C’est un exercice périlleux que de chercher à dire encore « quelque chose d’intelligent » sur Hold-up, après la somme de « discours critiques » produits depuis la sortie de ce film. Si mon propos assumera la fonction d’une « déconstruction », il s’agira moins d’une déconstruction de la mécanique du film à partir d’une position extérieure immunisée, que d’une déconstruction de cette position extérieure immunisée, au profit d’une autre posture de commentaire.

Une étude sociologique montre que les jeunes Américains entre 10 et 14 ans sont capables de reconnaître 1000 logos de marques mais qu’ils ne sont pas capables d’identifier 10 végétaux de leur région. Le constat est sans appel : nos rapports à la nature sont totalement désaffectés. En cause : notre modèle de civilisation moderne qui réduit la nature à un domaine extérieur et indifférent à l’homme. La pensée de Baptiste Morizot apporte, à travers l’exemple du pistage, un éclairage à la fois original et très accessible à ce problème écologique classique du « grand partage » entre nature et culture.

François Hartog, dans un tout récent essai, a rappelé que l’expérience du temps a une histoire : le temps vectorisé qui se lance vers le futur comme une flèche que la modernité occidentale a faite sienne n’est pas une expérience commune. Voilà pourquoi il faudrait constituer une histoire du temps ou une archéologie de la manière d’occuper la durée. Bruno Remaury en livre ici quelques fragments dans un deuxième livre : Rien pour demain.

Guillaume Métayer, poète et traducteur littéraire du hongrois et de l’allemand, nous invite dans son dernier livre A comme Babel, à entrer dans son atelier de traducteur qu’il appelle sa « cuisine ». On y observe le traducteur à l’œuvre, aux prises avec les difficultés, les défis, les enjeux de la traduction poétique. Le livre traite de ce qui est au cœur de l’activité du traducteur, la lecture et l’écriture. L’auteur aborde la traduction comme « une écriture à deux », nous conduisant à travers tous les chemins de lecture-interprétation, changements, pertes, enrichissement, dialogue entre les langues, les sonorités, les rythmes, les références culturelles, les processus de création et recréation textuelle poétique.

Le pogrom de Kishinev de 1903 prend, dans le cours de l’histoire mondiale, une importance particulière. Considéré comme précurseur de l’Holocauste, c’est l’événement avec lequel l’horizon du XXᵉ siècle s’assombrit, non seulement pour les territoires de l’Empire russe mais aussi pour l’Europe. Il sonne le glas de l’ancien monde, annonçant l’avènement des nationalismes totalitaristes, la destruction des juifs d’Europe et une crise de l’humanisme similaire à celle qu’avait connue le XIXᵉ siècle.

À bien des égards, Claude Ollier occupe une place unique dans l’univers restreint de la critique cinématographique. D’abord en raison de son statut d’écrivain impliqué dans une réflexion plus générale, et non de simple journaliste ou de spécialiste patenté ; ensuite pour la relative brièveté de sa carrière dans ce domaine (une dizaine d’années tout au plus) ; par l’importance enfin de la période durant laquelle elle s’est exercée, de la fin des années 1950 jusqu’en 1968, c’est-à-dire à un moment crucial aussi bien pour la littérature que pour le cinéma, marqué par l’émergence du nouveau roman puis de la nouvelle vague : période de bouleversements, d’inventions, de remises en cause, cherchant d’autres manières de concevoir la narration et de l’inscrire à la surface des pages ou sur le blanc des écrans (comme le soulignent du reste nombre de ses interventions).