’une des silhouettes emblématiques de la saga : ces soldats en scaphandre blanc (qui permettaient à George Lucas de réutiliser les mêmes figurants), d’abord secondaire dans l’esprit du créateur, mais devenus icônes pour les spectateurs.

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Le Réveil de la force répond à la question que se posait tout fan de la série : « mais qui se cache sous ce casque ? », ils mourraient dans l’indifférence, même si les plus sensibles se demandaient combien de veuves laissaient la destruction de l’étoile noire. Dès la première séquence, on voit l’un de ces anonymes combattants du mal mourir et recouvrir de sang l’armure immaculée de son partenaire. Il y a un être humain sous ce masque-là (Abraham éludant rapidement la question des clones), le soldat anonyme retire son masque et l’on comprend alors que le pari sera gagné. Les retrouvailles avec les vestiges de la première trilogie ne seront jamais artificielles : pas plus celle du Faucon millenium, que l’on retrouve avec la même émotion qu’un vieux jouet de notre enfance lors d’un vide grenier, que celle des héros Han Solo, Chewbaca, ou la princesse Leïa qui jouent tous un véritable rôle dans ce nouvel opus.

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Passé le charme de la première partie, on regrettera justement un peu le coté bon élève du réalisateur. Déjà parce que le réalisateur n’a pas la naïveté de Lucas : ça rend le récit plus fluide mais moins surprenant. Abrams semble obsédé par l’idée de ne pas trahir l’esprit de La Guerre des étoiles, on retrouve pas mal de figures comme autant de passages obligés : un nouveau vador, un nouvel empereur, une nouvelle étoile noire etc., etc. Ce va et vient permanent entre aujourd’hui et hier peut brider l’imagination de la nouvelle équipe. L’avantage, c’est que si l’on regrette le côté copier-coller qui menace le projet, on ne s’ennuie jamais : le film étant scénarisé par Lawrence Kasdan, déjà responsable du scénario du meilleur opus de la série L’Empire contre-attaque. Grâce à lui on marche dans la combine avec plaisir, mais il manquera toujours l’effet de surprise, y compris dans son coup de théâtre finalement prévisible. L’univers de George Lucas reste un univers assez simple, c’est ce qui fait son succès comme sa faiblesse. Si la première partie est époustouflante, le film finit par légèrement s’essouffler sur la fin. Ajoutons à cela une musique omniprésente et très vite insupportable. On ne se lassera jamais de la vieille partition, mais la nouvelle finirait presque par gâcher les séquences les plus spectaculaires.

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Surtout, si Le Réveil de la force n’est pas parfait, c’est que l’univers de Lucas lui-même est un peu daté. Comment surprendre quand aujourd’hui, avec le numérique, tout est possible. Le public de 77 avait eu le droit à du jamais vu, celui de 2015 ne peut plus vraiment prétendre au jamais vu, car les effets numériques rendent infini le champ des possibles visuels. J.J. Abrams surmonte pourtant son handicap en offrant, in fine, aux (vieux ?) spectateurs, une séquence rêvée depuis des années. Séquence prévisible peut-être, mais attendue surement et qui fonctionne parfaitement. Tout le film semble avoir été conçu pour le simple plaisir de cette ultime retrouvaille, ce dernier morceau de madeleine. Le temps est passé, il a vieilli, nous aussi, nous sommes heureux de le retrouver. Tout cela avait commencé il y a bien longtemps… et peut enfin recommencer.


Star Wars, Episode 7
. Un film réalisé par J.J. Abrams – Scénario de Lawrence Kasdan, J.J Abrams – Avec: Daisy Ridley, John Boyega, Adam Driver, Harrison Ford, Peter Mayhew, Oscar Isaac, Andy Serkis, Carrie Fisher, Domnhall Gleeson

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