« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next (Libération, 7 mars 2014), Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

Le critique a beau être sériephile voire sérievore tendance binge watcher, il possède ses tropismes, ses rejets de principe, sa zone de confort, ses visionnages honteux, qui le poussent à établir régulièrement un top 10 (forcément mouvant) de ses TV shows préférés. Alors, quand une série qu’il était sûr de détester par avance fait son entrée en bonne place dans un classement qui n’avait pas évolué depuis l’épisode 12 de la saison 6 de Friends (le critique est conservateur), la surprise est de taille… Une sensation intitulée This is Us, qui combine le meilleur du drame et de la comédie pour notre plus grand bonheur.

Suite et fin des entretiens d’Emmanuèle Jawad autour de « création et politique ». Après Véronique Bergen, Nathalie Quintane, Sandra Moussempès, Leslie Kaplan, Vannina Maestri, Marie Cosnay, Jennifer K Dick, Marie de Quatrebarbes et Liliane Giraudon, c’est aujourd’hui Anne Kawala qui évoque les implications poétiques et politiques de son travail.

Sortie en poche, chez Piccolo (Liana Levi) du dernier roman de l’écrivain Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens.

Ça n’a pas beaucoup de sens d’écrire sur Damien Saez. L’exégèse savante serait ridicule, le déchiffrement poétique inutile, la relance politique impossible, la paraphrase précieuse vulgaire.
Que faire alors ? Poser quelques jalons pour ne dire qu’une chose : écoutons-le, lui, le poète anarchiste qui travaille le réel aux mots et invente le monde aux sons. Ecoutons-le dans ses à-corps incarnés.

Après quatre années d’absence, Tanguy Viel revient en cette rentrée d’hiver avec sans doute l’un de ses romans les plus puissants : Article 353 du code pénal. Dévoilant l’histoire tramée d’échecs de Martial Kermeur en butte aux manipulations d’un promoteur immobilier, Viel offre le terrible récit d’un homme bientôt abandonné de tous au cœur d’une rade de Brest comme à la dérive. Diacritik a rencontré Tanguy Viel le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce nouveau roman qui s’impose déjà comme l’un des plus importants de cette année.

Nous avions laissé Tanguy Viel entre Paris et Brest – où tout déjà se tenait « là, sous mon crâne, comme les parois d’une bibliothèque qu’on aurait renversée » –, le revoici à Detroit, avec La Disparition de Jim Sullivan. Il avait pourtant envisagé d’abandonner le roman pour l’essai ou l’autobiographie. Mais l’appel de l’Amérique a été le plus fort ou, plutôt le constat qu’il y a désormais dans sa « bibliothèque plus de romans américains que de romans français ».

John Berger, né à Londres en 1926, mort le 2 janvier 2017, vivait en France depuis des dizaines d’années, en Haute-Savoie. Peintre, écrivain, critique d’art, scénariste, il nous a offert une œuvre exigeante, engagée, un travail sur les mutations du monde, les exils, entre étude sociétale et imaginaire, mêlant les genres, travaillant la richesse de leur caractère hybride. Lauréat du Booker Prize en 1972, il fit scandale en reversant publiquement aux Black Panthers la moitié de la somme reçue. La littérature, et plus généralement l’art, il les concevait comme résistance au système et engagement, dans la permanence et l’exigence d’une recherche tant formelle que politique.

Ian McEwan est le romancier de l’ambiguïté, maître de la mise en récit de la confusion des sentiments. L’Intérêt de l’enfant ne déroge pas à la règle : à travers un remarquable portrait de femme tiraillée entre sa déontologie et ses aspirations, il rend compte de la société tout entière, de nos vies contemporaines confrontées aux notions de religion, de justice, de libre-arbitre et de droit.