Le documentaire de David France tourne autour de la figure emblématique de Marsha P. Johnson, activiste Noire, drag queen, symbole des émeutes de Stonewall. Si le documentaire retrace une partie de la vie de Marsha P. Johnson, il est structuré à partir d’une enquête concernant sa mort, enquête menée par Victoria Cruz, elle-même activiste racisée et transgenre. L’objet de ce documentaire ainsi que le point de vue choisi en font, plus qu’une simple entreprise biographique, un film dont le but est critique et politique.
C’est en 2019 sur HBO, que Damon Lindelof décide de revisiter en neuf épisodes l’univers complexe de Watchmen, roman graphique à succès d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Iggins paru au milieu des années 80. Cette adaptation télévisée suit la proposition tonitruante et peu subtile de Zack Snyder sur grand écran en 2009 (Watchmen : les gardiens), et réinvente, grâce au regard introspectif et labyrinthique du showrunner de Lost (ABC, 2014-2010) et surtout de The Leftovers (HBO, 2014-2017), les enjeux de cet univers fictionnel. Watchmen de Lindelof explore la force des dénis qui nous habitent quant au racisme et à son histoire, en plaçant son récit, et son propos, dans une réalité alternative de l’Amérique contemporaine.
« Nos maisons nous contiennent ; qui peut dire ce que nous contenons, nous ? » : cette question pourrait être le fil rouge de Floride, recueil de nouvelles signé Lauren Groff qui paraît en poche, chez Points, dans une traduction de Carine Chichereau. La maison, d’abord cadre matériel de la majorité de ces textes, lieu dans lequel évoluent les personnages, figure aussi, par extension, le recueil dans son ensemble, l’auteure décryptant avec subtilité et force « ce que nous contenons, nous ».
Dans les dernières années de sa vie, Roland Barthes confiait dans une splendide lettre au jeune Guibert combien il trouvait toujours miraculeux que quelqu’un pose sa main, sans prévenir, sur son épaule. Sans doute ce miracle d’attention qui mue l’amitié en un geste de l’extraordinaire est-il au cœur de ce grand et beau livre de témoin aimant que signe Christian Rosset avec Le Dissident secret : un portrait de Claude Ollier qui vient de paraître.
Dans son nouvel ouvrage Les Mille et une nuits aujourd’hui, Christiane Chaulet Achour, spécialiste des littératures francophones et comparées, part sur les traces des réécritures contemporaines du recueil de contes arabes, d’origine persane et indienne, qui ont marqués des générations de lecteurs. Elle en décrypte les « itin-errances » et en interroge les réinventions et les reprises.
Reportage photo de Jean-Philippe Cazier. Manifestation des soignant.e.s. Paris, 16 juin 2020, ministère de la santé.
Xavier Boissel est le créateur d’un univers littéraire majeur, de Paris est un leurre (2012) à Capsules de temps (2019), en passant par Autopsie des ombres (2013), Rivières de la nuit (2014), Avant l’aube (2017). La sortie en poche d’Autopsie des ombres, dans la collection Barnum des éditions Inculte, est l’occasion de le (re)découvrir. observe un monde qui se désagrège, une Europe véritable terrain vague. Si pour l’ex-casque bleu de retour du conflit yougoslave du livre « il n’y a plus de lieu possible », la fiction est, pour Boissel, cet espace où les fragments trouvent un sens.
Alerte, publié en 1996, est le quatrième roman d’Yves Ravey et le troisième publié aux Éditions de Minuit après Bureau des illettrés et Le Cours classique.
Sylvain Prudhomme a embarqué sur le Pandémonium avec un texte inédit, « La mélancolie des paquebots », 60 notations sur un présent opaque, dérivation maritime et littéraire. Eléa Terrode et Nathan Devillard, qui ont suivi ses masterclasses durant deux ans dans le cadre du Master de création d’Aix-Marseille Université, racontent :
« Dis-nous ce que tu sais. Ce dont tu te souviens ». La première phrase de « Dé mem brer », nouvelle d’ouverture du recueil du même nom pourrait en être son art poétique : écrire depuis les strates du souvenir et d’une perception subjective, forcément partielle, des événements, « comme un tableau noir à moitié effacé ». Ce sera le cas dans la quasi-totalité des sept « histoires mystérieuses » composant le recueil de Joyce Carol Oates qui toutes explorent des violences faites aux femmes mais aussi ce que les noms et les lieux disent et font de nous.