René Pétillon (1945-2018)

Son humour d’une féroce acuité était sa marque de fabrique, que ce soit dans les pages du Canard Enchaîné ou au fil des planches des 15 tomes des aventures de Jack Palmer. René Pétillon est mort le 30 septembre à l’âge de 72 ans.

La disparition de René Pétillon est un choc pour les amoureux de la bande dessinée, pour les lecteurs de Pilote, L’écho des savanes, Télérama,VSD ou Le Canard… René Pétillon était déjà entré au panthéon de la BD avec Jack Palmer, sa création mythique, ce détective au gros nez évoluant à ses débuts dans des décors franco-belges plus 80’s que jamais à un graphisme plus relâché, plus épuré, à l’instar des dessins de presse de son créateur.

Autodidacte, le Breton a marqué l’histoire de la bande dessinée avec ce héros presque anachronique – avec son éternel feutre mou et son imperméable à la Columbo –, une propension innée à la gaffe et un flair aléatoire. Engager Jack Palmer comme garde du corps ou comme détective privé, ce n’est pas la garantie d’un travail bien fait, d’une enquête rondement menée… En revanche, ouvrir un nouvel opus de ses aventures est pour le lecteur l’assurance d’éclats de rire et d’allusions politico-sociales bien senties en prise avec le contemporain.

Chaque album de Pétillon est un savoureux mélange de nonsense, de considérations actuelles, dans une ambiance en apparence foutraque et pétrie de second degré ravageur. L’auteur de L’Enquête Corse (son plus grand succès), des Disparus d’Apostrophes, de L’Affaire du Voile ou d’Enquête au Paradis, s’est souvent amusé à plonger son héros dans les embrouilles jusqu’au col du trench-coat à son corps défendant et à cause de sa maladresse notoire. Les dialogues finement méchants (avec une juste dose de perfidie hilarante), les réparties absurdes qui ont souvent fait de Jack Palmer une sorte de Candide au pays des affairistes, telles étaient les armes de René Pétillon.

Après Jack Palmer en Bretagne en 2013 – ultime opus des enquêtes du détective –, René Pétillon avait publié Un certain climat (Dargaud, avril 2017), recueil de ses meilleurs dessins presse dans lequel il revenait sur les Corses, l’argent, les affaires, la politique, le climat, Donald Trump… avec cette lucidité déconcertante qu’on lui connaissait et qui a baigné l’ensemble de son oeuvre.