Loin des représentations hollywoodiennes de Walker Texas Ranger ou des Highwaymen, le personnage principal de bluebird, bluebird d’Attica Locke n’a rien à voir avec la mythologie de l’Ouest sauvage et ses images de justiciers droits dans leurs bottes, arborant fièrement l’étoile de Ranger. Enquête sur un double meurtre dans l’est du Lone Star State, bluebird, bluebird est une plongée dans le Texas profond et le récit de la quête identitaire d’un Ranger noir trop porté sur l’alcool dans un État au lourd passé ségrégationniste.

La scène est à Rome, sous le règne de Domitien. Lucretia exige de son mari, Publius Cornelius, dit Tacite, de rester à la maison. La situation est tendue, l’Empereur va faire tomber des têtes, et probablement la sienne. Lucretia a ses entrées au Palais, elle s’y rend pour plaider la clémence auprès d’un tyran qui « tue comme on éternue ». « Il n’y a plus que quelques heures entre eux et la mort ». Le nouveau roman d’Hédi Kadour n’est pas un peplum ni même une fresque historique mais bien la mise en récit d’une question si actuelle : que peut-on dire et faire sous un régime autoritaire ? Quelle place pour le verbe, ce pharmakon qui peut tuer autant que sauver ?

Incisif, juste et remarquable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier Un hamster à l’école de Nathalie Quintane qui paraît aujourd’hui. Entre autobiographie et réflexion, Quintane évoque avec force son expérience de l’école, de la collégienne qu’elle fut à l’enseignante en collège qu’elle est désormais depuis bientôt une trentaine d’années. Physique, politique, sociale : l’école est pour Quintane une traversée totale. Elle interroge autant les discours que chacun tient sur l’Éducation nationale que sa place dans la société. Diacritik ne pouvait manquer, à la parution de ce livre qui vite s’imposera vite comme un classique, d’aller à la rencontre de Nathalie Quintane pour un grand entretien.

Prévue au départ du 21 novembre 2020 au 16 janvier 2021 et repoussée pour cause de “deuxième confinement”, la sixième exposition personnelle de Pierre Mabille à la Galerie Jean Fournier se tiendra finalement du 16 janvier au 13 mars 2021. Sous le titre Variété, elle présentera divers aspects du travail du peintre né en 1958 à Amiens : des peintures récentes, comme toujours construites par la couleur ; ainsi que des dessins au lavis “renouant avec la figuration de ses débuts dans les années 1980, et avec les motifs de ses poèmes”.

Depuis son Hôpital silence (1985), qui eut le retentissement que l’on sait, Nicole Malinconi s’est vouée à se faire la chroniqueuse de la vie en son quotidien et bien souvent un quotidien vécu et partagé. Et voici qu’elle retrace dans Ce qui reste son entrée dans l’existence en pays wallon et dans un milieu de petite bourgeoisie.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

Avec Médecine générale, Olivier Cadiot signe indubitablement son meilleur livre. Après son énergique et fondamental essai que constitue son Histoire de la littérature récente, Olivier Cadiot aborde ici frontalement, pour la première fois, les rivages du roman. Et c’est une éblouissante réussite : virevoltant, tour à tour grave et joueur, le roman nous conte l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui, hagards mais volubiles, paraissent errer au cœur d’un monde en proie à une maladie. Roman oui, mais aussi formidable réflexion à chaque instant sur la littérature. C’est saisi de cet enthousiasme que Diacritik est allé à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Robert Heinlein disait que les auteurs de science-fiction partagent avec les météorologues et les diseuses de bonne aventure le risque que leurs prédictions soient rattrapées et périmées par les événements. « Obsolescence (dé)programmée » : le titre de la postface d’Eric Picholle à l’Histoire du Futur d’Heinlein pose encore d’une autre manière le problème inhérent à un projet si ambitieux. Comment imaginer le futur quand celui-ci fatalement va rattraper le récit qui l’anticipe ? La science-fiction est-elle un genre condamné à être dépassé, annulé par l’avancée des temps ?

On reconnait les livres de Pierre Cendors par leur rapport intense à la perte et au mystère. On y retrouve aussi souvent un spleen qui s’ancre dans une relation vivante à l’imaginaire artistique passé, que ce soit un rêveur capable de créer une machine cinématographique faite d’un pur pouvoir de hantise, comme dans Les Archives du vent, ou encore la réinvention, mise en abyme, d’un épisode de la série des années 1960, La Quatrième dimension dans la Vie posthume d’Edward Markham.

« J’aimerais bien savoir en quoi je suis un homme et même si j’en suis un » : telle est la question centrale du dernier livre d’Ivan Jablonka, Un garçon comme vous et moi, interrogation polyphonique d’un Âge d’homme ou versant masculin du fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir. Par quels mécanismes devient-on garçon puis homme, quels rôles et fonctions société et culture nous assignent-elles ? Pour répondre à cette question à multiples fonds, Ivan Jablonka entreprend un renouvellement de l’entreprise autobiographique, sous le signe d’un « parcours de genre ».