Ça raconte Sarah est le premier roman de Pauline Delabroy-Allard, un texte surprenant, tendu, entêtant, enragé, autour de deux « identités singulières », deux femmes, la narratrice et Sarah, un amour fou.
Laurent Albarracin est l’auteur d’une œuvre obstinée, dont les enjeux philosophiques, majeurs (et conscients) sont en même temps brouillés, ou plutôt, rendus hilares, par un humour virtuose.
Dans son Histoire des chambres (2009), Michelle Perrot expliquait que ce lieu est « le théâtre de l’existence, ou du moins de ses coulisses » : « La chambre cristallise les rapports de l’espace et du temps ». Sans doute est-ce aussi la fonction comme la poétique de Nohant pour George Sand, cette « maison d’artiste » qui lui sera, tout au long de sa vie, un espace intime et familial comme amical et social, un lieu où écrire et aimer mais aussi recevoir.
Revenant (part. prés., adj. et subst.) : 1. (personne, chose) qui revient. 2. Esprit d’un(e) défunt(e) censé revenir de l’autre monde pour se manifester aux vivants sous une apparence humaine.
« Elles font une petite danse autour de moi en battant des mains et en chantant : « Il est revenu ! » (p. 31). L’enfant prodigue est revenu : ainsi la mère et la tante accueillent-elles l’écrivain de retour au pays natal, célébrant tout à la fois l’enfant Jésus et le grand enfant de quarante-trois ans qu’elles ont sous les yeux, dans un discret syncrétisme du quotidien où les dieux vivent parmi les humains – et réciproquement.
Quatre ans après le puissant Nos Mères, roman clef de notre contemporain, Antoine Wauters revient en cette rentrée avec non pas un mais deux romans, remarquables l’un l’autre : le fraternel Pense aux pierres sous tes pas et le noir Moi, Marthe et les autres.
Le premier roman de Sarah Manigne, L’Atelier, se lit d’une traite, avec appétit, inquiétude, emportement. On voudrait être plus délicat, s’attarder sur les phrases, se donner un peu le temps. On est aussi avide de poursuivre que l’héroïne de ce très court roman l’est de s’effacer.
Franzobel, Franz Stefan Griebl de son nom civil, auteur autrichien, né en 1967, écrit des romans, de la poésie, du théâtre et des livres pour la jeunesse. Il est peu traduit en français : la plupart de ses écrits sont géographiquement et socialement marqués par son environnement autrichien, d’autant plus qu’il fait partie de ceux qui introduisent dans leur écriture le parler de la rue, populaire et cru difficile à rendre dans une langue étrangère.
Sur le bandeau de couverture, lors de la parution du livre en grand format, une citation du Guardian annonçait « une histoire d’amour inoubliable ». Inoubliable, le premier roman de Karl Geary, qui paraît aujourd’hui en poche aux éditions Rivages dans une traduction de Céline Leroy, l’est indéniablement.
1. Pour chroniquer La Première année de Jean-Michel Espitallier, le plus simple aurait été d’en prélever quelques passages au fil de la lecture, les transcrivant tels quels, sans le moindre commentaire, marquant ainsi qu’il est inutile d’en rajouter.
Aux portes des rêves, la pensée s’agite. Et cela pourrait bien commencer par l’interrogation que pose en chanson Barbara Carlotti dans Magnétique, morceau de son dernier album éponyme : « Je n’ai pas encore pu savoir jusqu’à présent ce qu’est exactement le rêve. Je me le demande toujours. »
Après la littérature. Écrire le contemporain, signé Johan Faerber, paraît demain. Il est difficile de qualifier ce texte : essai ? roman critique d’un contemporain que d’aucuns se complaisent à nier ou à masquer ?
La première année, de Jean-Michel Espitallier, est le livre d’une expérience en elle-même multiple : expérience de la mort, de l’absence, du langage, du sujet, du temps.
« Ce fut le réflexe de défense d’une littérature qui, se sentant menacée parce que ses techniques et ses mythes n’allaient pas lui permettre de faire face à la situation historique, se greffa des méthodes étrangères pour pouvoir remplir sa fonction dans des conjectures nouvelles. […] Nous avons entrepris de faire une littérature des situations extrêmes. » (Jean-Paul Sartre)
Marielle Macé l’écrivait dans Façons de lire, Manières d’être (Gallimard, 2011), « la lecture est d’abord une « occasion » d’individuation : devant les livres, nous sommes conduits en permanence à nous reconnaître, à nous « refigurer », c’est-à-dire à nous constituer en sujets et à nous réapproprier notre rapport à nous-mêmes dans un débat avec d’autres formes ».
La question posée dans le titre de cet article aurait son corollaire immédiat : les contes de la Sultane font-ils encore effet sur les écrivains et les lecteurs aujourd’hui ? Il peut sembler que oui quand Carole Geneix titre son premier roman policier, La Mille et deuxième nuit.