Dans De toutes pièces, de Cécile Portier, le narrateur est un curateur paradoxal : il soigne mais ce qui est mort, ce qui a d’abord dû être détruit ; il protège ou prend soin de ce qui ne lui a rien demandé – le monde – et n’a pas besoin de lui ; il réunit les pièces d’une exposition qui n’a pas lieu, les pièces rassemblées demeurant invisibles, enfermées dans des caisses.
La France a refusé l’année dernière la mention « intersexe » à un transgenre qui en faisait la demande sous prétexte que, d’après la Cour de cassation, cela « aurait des répercussions profondes sur les règles du droit français construites à partir de la binarité des sexes ». Le monde de la recherche scientifique, qui se veut humaniste et progressiste, témoigne, lui aussi, de sa difficulté à prendre en compte la question de la parité. Nous vivons dans un monde, force est de le constater, qui se révèle toujours victime du modèle patriarcal.
Vingt-neuf romans en vingt-sept ans, ce n’est plus de la constance, c’est du stakhanovisme. Une régularité de métronome dont Harlan Coben aurait tort de se priver tant chacun de ses livres bien calibrés, à l’intrigue millimétrée (pour ne pas dire formatée) se transforme en succès de librairie. Paraissant en poche, Double piège n’échappe à aucune des règles édictées par l’auteur dans chacun de ses romans. Jusqu’à la surdose.
Raphaël Meltz est né en 1975, il a cofondé et codirigé la revue R de réel (2000-2004) puis le magazine Le Tigre (2006-2014). Il est l’auteur d’essais (De Voyou à Pov’ con. Les offenses au chef de l’État de Jules Grévy à Nicolas Sarkozy), de récits (série Suburbs, Lisbonne : voyage imaginaire) et de romans : Mallarmé et moi, Meltzland, Urbs. Alors que paraît demain son nouveau livre, Jeu nouveau, il s’est prêté à l’exercice du grand entretien diacritique.
« Elle avait fait mouche. »
C’est ainsi que le narrateur du dernier roman de Vincent Almendros commente la phrase que prononce, à la toute fin du livre, la jeune femme qui l’accompagne.
La chute par inattention et toute fraîche réactualise les anciennes dont le souvenir s’est effacé, mais le scanner révèle les cicatrices. Alexander Kluge, cinéaste, juriste, écrivain, conteur, essayiste, animateur et producteur de télévision — impossible de lister complètement ses domaines — a ce don de passer du particulier, voire du biographique au général et inversement.
Octobre est un mois sobre. Coincé entre septembre doré et novembre gris, octobre est le dixième mois d’une année qui en compte douze. Comme les coups de minuit, les apôtres de Jésus ou les salopards de Robert Aldrich.
Au crépuscule des terribles années 60, frappé de stupeur et de fulgurance, Michel Foucault l’avait écrit à Pierre Guyotat, alors que sommeillaient déjà en lui les prémices du très bel Idiotie qui paraît cette rentrée : « L’histoire immobile comme la pluie » traverse, comme un intangible point fixe, les pages les plus terribles du romancier. Car, de Tombeau pour cinq cent mille soldats jusqu’à Idiotie, Pierre Guyotat, ce serait tout d’abord l’histoire d’un cri.
De nouveau sa voix était là. A nouveau. Soudain, sa voix reconnaissable entre mille. Avec sa tristesse discrète, murmurée. Avec son espoir prononcé presque en silence. La tristesse et l’espoir sont constatés dans la voix, ils sont dits et chantés et existent de manière égale. Comme une prière ou un appel, une prière non religieuse mais comme l’appel d’un homme seul à celui ou celle que l’on aime, que l’on a aimé. Un appel à cette absence qu’est l’autre et à l’absence qu’il ou elle a laissée pour toujours.
Son humour d’une féroce acuité était sa marque de fabrique, que ce soit dans les pages du Canard Enchaîné ou au fil des planches des 15 tomes des aventures de Jack Palmer. René Pétillon est mort le 30 septembre à l’âge de 72 ans.
Ça s’intitule Pense aux pierres sous tes pas et c’est un roman comme il en est peu.
L’annonce faite, le 13 septembre, par le président Macron de la responsabilité de l’État français dans la disparition de Maurice Audin suscite, bien évidemment, comme tout ce qui touche à la guerre d’Algérie, des avis contraires dont certains – que nous nous dispenserons de citer – sont particulièrement violents.
Un homme écrit à sa femme depuis un pénitencier. « Mon avocat dit que je dois tout raconter ». Le roman, à la première personne du (hautement) singulier, sera ce « document » qui est aussi une longue « supplique ». « Ce qui suit est le journal de notre errance, à Meadow et moi, depuis notre disparition ».
« Je me souviens que le quatre-quarts doit son nom au fait qu’il est composé d’un quart de lait, d’un quart de sucre, d’un quart de farine et d’un quart de beurre. » (Je me souviens, Hachette, « P.O.L », janvier 1978).