« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. » Si vous connaissez votre catéchisme camusien, vous êtes familier avec l’incipit du Mythe de Sisyphe. Le chanteur du groupe électro rock anglais Prodigy s’est donné la mort ce week-end et si elle ne remet peut-être pas en cause la suite de l’aventure du groupe, elle pousse assurément à la réflexion.

1.

Il y a des livres qui ne se laissent pas facilement refermer. Ils vous entraînent, exigeant de vous, d’une voix douce et non autoritaire, que vous continuiez encore à faire un bout de chemin avec eux. L’Étrange animal, je l’ai lu quasiment d’une traite, avec quelques pauses cependant, mais dans une même journée, alors qu’ayant à faire, comme toujours, j’aurais dû le reposer, le mettre en veille, avant de le reprendre le lendemain, ou un autre jour.

Injustement boudé aux César 2019, Le Grand bain a été nominé 10 fois et n’a récolté que l’aumône du César du meilleur second rôle. Ce qui est plutôt ironique tant le premier film en solo de Gilles Lellouche en tant que réalisateur a pour personnage principal une équipe de seconds couteaux de l’existence, somme d’individualités meurtries que seule la vie sait produire. La sortie en DVD et sur les plateformes de téléchargement du Grand bain, trop vite enfermé dans la catégorie « feel good movie » par une bonne partie de la presse hexagonale, permettra de remettre quelques pendules à l’heure : Le Grand bain est un grand film.

Quel enfant lance le mode « Carrière » de Fifa (16, 17, 18, 19…) sur sa console chérie, et choisit d’incarner, pour les 200 prochaines heures de sa vie ludique… un gardien de but ?
Quel auteur se lance dans un roman d’inspiration footballistique ou dans la biofiction d’un footballeur, et ne préfère pas narrer le destin d’un Garrincha ou d’un George Best — on aura reconnu Éloge de l’esquive d’Olivier Guez (Grasset, 2014) et Le Cinquième Beatles de Vincent Duluc (Stock, 2014) — plutôt que celui d’un gardien de but ?

« Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? »
Thoreau, Les Forêts du Maine (The Maine Woods)

C’est avec La Pensée écologique, texte majeur de Timothy Morton (The Ecological Thought, 2010), dans une traduction de Cécile Wajsbrot, que les éditions Zulma inaugurent leur collection « Essais », dirigée par Néhémy Pierre-Dahomey.
Qu’est-ce que la pensée écologique ? Une pensée critique, grande, sombre et prospective, liée à la crise écologique et au réchauffement climatique, désormais une évidence, mais comme l’écrivait Shelley, « nous voulons que notre faculté de création imagine ce que nous savons déjà ».

« L’antisémitisme est un épouillage. Se débarrasser des poux, c’est une question d’hygiène. Ce n’est pas une vision du monde. » Pas plus que l’antisémitisme n’était pour Heinrich Himmler une affaire de Weltanschauung, pas plus son discours de Kharkov n’était une métaphore. À Auschwitz et à Majdanck, les Juifs choisis pour l’exécution étaient entassés dans des chambres de désinfection anti-poux équipées de fausses douches et des employés du camp versaient des cristaux de Zyklon B – un insecticide développé pour l’éradication des poux dans les immeubles et sur les vêtements – à travers les trous du plafond. Dans cet étrange hiver trop doux que démange la fin du monde, le jour de la profanation du cimetière juif de Quazenheim, je lisais Insectopédie et cette histoire des Juifs allemands métamorphosés en poux par le Reichsführer SS, Circé prophylactique et myope à moustache en brosse-à-dents.

Le Murmure du monde de Lambert Schlechter, dont voici la huitième livraison, est une forme continue qui n’a de cesse de s’épanouir, d’exprimer avec tendresse et vigueur le quotidien, la joie, le chagrin inévitable, le désir « sans cesse recommencé » (Parasols, p. 36). Soigneusement édités par Guy Binsfeld (Luxembourg), ces Parasols de Jaurès ont pour particularité de proposer, pour chaque page, un fac-similé.

Lorsque la poésie et les photos se mettent à discuter entre elles, même très poliment, quel rôle le spectateur/lecteur joue-t-il ? De quelle manière est-il impliqué ? Selon quelles modalités ? Quel sens doit-il privilégier ? Ne doit-il pas paradoxalement essayer d’avoir les yeux à l’écoute, et ainsi être capable d’être rivé à l’échange qui se tisse de la poésie à la photo ? C’est ce que réclame La Lecture de Jan Baetens, accompagnée des photographies de Milan Chlumsky. 

Il y en a déjà eu, des films de sous-marins – où toute l’intrigue est centrée sur ces merveilles de technologie, fascinantes et mal connues pour les non-initiés, de la marine militaire. Mais celui-là, sous ses airs de « fleuron du cinéma national » (casting prestigieux, gros budget, post-production hollywoodienne dans les studios de George Lucas), ne ressemble à aucun autre.

Mona, 24 ans, est femme de ménage et fait du bénévolat dans un centre qui distribue des kits aux drogués. Mona fantasme sur M. tout en passant l’aspirateur, même si elle ne sait « rien de lui en dehors de son goût pour la drogue et les livres de la bibliothèque ». Sur cette trame en apparence mince, Jen Beagin compose un premier roman qui explose toutes les catégories romanesques, de la love story au coming of age novel : le mantra de Mona pourrait être celui de Jen, « la franchise craignos, j’adore ».