Billet proustien (3) : un geste obscène (« Combray », Folio, p. 220-221)

Illiers-Combray

Un jour de promenade, les père et grand-père du jeune Marcel se risquent à emprunter avec lui le chemin de Tansonville, supposant que les Swann seront alors absents de leur propriété et que le trio n’aura pas à s’infliger une rencontre gênante (Mme Swann est une ex-cocotte…). Pour Marcel, le cheminement commence par un moment de piété extatique face à la fameuse haie d’aubépines, cet « arbuste catholique et délicieux ». Mais après ce moment de grâce viendra une bien autre floraison : « Une fillette d’un blond roux qui avait l’air de rentrer de promenade et tenait à la main une bèche de jardinage, nous regardait, levant son visage semé de taches roses. »

Marcel est alors comme pétrifié. Il a compris qu’il s’agissait de la Gilberte dont on lui a souvent parlé et dont le prénom traverse le parc, lancé par sa mère. La gamine toise l’intrus : « Elle laissa ses regards filer de toute leur longueur dans ma direction, sans expression particulière, sans avoir l’air de me voir, mais avec une fixité et un sourire dissimulé, que je ne pouvais interpréter d’après les notions que l’on m’avait données sur la bonne éducation que comme une preuve d’outrageant mépris ».

Mais, juste après, voici qui violente autrement l’éducation du promeneur. C’est la conscience prise par ce dernier que les petites filles partagent les pensées et fantasmes des petits garçons : « Sa main esquissait en même temps un geste indécent, auquel quand il était adressé en public à une personne qu’on ne connaissait pas, le petit dictionnaire de civilité que je portais en moi ne donnait qu’un seul sens, celui d’une intention insolente. »

Soit mais quel est exactement le geste indécent de la jolie Gilberte ? Et que dit-il d’un désir de fillette ? Nous le saurons trois volumes plus loin et des années plus tard sans que l’énigme soit complètement levée.

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