Nous sommes entourés de bruits, de sons indistincts, de craquements inquiétants, d’échos étranges, parfois effrayants. Mais lorsque ces bruits se mélangent et se transforment pour former une langue, la langue qui nous lie et nous relie, alors nous pouvons distinctement entendre des chuchotements poétiques, des paroles mélodieuses qui nous élèvent et nous réveillent. C’est cette transformation magique, cette actualisation de la langue dans le domaine littéraire qui peut s’opérer à Bruits de Langues.

Aller sur le terrain, tel est sans doute un des gestes essentiels de Joy Sorman : ce désir de sortir de son espace à soi, ou de sa zone de confort était déjà sensible depuis Gros œuvre ou Comme une bête, puisque le travail de rencontre et de documentation était l’impulsion d’une écriture romanesque, transposant et se nourrissant d’une somme de savoirs.

Le cinéaste Alexandre Dereims est un homme chanceux. Peut-être même le plus chanceux du monde, du moins, c’est ce qu’il suggère. En juillet 2019, tandis qu’il prenait place dans un TGV, il s’est aperçu que son compagnon de voyage n’était autre que Donald Sutherland. Alexandre Dereims a demandé au grand acteur américain la permission de l’entretenir un moment et, après avoir reçu une réponse courtoise, a profité du hasard de leur rencontre pour lui montrer la bande-annonce de son documentaire, Nous sommes l’humanité.

Alors que, après des mois de non-gestion d’un ministre plus occupé à soigner quelques syndicats lycéens à sa botte, la situation sanitaire dans les écoles et les lycées est calamiteuse et qu’elle ne cesse de s’aggraver en France, alors que les conditions d’apprentissage sont rendues désastreuses par l’absence de moyens et de protocole sanitaire digne de ce nom, la priorité du rectorat et du ministre semble être aujourd’hui de faire repasser aux élèves de Terminale les épreuves de la classe de Première dites E3C1 qu’ils avaient largement refusés l’année dernière, dénonçant  par leurs manifestations l’injustice d’un bac au rabais. Cela concerne la grande majorité des élèves de terminale du lycée Mozart du Blanc-Mesnil et près de 2000 élèves sur l’académie de Créteil.

À l’heure où la littérature se met au vert, comme le montre le récent essai de Pierre Schoentjes (Littérature et écologie. Le mur des abeilles), il n’est pas mauvais de relire Julien Gracq et de profiter de la récente publication d’inédits pour partir à nouveaux frais avec lui sur les chemins du vivant.

Avec Bilan métaphysique après Auschwitz, Didier Durmarque s’efforce de comprendre, en quelques pages resserrées, comment Auschwitz impose un questionnement métaphysique auquel la littérature nous donne accès. Il ne s’agit pas, pour l’essayiste, de valider ou non l’existence de Dieu mais de se demander pourquoi l’idée de Dieu mérite d’être réinterrogée après Auschwitz. Or poser cette question revient, inévitablement, à en formuler une autre : « qu’est-ce que l’homme ? ».

Ce dont rêve la littérature française, ce n’est pas d’une île, mais d’un château ou d’un jardin, toutes époques et versions confondues — de l’éden de Jean-Jacques à la résidence secondaire de nos contemporains : la jonction des deux se trouve peut-être dans le pré de Candide. Et l’écrivain français, quand il voyage, ce n’est pas dans l’espace, mais dans le temps qu’il le fait : Rome, Athènes, Jérusalem. Citadin traversé par l’imaginaire des îles, Luc Dellisse est donc moins écrivain français qu’écrivain tout court.

Peu de cinéastes contemporains s’obstinent encore à faire œuvre. Précarité, désir de visibilité, cynisme parfois, tout les pousse à se renouveler, à se saisir un à un des créneaux du film de genre, à se passer commande, suradaptés qu’ils sont à des systèmes de financements au coup par coup. Pourtant certains, en une ascèse de plus en plus intenable, continuent coute que coute à creuser leur sillon, à construire leur cinéma patiemment, comme en sourdine, au risque d’un déclassement.

Quelques années après un bel autoportrait, intitulé Un fantôme dans la bibliothèque, voici de nouvelles facettes au portrait kaléidoscopique de Maurice Olender. Dans Singulier pluriel, sont rassemblés plus d’une dizaine d’entretiens donnés entre 2002 et 2017, à la radio ou dans des revues, éclairant tour à tour le chercheur à l’EHESS, l’homme lucide et impliqué politiquement, l’éditeur de la « Librairie du XXIe siècle » et l’amateur d’arts contemporains.