À l’occasion de la rencontre « Le climat, récits et imaginaires » avec Marie Darrieussecq, Philippe Rahm et Dominic Thomas, modérée par Jean-Max Colard, qui s’est tenue à la Villa Gillet le mercredi 9 mars 2022 à Lyon, le Directeur du Département des Études françaises et francophones, Université de Californie-Los Angeles (UCLA), Dominic Thomas, nous propose ce texte sur les liens entre climat et littérature.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Aby, de Marie de Quatrebarbes, tourne autour de la figure d’Aby Warburg, figure qui serait moins le centre géométrique du livre que son attracteur, le principe d’articulation d’une pluralité hétérogène. Si la narration concerne Aby Warburg, le récit n’en est pas moins constitué de bifurcations, d’un ensemble hétérogène qui implique d’autres figures que celles de Warburg et des types différents de discours – articuler une hétérogénéité, agencer un chaos étant le problème vital d’Aby Warburg.
Le Signal de Sophie Poirier est placé sous l’exergue d’une phrase d’Emmanuel Hocquard : « on aimerait que la qualité d’une architecture ne tînt ni à sa démesure, ni à son aspect spectaculaire et/ou spéculatif, mais au rôle qu’elle joue, éthiquement, dans le paysage et les vies qui l’incorporent ». C’est dire que si le Signal impose sa barre de 4 étages et son énorme « masse rectangulaire » sur une plage de Soulac sur la côte Atlantique, ce ne sont ni cette démesure ni cet aspect spectaculaire qui ont conduit l’autrice à centrer son livre sur un immeuble… mais plutôt le paradoxe qu’il figure puisqu’il est « si fragile, si près du bord », sous la menace d’une montée du niveau de la mer. Le signal dit une beauté sidérante parce que disjonctive comme une double cristallisation amoureuse. Dans sa « solitude flagrante », le Signal est signe, multiple, et concentré de plusieurs époques, des années 70 à aujourd’hui.
De nouveau la terreur s’est abattue sur l’Ukraine.
Le vif et puissant Coup d’état climatique de Mark Alizart vient de paraître en poche, réflexion remarquable et tonique sur les questions climatiques, et en particulier celle de l’usage politique du réchauffement climatique, un carbo-fascisme qui consume nos sociétés. À l’occasion de cette sortie en poche chez Alpha, Diacritik republie l’entretien que Mark Alizart avait accordé à Johan Faerber
Nous parvient des éditions Grasset un passionnant dictionnaire alphabétique des personnages de Proust au sein de la Recherche. Il y en eut d’autres bien avant lui mais celui-ci est dû à une jeune chercheuse particulièrement inspirée. Les articles de la jeune autrice, Mathilde Brézet, sont au nombre de 99, ce qui est peu par rapport à une population de personnages romanesques bien plus étendue. En vérité, il est plus d’une omission comme, par exemple, celle de tel philosophe norvégien invité à un repas. En revanche sont retenus et commentés des localités tels que Balbec, Combray, Doncières ou Venise qui interviennent véritablement en acteurs du grand récit.
Dans La mère de toutes les questions, Rebecca Solnit propose une « Brève histoire du silence », introduite par une citation d’Audre Lorde : « ce que j’ai le plus regretté, c’étaient les silences… et il y a tant de silences à briser ». Certains sont dits d’or, d’autres sont des « océans » de non-dits et refoulés, des archipels d’invisibilisation et d’inexistence… Ce sont ceux que brise l’ensemble de l’œuvre de l’intellectuelle américaine, comme dans son dernier livre, Souvenirs de mon inexistence qui vient de paraître dans une traduction de Céline Leroy aux éditions de l’Olivier, livre d’un refus de ces étouffements et systèmes d’oppression si efficaces qu’on ne les perçoit pas ou plus. Rebecca Solnit puise dans sa propre existence pour en démonter les mécanismes, chez elle l’autobiographie est une arme de guerre.
Le livre de Tangui Perron raconte l’histoire d’une photographie de Willy Ronis ; une photographie qui raconte l’histoire d’une femme, Rose Zehner ; une femme qui raconte l’histoire du mouvement ouvrier, et de l’intérieur de ce mouvement, la lutte des femmes.
Prosopopée : cette figure de style – à mi-chemin du comic strip et du jargon rhétorique – qui consiste à faire parler les morts, était au centre du roman précédent de Robert Seethaler, Le Champ, également traduit par Élisabeth Landes aux éditions Sabine Wespieser. Ce qui rassemblait toutes les vies d’une petite ville d’Autriche était leur sépulture dans le même lieu. Un cimetière comme un concert. Dans Le Dernier mouvement, ce nouvel ouvrage de l’écrivain autrichien, vivant à Berlin depuis 20 ans, il n’est pas question de faire parler les morts mais ceux qui vivent, ou plutôt qui survivent – comme une manière de prosopopée avant l’heure. Il n’est pas tellement question non plus de concert, même si Gustav Mahler est au centre du Dernier mouvement. Il y est davantage question de regard, de l’œil qui porte au loin plutôt que de l’oreille qui rapproche.
Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Love after love d’Ingrid Persaud qui vient de paraître aux éditions Les Escales.
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Il est relativement facile d’écrire deux trois mots sur le travail de quelqu’un(e) que vous n’avez jamais rencontré(e) et au sujet duquel (ou de laquelle) vous ne possédez que peu d’indications biographiques. L’ignorance a ses vertus, irremplaçables. Il est un peu plus délicat, mais toutefois plaisant, de griffonner quelques pages d’écriture au sujet d’une personne dont le travail vous est familier, surtout si vous avez partagé avec elle des échanges – en privé ou en public – dont il vous reste quelques traces écrites, ou enregistrées.
Philip Roth est de retour dans la collection la Pléiade. L’occasion pour Diacritik d’un grand entretien avec la journaliste et auteure Josyane Savigneau qui a inlassablement accompagné, au fil de critiques, textes et rencontres, l’œuvre de l’immense auteur américain, jusqu’à incarner – des propres mots de celui-ci – sa “conscience française”. Plongée vers l’identité fictionnelle kaléidoscopique de l’inventeur de Zuckerman, capitale pour l’histoire de la littérature.
Entretien avec Denis Lachaud, alors que plusieurs de ses pièces sont actuellement en tournée (Jubiler/L’Archipel) et que paraît son nouveau roman Le Silence d’Ingrid Bergman. Les deux personnages, la pseudo-Ingrid et sa fille Rosalie, vivent sur le très long terme une situation d’une violence extrême à l’issue de laquelle elles devront essayer de renouer avec le monde et avec les autres. Le livre démarre in medias res et ne dévoile que très progressivement la situation au lecteur. Il nous a donc été nécessaire, lors de cet entretien, de jongler avec les ellipses pour ne pas trop en dévoiler.
Le roman d’Abdellah Taïa, Vivre à ta lumière, a comme figure centrale Malika : personnage de mère, de femme marocaine. En même temps que ces identités immédiates, individuelles, cette figure condense un réseau de dimensions et relations plus larges : la colonisation, les rapports de pouvoir, les strates de la société marocaine d’hier et d’aujourd’hui, celles d’un psychisme pluriel, obsessionnel, complexe, écartelé.
Comment écrire l’histoire aujourd’hui, telle est la question que pose Anouchka Vasak à travers l’année 1797. Penser et écrire météore revient à se saisir autrement de ce qui n’est ni l’almanach d’une année de traîne de la Révolution française ni un calendrier sous forme d’annales, ni même une chronique mais bien la mise en réseau, par choix de moments, des matériaux sensibles de 1797 : des événements collectifs, des publications, une iconographie (superbe comme tout l’objet livre, on est chez Anamosa), des citations, des vies illustres ou plus anonymes. Capter ce qui fait époque, depuis une « démarche buissonnière » qui met en avant des coïncidences, des failles, des suspens, dans un livre qui tient de l’essai historique comme du récit, du livre d’art comme de l’essai, jamais l’un ou l’autre, toujours dans l’articulation et les mises en regard puisque qu’il est aussi possible de comprendre et rendre 1797 via Marcel Proust ou Yves Bonnefoy, Emanuele Coccia ou Philippe Descola.