Un homme d’Irpen, Alexeï, visite sa maison dont il ne reste rien après que la bombe l’a frappée. Seules les briques et les pièces en fer demeurent après l’incendie – quelque chose qui a survécu au feu. Le chien d’Alexeï est mort et gît dans la cour. Dans sa cave souterraine, il a trouvé plusieurs boîtes de chocolats et des pots de tomates.
Les années 20 se sont ouvertes sur un grand roman de Jean Echenoz, l’enlevée et enthousiasmante Vie de Gérard Fulmard. Récit nourri de multiples rebondissements, cette vie en apparence anodine est celle de Gérard Fulmard, homme ordinaire pris dans une histoire bientôt extraordinaire, aux prises avec son psychothérapeute singulier, lui-même mêlé à un parti politique tout aussi singulier. Dans ce roman noir porté par l’énergie d’un Buster Keaton, Echenoz réinvente une célèbre tragédie racinienne où, pour la première fois de son œuvre, la première personne domine la narration. Autant de raisons d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien que Diacritik republie à l’occasion de la parution du roman dans la collection de poche des éditions de Minuit
Héléna était sortie de sa formation Prévenir et lutter contre toutes les formes de discriminations au travail (Mardi 30-10h-11h30. « Sans inscription sur la base du volontariat, je me verrai contrainte de vous y inscrire d’office », précisait assez comiquement le mail des ressources humaines) résolue à ne plus commettre le mal.
Comment est-il possible, quand on a commencé à publier en 1963, que l’on a écrit des romans par centaines sous son nom et sous pseudonymes dont une bonne dizaine de chefs d’œuvre, des essais majeurs, du théâtre, des recueils de poésie et de nouvelles, d’offrir des livres toujours aussi sidérants ? Joyce Carol Oates est cette énigme, une autrice qui marque, décennie après décennie, l’histoire littéraire et échappe, aussi régulièrement au prix Nobel qui aurait pourtant dû, depuis longtemps, couronner son œuvre. Sans doute JCO est-elle trop prolifique, sans doute a-t-elle trop frayé avec des genres populaires pour les jurys compassés. Tant pis pour eux. La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles, qui sort en poche chez Points, prouve une fois encore, s’il était besoin, la puissance romanesque corrosive de l’une des plus grandes autrices américaines contemporaines.
« Jacqueline Jacqueline, c’est le titre » mais c’est aussi « très bien comme fin ». Le prénom de l’aimée est un seuil pour Jean-Claude Grumberg, le début de tout comme un dénouement impossible, le refus de ce que la mort impose, après soixante ans d’un couple d’« agrafés ». Comment dire et partager ce qui dépasse l’entendement ? Qu’une telle femme l’ait aimé, que cet amour ait duré et ait pu être interrompu par la mort ? Tout est « impartageable » et tant mieux, répond Jacqueline à Jean-Claude Grumberg dans ce livre qui est tout entier un dialogue avec elle. « Sinon chaque être humain dès la naissance serait écrasé sous l’Himalaya des souffrances du monde ».
Le jour de l’évacuation d’Irpen. Toutes les personnes, lors de l’évacuation, transportaient les objets les plus précieux pour elles. L’homme sur la photo évacue sa basse. La photo a été prise à travers une voiture couchée à l’envers sous le pont détruit.
Le 27 janvier 2009, pour son édition « Papiers à bulles » sur Mediapart, Dominique Bry interviewait Jean Teulé qui publiait alors Je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps dont il signait le scénario, avec Florence Cestac au dessin, album centré sur l’histoire du dessinateur Charlie Schlingo. En hommage au dessinateur et auteur, dont on a appris le décès aujourd’hui, à l’âge de 69 ans, nous republions cet entretien.
Je note ces quelques réflexions au sortir de la double exposition Claude Monet – Joan Mitchell, dialogue et Joan Mitchell, rétrospective qui se tient à la Fondation Louis Vuitton, non loin du Jardin d’Acclimatation (tiens, un lipogramme en “e”) jusqu’au 27 février prochain.
« Ce livre est un origami » : c’est ainsi que Siri Hustvedt évoquait son dernier roman, Souvenirs de l’avenir, lorsque je l’ai rencontrée en septembre 2019. Un origami, tant il joue de plis et replis pour finalement former un oiseau de papier, prêt à l’envol, libéré des contraintes, qu’elles soient formelles ou intimes. Diacritik republie cet entretien vidéo alors que ce roman paraît en poche, chez Babel.
Un homme en costume de loup se promène sur la place principale de Kiev, essayant de remonter le moral des gens, posant parfois pour une photo avec eux. Les sacs de sable, les mots HELP US. La photo est prise depuis le bâtiment du ministère du Commerce.
« Il est à peine six heures et déjà le soir tombe alors que je ralentis le pas pour contempler l’irruption sur les Ramblas des passagers du métro qui vient de s’arrêter à la station Liceo. Aujourd’hui Jeudi saint, par exemple, surgit d’entre la foule un vieillard ténébreux qui se déplace avec une surprenante agilité malgré sa mine cadavérique et sa lourde mallette.
Un manuel scolaire, dans la rue, à côté d’une maison bombardée. L’exercice qui est écrit sur la page nous parle de la beauté de Kharkiv, une ville de constructions modernes et de parcs verdoyants.
Mantra, schibboleth, mot-animal, mot-d’-aucune-langue, mot-de-toutes-les-langues-de-fantômes, Mdeilmm m’a d’emblée paru familier. Voilà un titre, tout cixousien, qui nous souhaite bienvenue, qui, sous son septuor de lettres — cinq consonnes et deux voyelles à l’hémistiche du vocable — nous lance son sous-titre, Parole de taupe. Quand la taupe se lève, aussitôt on pense à Kafka, à Shakespeare, à l’animal fouisseur qui creuse ses terriers dans la chair du temps.