L’homme que j’aime me déteste.
Quelle bonne idée celle des éditions bleu-atour autour de republier un texte de Aziz Chouaki Baya, Rhapsodie algéroise, premier livre en prose écrit par l’auteur, alors inconnu, en 1986 et édité en 1989 aux éditions Laphomic, dont la disparition plongea ce premier écrit dans l’oubli. Aziz Chouaki est désormais une figure atypique de la culture algérienne, né du temps de la colonisation, en 1951.
Comment les arts influencent-ils la littérature ? Comment permettent-ils non seulement d’en relancer le questionnement mais d’en innerver le dire lui-même au point d’en bouleverser la diction aussi bien que la fiction ?
Dans La revanche des personnes secondaires, celles et ceux qui d’habitude sont au fond du décor se retrouvent au premier plan, ou plutôt ils et elles s’imposent au premier plan. L’ordre habituel des places est renversé, inversé. Le subalterne qui subit l’ordre imposé des choses devient celui ou celle qui agit sur cet ordre, le perturbe, le casse : le secondaire devient premier.
Occuper l’espace, le phraser, le forer depuis la langue – et donner à interroger non le monde mais ses représentations : telles seraient les questions qui viendraient à se dire en cette après-midi du vendredi à la 12e éditions des Enjeux contemporains. « Sous influences : de l’art dans la littérature » offre quatre rencontres où il sera largement question d’occupation de l’espace, qu’il s’agisse de tracer des mots depuis la danse, qu’il s’agisse de faire se répondre la page d’un roman avec la planche de bande dessinée ou qu’il s’agisse encore aussi bien d’interroger la mise en œuvre de l’architecture : son ouvroir de fiction, son potentiel à poser la question politique au cœur de la littérature.
Quel est l’air de l’art dans une phrase ? Quel souffle la chanson ou la musique font-elles passer dans la littérature ? Qu’est-ce que la chanson populaire ou l’art lyrique donnent à l’écriture ? On voudrait dire qu’on connaît la chanson mais rien n’est moins vrai sans doute que cette affirmation tant précisément la littérature est ce qui voudrait trouver l’expressivité nue d’un air, d’une manière de se transmettre à l’autre sans barrière, dans le pur geste d’un lien neuf et inédit.
Avec My Sex, Brooke Candy propose le concentré d’un manifeste queer. Au son d’un rap industriel, Brooke Candy et ses invité.e.s – Mykki Blanco, MNDR, Pussy Riot – égrènent des propositions pouvant paraître paradoxales et définissant de nouvelles (non)identités, de nouveaux modes du corps et de la relation, de nouvelles figures de la sexualité.
En 2017, les organisateurs promettait un changement de paradigme afin que le FIBD et le public apprennent « ensemble à étendre [leurs] horizons de lecture ». A la veille de l’ouverture du 46e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême et à la lecture de l’édito de Franck Bondoux, on serait tenté de dire que le festival de référence (ré)invente son futur avec modération : expositions, masterclass, rencontres, concours, spectacles et Grand(s) Prix, le changement annoncé se conjugue dans la continuité.
L’écriture ne tient pas en place : d’emblée, elle refuse, par l’image, de se tenir sage comme une image. Peut-être est-elle avant tout une traversée depuis le langage d’une expérience du sensible dont le mot d’écriture et le mot d’image tentent de livrer la fragile et intime singularité sans parvenir à l’épuiser tout à fait – l’obligeant à trouver une plasticité toujours neuve. Sage comme une image, telle ne sera pas sans doute l’après-midi du jeudi aux Enjeux du contemporain car, à parler de friction des Arts dans la littérature, il y a fort à parier que l’image et l’écriture en ressortiront nourries l’une de l’autre à la manière d’un métamorphisme – ou d’une métamorphose conjointe.
On ne le répétera jamais assez : le temps d’un film ne saurait se circonscrire à celui de sa distribution. C’est pourquoi, en dehors de toute actualité, il est nécessaire de mettre en lumière les œuvres qui n’ont parfois pas eu cette chance, cheminant de festivals en plateformes, grandissant en nous, possédant leur temporalité propre. Le documentaire de Kazuhiro Soda, Inland Sea, est de ceux-là.
It can never be repeated enough, the time of a film cannot – in any case – be limited or be reduced by his theatrical release. For that reason, not bound by any current actuality (in France), it’s necessary to highlight works of art who did not even had that chance, travelling from film festivals to vod platforms, growing in us, having their inherent temporality. Kazuhiro Soda’s documentary, Inland Sea, is one of them.
« Il fabrique des images sans caméra ni décor, des instantanés qui traversent l’air timidement, à l’allure d’un fantôme et à l’air d’un éclair », glisse Suzanne Doppelt au cœur de son somptueux Rien à cette magie comme en exergue aux riches rencontres de ces 12è Enjeux contemporain qui, en cette journée du 24 janvier à Nanterre, ouvrent à ces écrivains qui entendent imager la phrase.
Cette année, la 12e édition de « Littérature, enjeux contemporains » organisée par La Maison des écrivains, en partenariat avec Diacritik, a choisi, du 23 au 26 janvier, de s’interroger sur la question des influences des arts dans la littérature. Ou comment les arts infusent dans l’écriture, l’informent, lui donnent rythme nouveau à dire le monde et chance de venir forer une matière neuve.
Grand romancier, Émile Zola croyait en l’utilité de la poésie et prêtait à celle-ci un rôle d’orchestration de toute production littéraire. C’est ce que nous rappelle Laurent Demoulin en tête de Poésie (presque) incomplète, un volume joliment illustré de graphismes évoquant l’imprimerie.