Le crépuscule des genres: vers la fin du modèle féminin/masculin ?

© Martin Colombet. Hans Lucas.

La France a refusé l’année dernière la mention « intersexe » à un transgenre qui en faisait la demande sous prétexte que, d’après la Cour de cassation, cela « aurait des répercussions profondes sur les règles du droit français construites à partir de la binarité des sexes ». Le monde de la recherche scientifique, qui se veut humaniste et progressiste, témoigne, lui aussi, de sa difficulté à prendre en compte la question de la parité. Nous vivons dans un monde, force est de le constater, qui se révèle toujours victime du modèle patriarcal.

« [N]ous nous efforçons de traiter les personnes comme des personnes – et non selon leur identité de genre » explique Jaelyn Eberle, paléontologue des vertébrés et directrice du programme d’études supérieures en muséologie et études de terrain à l’Université du Colorado. Cependant, Polly Arnold, en poste à la Chaire de chimie de l’Université d’Édimbourg, décrit combien les promotions sont réservées aux hommes et fait remarquer que l’écoute au cœur même de leur recherche, diffère d’un genre à l’autre. Holly Dunsworth, Professeure associée d’anthropologie biologique à Université de Rhode Island, n’est pas appelée par sa mention de Docteur et doit adapter sa tenue afin d’être prise au sérieux par ses collègues et étudiants. Il en va de même pour Jessica Meir, astronaute à la NASA, qui est obligée de se plier au modèle masculin et de supporter régulièrement des remarques sexistes. Quant à Rebecca Calisi Rodriguez, professeure adjointe de biologie de la reproduction à l’Université de Californie, elle raconte comment elle fut totalement ignorée par ses partenaires masculins lors de leur réunion de présentation.

Le modèle du genre binaire existe depuis toujours et persiste via l’argument scientifique qui nous différencie dès la formation chromosomique : XX pour les femmes, XY pour les hommes. Ceci condamnera à jamais notre genre et, en conséquence, notre place dans nos sociétés patriarcales.

Pourtant, 1 à 2% des naissances ne s’inscrivent pas dans cette catégorie. Trois, voire quatre chromosomes sexuels sont possibles, dont le XXY et le XO qui engendrent un développement incomplet des organes génitaux, et le développement “genré” du fœtus peut obéir à différentes lois. Les conséquences dépendent des premières divisions cellulaires, d’échanges d’ADN avec la mère ou de raisons environnementales. Mais encore, des mutations génétiques peuvent brouiller les apparences du genre à la naissance et pendant l’enfance, les hormones réajusteront cela ensuite, à l’adolescence.

« La bi-catégorisation ne survit que parce que nos institutions la renforcent, il est temps d’aller au delà » affirme le philosophe spécialiste en sciences naturelles Thierry Hoquet. Certaines espèces comptent plus d’une centaine de genres, 7 chez le cilié Tetrahymena thermophila – être unicellulaire vivant en eau douce. Et jusqu’à… 23000 chez un champignon nommé Schizophyllum commune que l’ont trouve dans toutes les forêts du monde, et qui possède des possibilités aussi nombreuses de partenaires de reproduction !

Un modèle à suivre, peut-être, qui nous conduirait vers la fin d’une classification binaire du genre et des discriminations qu’elle engendre.

© Martin Colombet. Hans Lucas.