« Y a-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».

Durant quatre ans, Raymond Depardon a arpenté la France en camping-car, sa « capsule orbitale », accompagné de sa chambre photographique sur pied. Ce périple a donné lieu à un livre, à une exposition à la BnF, à un film (Journal de France). Le livre est mis à la disposition des lecteurs, le temps du confinement, dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour » depuis jeudi dernier.

Les éditions Le Lombard offrent aux lecteurs la possibilité de découvrir en accès gratuit Le Minimalisme, coécrit par Christian Rosset et Jochen Gerner.
Retour sur ce livre (et Éclaircies sur le terrain vague de Christian Rosset) et lien bonus, en fin d’article, vers deux autres livres de la collection « Petite bédéthèque des savoirs » en libre accès, le temps du confinement.

Madeleine Project est disponible en accès libre depuis samedi dernier, dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour« . Inventaire mené sur Twitter, sous forme de reportage photo légendé en 140 caractères, l’enquête de Clara Beaudoux était devenue un livre aux éditions du sous-sol en mai 2016. C’est ce livre, retraçant les deux premières saisons du Madeleine Project que les lectrices et lecteurs peuvent (re)découvrir en suivant ce lien.

Le « Seuil du jour« , d’hier pour nous, livre en accès gratuit le temps du confinement, est En Camping-car d’Ivan Jablonka, invitation au voyage, récit en mouvement d’un historien qui fut adolescent dans les années 80 et propose, dans ce récit de soi en mouvement, une forme d’« ego-histoire » un je serti dans une époque. Raconter ses étés en camping-car sur les routes d’Europe, c’est proposer une traversée tout autant spatiale que temporelle, redessiner la cartographie d’un « paysage intérieur » en mêlant l’intime et le collectif, réécrire son CV, en quelque sorte, CV pour Curriculum Vitae et Combi Volkswagen…

Les lecteurs peuvent, le temps du confinement, lire intégralement Un fantôme dans la bibliothèque, livre qui est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien vidéo qu’il avait accordé à Christine Marcandier lors de la sortie du livre dont on trouvera ici la transcription.

« Un jour, entre les hommes et nous qui sommes stellaires, il y a eu rencontre » : il est difficile de parler en quelques phrases du magnifique second roman de Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, que les éditions du Seuil offrent en livre numérique dans le cadre de leur opération « Le Seuil du jour », sinon via cette phrase, présente deux fois dans le cours du livre, mettant l’accent sur sa dimension de fable.

L’avant-propos de L’Anthropocène contre l’histoire (en accès libre sur le site des éditions La Fabrique) suffit à situer son propos : daté d’octobre 2016, il revient sur le passage de l’ouragan Matthew qui a balayé Haïti puis les États-Unis, mettant face à face deux manières d’habiter la même planète, pour montrer que l’anthropocène ne peut être considéré comme un récit global. L’essai d’Andreas Malm articule deux questions principales : « comment rendre compte de ces temps d’intensification du chaos climatique », de la co-existence de situations antagonistes face à cette crise ? Comment changer nos récits, notre manière d’écrire comme de lire la littérature ?

Le Seuil du jour est un classique : Histoire de chambres de Michelle Perrot, paru en 2009 dans « La Librairie du XXIe siècle » de Maurice Olender. Tous les chemins y mènent, comme le souligne très justement l’ouverture du livre, « Musiques de chambre ». La chambre est l’espace du sommeil comme de l’amour, de la lecture comme « de la réclusion, voulue ou subie », ce qui prend un sens inédit à l’heure de nos confinement et quarantaines. Elle est un microcosme et un analogon, permettant d’entrer dans cette « histoire des espaces » que Michel Foucault, compagnon de route de Michelle Perrot, appelait de ses vœux.

« Pigalle était mieux que la beauté. Pigalle est punk : sa laideur n’est rien ; son énergie fait tout — aujourd’hui encore » (New Moon)

David Dufresne aime à déplier les approches formelles comme esthétiques d’un même objet. Pensons à Fort McMoney qui fut successivement reportage dans la presse, journal dans le collectif Or brut (Lux, 2015), documentaire et même jeu vidéo ; ou à son livre New Moon (Seuil, 2017, mis en ligne gratuitement dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour » doublé (comme l’est un tissu) d’un documentaire, toujours disponible en replay sur Arte : le « flâneur »nous conduit au cœur de Pigalle, de son histoire comme de ses mutations, selon deux focales et deux approches formelles du réel, tout sauf opposées.

Des sites des éditeurs aux profils Instagram et Twitter des artistes, la bande dessinée se mobilise et conjugue ses efforts pour proposer des contenus accessibles en ligne. Ajoutons les offres des plateformes, les blog BD, les journaux spécialisés ou la presse en ligne. Des initiatives à saluer pendant cette période de confinement.