Cette grande chose qui vient : Jean-Michel Espitallier (La Première année)

Jean-Michel-Espitallier (DR)

1. Pour chroniquer La Première année de Jean-Michel Espitallier, le plus simple aurait été d’en prélever quelques passages au fil de la lecture, les transcrivant tels quels, sans le moindre commentaire, marquant ainsi qu’il est inutile d’en rajouter. Quasi-perfection des formes brèves, des notations ramassées, de l’aphorisme : en quelques mots tout est dit – de ce dit qui nous incite à faire silence :

Quand même, c’est simple la mort.

Cette effrayante banalité. Quelque chose devait arriver et quelque chose arrive. Finit par arriver. Et pourtant, cette nuit-là, j’ai vécu, de l’intérieur, un mystère, et au plus profond de ce mystère, la région la plus mystérieuse du mystère.”

Mais ce serait se mettre en position de ne jamais en finir car très vite on se rend compte qu’il y aurait bien trop de possibilités – trop de choix, tous plus impeccables les uns que les autres. Entre la tentation du ready made, version Pierre Ménard (recopier le livre entier), et un véritable travail d’extraction (et surtout de montage), on oscille, conduits d’un mode, ou d’un état, à l’autre par ce qui nous touche souvent plus physiquement qu’intellectuellement (et pourtant, quelle puissance de pensée !). Ceci dit, se livrer à cette activité illusoirement neutre, faussement mécanique, de copiste, n’est pas une si mauvaise idée, car il faut effectivement passer par la main pour que ça circule d’une tête à l’autre, pour que ça nous pénètre en tous sens, nous traverse, comme une musique, et au final nous atteigne en plein cœur.

Ce livre est le récit de la mort de Marina, ma compagne, survenue le 3 février 2015, puis le journal de ma première année de deuil. Sa rédaction lente, patiente, heurtée, ouvrit, sans que j’en aie d’abord conscience, un espace de recueillement. (…) Elle fut aussi cet atelier où, durant cette longue année, je me suis installé pour tenter de redonner du sens à ce qui n’avait plus de sens. Pour tenter de faire. () Un exorcisme, peut-être. Par voie de conséquence, ce livre interroge, parfois avec une certaine insistance, obsessionnellement, l’inaltérable question du temps. Parce que le temps, qui est la grande affaire de ma vie, est aussi celui de la perte, de la mort et du deuil.”

Si nous désirons rompre ce silence (cette incitation quasi-wittgensteinienne au “comment taire” n’étant pas de l’ordre de la contrainte), sans pour autant se montrer aussitôt volubile, le premier commentaire qui pourrait venir à l’esprit serait peut-être l’équivalent d’un léger hochement de tête : signe discret, non de connivence, mais de fraternité (quelque chose d’amical, mais qui pourrait s’avérer aussi vain qu’un silence de mort). Ce serait déjà un premier pas vers un échange possible, nous conduisant à prendre le temps de tracer quelque chose comme un journal de lecture, ou plutôt de relecture (la première de cette Première année s’étant opérée sans prendre la moindre note), cette fois plus lente et crayon en main.

On pourrait aussi proposer qu’il serait facile, du moins en apparence, de s’identifier (d’exprimer une forte empathie avec l’auteur). Mais si on est un peu rigoureux avec ce que l’on ressent tout au long de cette lecture en perpétuelle reprise (l’auteur influençant le lecteur sur ce plan : il fait passer de manière assez étonnante l’énigme du lendemain – rien n’est d’avance tracé, la lecture s’en ressent et on pourrait même aller jusqu’à dire que le plaisir – cette chance d’échapper à l’envahissement de la tristesse relative à un tel “sujet” – vient essentiellement de là), cela s’avèrerait bien difficile, voire impossible. Au bout du compte (ou du conte), ce que nous aurions en commun serait tellement singulier (au bord de l’innommable – ou disons plutôt de l’indescriptible) que ce ne serait partageable que par mimétisme : je te lis à fleur de peau – mais laquelle ? La tienne ou la mienne ? Ou de celle qui hante cette longue méditation d’une année et plus, que toi lecteur n’as jamais rencontrée, même de loin, mais qui, de page en page, te devient de plus en plus amicalement proche, au point de devenir comme un spectre familier – fantôme de chair et d’os, réceptacle de tes inquiétudes les plus inavouables au sujet de qui partage ta vie ?

“Tu es en train de devenir aveugle.

Je suis terrorisé.

Folle envie que ton état se prolonge. Folle envie d’en finir.”

Que voulez-vous dire d’un tel livre ? Le juger ? Absurde. Affirmer (par exemple) que le 372e fragment (même s’ils ne sont pas numérotés) serait plus fin, plus juste, plus inattendu que le 345e ? Tout est à prendre ou à laisser. La seule chose qui semble claire, c’est que Jean-Michel Espitallier a éprouvé le besoin d’écrire ce Journal de deuil, tout comme Barthes, ou Annie Ernaux qu’il cite en épigraphe : “Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence”. Puis, une fois ce travail accompli, de le publier. C’est-à-dire de partager cette expérience, pourtant des plus intimes, avec qui aurait le désir d’en prendre connaissance : un lectorat débordant potentiellement le premier cercle des lecteurs de poésie et ayant un réel besoin d’un tel livre (on pourrait même se désoler qu’il n’y en ait pas davantage de ce genre – qui n’en est cependant pas un).

2. Le critique tel que je l’imagine, mi bâtisseur de constellations, mi griffonneur de pense-bêtes, devrait être en premier lieu un guetteur mélancolique. Avec cette Première année, il est servi : tout ce qu’il en perçoit – vraiment tout : la moindre ligne, même si parfois à première lecture décevante – le pousse à aller se secouer le cocotier au plus haut de sa tour d’ivoire (ou, si vous préférez, de la tour du guet – souvenez-vous : All Along the Watchtower). Comme on le sait, mélancolie s’accorde à méditation et mémoire. C’est le temps du “tu auras été” où celui qui élabore au jour le jour cette suite de fragments peut noter que “Désormais, les photographies sont plus présentes que ta présence.”

Des photos, il y en a dans le livre. Très peu et relativement banales, en tout cas sans recherche esthétique, et sans réelle fonction informative. Mais elles sont là. Du visage de la disparue, on n’aura droit qu’à une empreinte des plus floues : nulle légende ne pourra naître de sa vision pourtant intrigante (cette couverture à première vue si austère et qui finira par quasiment nous hypnotiser).

Apologie de la banalité, merveilleuse quand tout devient d’une nouveauté absolue – de celles auxquelles nul, et en premier lieu l’auteur, n’a jamais été vraiment préparé. Qu’avons-nous en partage : notre finitude. Et peut-être quelques obsessions qui lui sont liées. C’est à ce sujet que j’avais eu l’idée d’aller enregistrer Jean-Michel Espitallier, le 29 mars 2016, soit peu après l’achèvement de cette première année de deuil dont, au moment de notre rencontre, je ne savais pas grand-chose. J’avais juste le vague souvenir du fait qu’il avait fait discrètement état de la perte de sa compagne sur Facebook (le livre des visages), y publiant le 4 février 2015, soit le lendemain-même de la mort de Marina, la seule photo que j’aie jamais vue d’elle, posant de face. Aujourd’hui, après avoir lu deux fois La Première année, j’entends autrement les réponses qu’il m’avait alors accordées :

Je suis un obsessionnel, peut-être même un obsédé. Je pense qu’être obsessionnel et être obsédé, c’est un peu différent, mais il y a l’idée d’une autorité qui nous échappe : une obsession, c’est quelque chose d’autoritaire. L’obsédé sexuel, il ne peut pas faire autrement. C’est presque de l’ordre de la maladie. Il y a quelque chose qui est plus fort que nous dans l’obsession. Moi, je suis obsédé par la question du temps qui passe (ou qui ne passe pas). Je n’ai pas envie de me soigner ; mais j’ai beau me dire : « allez, n’y pense pas », ça revient, c’est une espèce de retour du refoulé incessant. Il faudrait voir aussi entre obsession et passion, car il y a des passions qui nous tiennent tellement à cœur, qui sont obsédantes… Tout ça c’est plus fort que nous.

– Cette obsession du temps qui passe, c’est avec l’âge qu’elle s’est manifestée ou était-elle présente dès le début ?

En fait quand j’étais gamin, j’ai écrit (vous allez rire, j’étais en quatrième, j’avais quoi ? Treize ans ?) mes souvenirs d’enfance. J’avais découvert Pagnol, Le château de ma mère, La gloire de mon père, et je trouvais ça formidable que l’écriture soit un outil pour faire ressurgir des choses du passé. Bon, à treize-quatorze ans, ce n’est pas si lointain. Si on commence à se souvenir à l’âge de 3 ans, il s’est passé dix ans ; mais en même temps, ce sont dix années capitales. Je reste persuadé qu’on passe sa vie, qu’on le veuille ou pas, consciemment ou pas, obsessionnellement ou pas, à essayer de retrouver tout ça jusqu’ à… je ne sais pas s’il y a un âge-frontière, mais je pense qu’on est tous dans une sorte de nostalgie du paradis perdu, de la magie des commencements, des premières fois, qui étalonne finalement nos vies. La première fois qu’on a fait telle chose, si elle a été heureuse, on passera sa vie à essayer de la refaire, dans les conditions, avec les émois, les plaisirs, les bonheurs, de cette première fois. Et ça, c’est quelque chose d’assez obsessionnel et d’obsédant.

– Il s’agit du temps en tant que force de destruction ?

Comme quelque chose qui s’en va : une absence, un effacement. Alors évidemment, l’optimiste dit que le temps, c’est l’avenir, et donc c’est formidable. Moi j’aime bien me réveiller le matin, j’adore petit déjeuner et me dire qu’il va se passer des choses bien, voilà ! Je suis plutôt de nature optimiste, mas en même temps, tu connais la chanson des Beatles, Tomorrow Never Knows ! Ça aussi, c’est une boussole. On ne sait pas ce qu’il va se passer. Mais en revanche, ce qu’on sait, c’est que, tu vois, ce que je viens de dire, c’est déjà fini, on est sur du sable mouvant sans arrêt. Je crois que c’est ça qui me rend complètement dingue… J’ai créé une performance il y a assez longtemps, et je la développe selon différents supports et modes de production, où je donne mon âge calculé en secondes. Chaque énoncé se conclut par « ça ne va pas durer ». À l’oral, il me faut huit secondes pour dire cette phrase « je suis né il y a un milliard, tant de millions, etc., tant de secondes, mais ça ne va pas durer ». Et donc, pour l’énoncé suivant, il me faut rajouter huit secondes. Et ainsi de suite… La pièce se nomme Autobiographie. Pour dire que c’est la seule chose qui nous arrive : qu’on vieillisse, qu’on traverse et le temps et que le temps nous traverse.

– Les obsessions se cultivent comme un jardin ? Faut les arroser, les tailler…

Faut les sortir aussi, les promener, les exercer. Cette obsession du temps qui passe, j’en fait quelque chose. Les médecins parlent d’empoisonneurs à bruit bas (c’est-à-dire qui ne font pas de bruit), comme par exemple le tabac : tu fumes une cigarette, tu n’as pas un cancer tout de suite. À mes yeux, l’empoisonneur à bruit bas le plus radical, c’est le temps qui passe. Pour l’instant, on est en vie, le temps continue, mais un jour, c’est lui qui aura notre peau.”

3. Ouvrant le livre au hasard, je tombe sur : “Parler pour ventiler”. Je songe à quel point il paraîtra étrange pour qui a en mémoire quelques éclats de rire occasionnés par la lecture de certaines pages d’Espitallier de tomber sur un aussi mélancolique décompte :

Tu as vécu 20097 jours. Pas un de plus.

Soit exactement 483312 heures. Pas une de plus.”

Mais on se souvient aussi que Salle des machines (Flammarion, 2015), dont la sortie a été contemporaine des tous derniers jours de Marina, s’achevait par une dizaine de pages qui n’étaient composées que de zéros, les grisant progressivement (hommage aux suites de nombres d’Opalka ?), jusqu’à obtenir leur total effacement par l’usage typographique d’un blanc sur blanc radical. La première fois s’achève (ou presque) de la même manière, mais cette fois en égrenant une suite de relevés temporels, en heures, minutes et secondes, mesurant cette perte sans commune mesure. Comme j’écris ces lignes dans un atelier où est accrochée une magnifique photo d’Alain Dister représentant le visage – particulièrement sombre, comme à contrejour, mais dont la chevelure est traversée de lumineuses fumées blanches – du créateur du Pink Floyd, me revient en mémoire cette fin inouïe d’un des plus formidables ouvrages d’Espitallier (Syd Barrett, le rock et autres trucs) où ce qui était cette fois égrené et progressivement grisé, jusqu’à l’illisibilité, se composait d’une liste de processus de disparition (non par leur mort, mais par une soudaine cessation d’activité : quand les artistes, les comédiens, les sportifs, etc., se retrouvent hors de portée des radars, après avoir mis un terme à l’activité qui les avait rendus plus ou moins célèbres).
J.-M. Espitallier : “Je suis obsédé par la question de la disparition et de l’effacement. Je suis fasciné par Syd Barrett, Rimbaud ou Nietzsche, ces personnages qui s’effacent de leur vivant.”

p. 150 : “Ce soir (18 août) je me rends compte que du point de vue du deuil, qui est une expérience du plus-jamais, c’est-à-dire du à-jamais, je vis l’expérience de l’infini.”  

Mais, après avoir refermé La Première année, me revient, de manière insistante, le souvenir de l’humour de Jean-Michel Espitallier.
Du coup, je fais une petite recherche dans ma bibliothèque pour en prélever quelques exemples.
Voici : “De plus en plus de poètes sont de moins en moins célèbres, sauf dans le milieu de moins en moins célèbre de la poésie” (De la célébrité, 10/18, 2012).
Ou bien : “Il n’est pas nécessaire d’avoir l’oreille très musicale pour déduire que l’excès de vitesse se joue plutôt dans les aigus” (Tourner en rond, PUF, 2016).

4. Il y a maintenant un peu plus d’un quart de siècle, je me souviens qu’Yves di Manno, son futur éditeur chez Flammarion, m’avait fait découvrir la revue Java, que Jean-Michel Espitallier a longtemps dirigée en partage avec Jacques Sivan. J’avais alors été aussitôt sensible à l’art subtil de ces deux écrivains, me semble-t-il amis d’enfance à Barcelonnette (dans les Alpes de Haute-Provence). La Première année s’achève par quelques lignes en hommage au “cher Jacques” qui “mourra lui aussi d’un cancer” : “la mort qui continue” (…) “c’est la vie qui continue” (et là je songe à ce vers de Dominique Fourcade – à qui Java avait consacré son n°17 : “j’apprends la mort j’apprends la vie”). Parmi les contributeurs de cette revue, il y avait, notamment sur la fin, Christophe Marchand-Kiss. Je l’avais rencontré en animant avec lui une table ronde sur la poésie contemporaine enregistrée au Centre Pompidou en 2000 où il avait invité, entre autres, Jacques Sivan. S’étant mis depuis quelques années à l’écart de l’agitation parisienne, il ne donnait qu’irrégulièrement de ses nouvelles. Jean-Michel Espitallier avait intégré quelques-uns de ses poèmes dans Pièces détachées (Une anthologie de la poésie française d’aujourd’hui, Pocket, 2000). Christophe Marchand-Kiss nous a, lui aussi, quittés, dans la plus grande discrétion, le 8 juillet de cette année, au moment-même où je finissais ma première lecture de La Première année.

Mélancolie.

Christophe Marchand-Kiss et Jean-Miche l Espitallier. Soirée Java fin 1998

(Note au passage : dans Le Théorème d’Espitallier, on y compte les moutons qui sautent. Sommeil – sujet éternel…)

5. La proximité de la mort rend la normalité monstrueuse”.

18 août 2018. Mantra : ne pas céder à la tentation de tout recopier. Plus ces fragments (ces notations au jour le jour) seront lus et relus, plus ils nous apparaitront d’une justesse irréfutable, comme l’inscription textuelle accomplie d’une expérience fondamentale, voire initiatique, que l’on n’aurait pas encore eu la malchance d’avoir vécue et dont on ne saurait dire si – mais pour quelle étrange raison ? – elle nous manquerait. Manque est le titre d’un des livres récents de Dominique Fourcade – un de ses plus beaux. Cette suite d’hommages à des disparu(e)s qui lui étaient en grande partie proches, est faite (selon ses propres mots) de “beaucoup de deuils et, j’espère aussi, de vie”. Paul Otchakovsky-Laurens l’avait publié en 2012. Toujours de Dominique Fourcade, Deuil, écrit entre le 3 janvier (lendemain de la mort de son éditeur) et le 23 mars 2018, puis publié dans la foulée chez P.O.L, est un petit livre d’une grande densité qu’il est aussi extrêmement malaisé de commenter (peu d’ailleurs en ont parlé), rédigé dans la douleur d’une disparition encore plus insupportable que les autres (mais peut-on affirmer une chose pareille, comme s’il était naturel de hiérarchiser ces manques dont on en finit pas d’épuiser la tristesse qu’ils nous ont causée (“Épuiser la tristesse ? Comme au marathon ?” écrit Jean-Michel Espitallier p. 145 de son livre, juste après avoir noté : “Aujourd’hui, Chris Squire est mort. En fait, tout le monde meurt.”)

Manque, Deuil, La Première année… titres si simples et ô combien pertinents…

Je rouvre un instant Syd Barrett, le rock et autres trucs (republié récemment par Le Mot et le Reste). Page 130, au sein d’une longue méditation sur (une fois de plus) le temps qui passe, Espitallier rappelle à juste titre que “La question de la vieillesse dans le rock’n’roll convoque tout un attirail de clichés.” Contre celui (pourtant “un très bon vieux”, à savoir Neil Young) qui proclame qu’il vaut mieux cramer que rouiller, Jean-Michel Espitallier fait l’éloge d’Old Men en devenir comme Iggy Pop ou “ce cabot de Mick Jagger”. Ces quelques pages sont titrées When I’m Sixty-Four. Vers le 13 juin de cette Première année, ce fragment plus que touchant : “Concert de Paul McCartney au Stade de France avec Fiona. Nous rions de t’imaginer nous regarder. Elle te ressemble. Je l’aime pour deux.” La mort rapproche, retend le lien père/fille, c’est aussi cela que ce livre fait passer avec grâce, cette histoire étonnamment universelle, immédiatement partageable même par qui n’a ni compagne, ni fille.

Il faut plus que jamais se garder de céder à la tentation de tout recopier. Et ne surtout pas, à notre tour, commencer à égrener des clichés. Alors, juste un dernier prélèvement, histoire de mettre à nu quelque chose de l’ADN du livre ? Voici :

Qu’est-ce que la présence d’une absence ? C’est de la mémoire. Du mouvement inscrit dans de l’inanimé. Du dynamique imprimé sur du statique. L’intrusion du mobile dans l’immobile (l’immobilité fuyante du présent). Une série de souvenirs-flash indissociables d’un espace, l’incarnation de lieux réfléchissant des êtres qui n’y sont plus, des situations disparues mais imprimées dans le décor, lequel les restaure, la suspension de scènes qui continuent leur projection légèrement déplacée, et, tout au fond de ce dédale, des parfums, des odeurs, des images, des voix, parfois des bribes de conversations. Le son de la vie. Cette présence-là se dissout elle aussi peu à peu.

Qu’est-ce que l’absence ? C’est une soif non étanchée. C’est le manque éprouvé d’une présence qui ne m’enveloppe plus. Et que je n’enveloppe plus.”

Donc, une seule recommandation : procurez-vous ce livre et prenez le temps d’en faire une ou plusieurs lectures. Car La Première année s’aventure bien au-delà des enjeux de ce petit commerce saisonnier qu’est la rentrée littéraire.

Jean-Michel Espitallier, La première année, éditions Inculte, août 2018, 157 p., 17 € 90
Lire ici l’article de Jean-Philippe Cazier sur le livre
Ici celui de Christine Marcandier
Ici l’entretien de Jean-Philippe Cazier avec Jean-Michel Espitallier