Sylvain Prudhomme signe l’un des plus beaux romans de cette rentrée, Par les routes, d’une (apparente) simplicité troublante et vertigineux jeux de miroir, entre réel et fiction, puissance de l’imaginaire et illusions perdues (lire ici) ; un vertige et un trouble au cœur même du grand entretien que Sylvain Pruhomme a accordé cet été à Diacritik.
« Vis, me disait toujours l’autostoppeur. Vis et après tu écriras. Ne laisse pas passer cette belle journée de soleil, chaque fois qu’il me voyait devant mon ordinateur. Ou si par gentillesse il ne le disait pas je comprenais qu’il le pensait. Et ses actes aussi me le disaient. La baignade qu’il allait faire et pas moi. La promenade dont il revenait et pas moi. Les inconnus qu’il rencontrait au bar et pas moi. »
Du 7 septembre 2019 au 31 juillet 2020, la Halle Saint Pierre présente une exposition exceptionnelle de Roger Ballen – exceptionnelle du fait de sa durée mais aussi parce qu’il s’agit d’un des photographes sans doute les plus puissants. A cette occasion, seront exposées des installations, un ensemble important de photographies en noir et blanc ainsi que, pour la première fois, une série de photographies en couleurs. Rencontre et entretien avec Roger Ballen.
Né à New York en 1950, vivant en Afrique du sud depuis des dizaines d’années, Roger Ballen est un photographe parmi les plus puissants. De ses premières séries photographiques jusqu’à son travail actuel, qui inclut la vidéo et l’installation, il déploie et explore un monde peuplé d’êtres et lieux en marge des normes, des relations connues, des existences communes.
Toni Morrison s’est éteinte dans la nuit du 5 au 6 août 2019 au Montefiore Medical Center de New York. Lui rendant hommage dans Le Monde, Josyane Savigneau écrit qu’avec sa « silhouette imposante, 〈son〉 port de tête altier, tout en elle était impérial et impérieux ».
« Je parle de la construction de la blancheur en littérature.
Il n’est pas nécessaire de choisir entre les peines, entre les révoltes, entre les dégoûts. Il est même toujours un peu vulgaire de les hiérarchiser. Tous sont légitimes quand ils demeurent sincères. Mais comment ne pas s’interroger sur l’immensité de l’écart qui sépare le désespoir palpable, déployé dans une authentique et émouvante sidération collective, suscité par l’incendie de Notre-Dame-de-Paris, de l’indifférence manifeste associée aux millions d’hectares de forêt sibérienne partis en fumée ?
La rédaction diacritique a pris ses quartiers d’été : retour le 2 septembre prochain (sauf urgences, comme la tribune d’Aurélien Barrau publiée le 23 août).
Le 24 juin, Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences Po Paris, remettait à Jean-Michel Blanquer un rapport intitulé « Faire du grand oral un levier de l’égalité des chances ». Et il faut au moins un professeur d’art oratoire de Sciences Po Paris pour avoir l’audace de parler de baccalauréat et d’égalité des chances quand la « réforme » du baccalauréat menée par M. Blanquer achève de liquider ce que cet examen pouvait encore avoir de caractère égalitaire.
Dans son dernier ouvrage, Nietzsche poèmes complets, Guillaume Métayer accomplit un immense travail de chercheur et de traducteur, comblant une lacune dans le paysage éditorial francophone et au-delà, en rassemblant les œuvres poétiques complètes du philosophe.
Ripley: When I sleep, I dream about it. Them. Every night. All around me, in me. I used to be afraid to dream, but I’m not anymore.
Call: Why?
Ripley: Because no matter how bad the dreams get… when I wake up it’s always worse.
Neuf épisodes à ce jour, pour cette série que j’ai la chance de pouvoir développer avec l’aide enthousiaste de Johan Faerber et le concours de Diacritik, autour du personnage d’Ellen Ripley, neuf épisodes qui ont, en parallèle, suivi son évolution dans les trois premiers films de la saga — Alien, Ridley Scott (1979) ; Aliens, James Cameron (1986) ; Alien3, David Fincher (1992) — et l’ont prolongé, entre fiction et autofiction (qui est un peu ma marque de fabrique).
Avec ce nouvel essai de la collection « versant intime », La Forme du monde, Belinda Cannone poursuit sa lente ascension sur le chemin de l’expérience esthétique qu’elle a entreprise avec son essai S’émerveiller publié en 2017 chez Stock.
« De retour à son palais, Shâhriyâr fit décapiter son épouse, ses servantes et ses esclaves.
Il combla son frère Shâh Zamân de cadeaux et de richesses de toutes sortes et le renvoya à Samarcande. Il se mit alors chaque jour à épouser une jeune fille, enfant de prince, de chef d’armée, de commerçant ou de gens du peuple, à la déflorer et à l’exécuter la nuit même. Il pensait qu’il n’y avait pas sur terre une seule femme vertueuse ».
(Les Mille et une nuits, Pléiade, Tome I, traduction Bencheikh-Miquel)
Le viol comme sanction d’une déviance féminine est inscrit depuis longtemps dans nos imaginaires : les contes, qu’ils soient d’Orient ou d’Occident, habituent auditeurs.auditrices, lecteurs.lectrices à considérer somme toute comme normale ou du moins inévitable cette « sanction » contre les femmes, êtres immatures qu’on doit dominer et, si possible, éduquer !
Oui, la chair est triste, et il n’est nul besoin d’avoir lu tous les livres. Cette chair putride – restes d’animaux macérés, mélange de sang séché et d’os broyés – utilisée dans les canons à eaux des CRS pour disperser les manifestants, en France … elle dit quelque chose. Elle annonce, bien au-delà de cet infime exemple, un nouveau temps : celui du « sans limite ». Celui où la brutalité rend fière, où elle peut être assumée avec orgueil, même dans l’abject, même dans l’immonde.
Un jour de promenade, les père et grand-père du jeune Marcel se risquent à emprunter avec lui le chemin de Tansonville, supposant que les Swann seront alors absents de leur propriété et que le trio n’aura pas à s’infliger une rencontre gênante (Mme Swann est une ex-cocotte…).