La Marelle accueille… La Marelle édite… La Marelle organise… des résidences de créations littéraires depuis 2010… des ouvrages imprimés ou numériques des auteurs en résidence… des actions culturelles vers des publics très divers.
Auteur : Franck Queyraud
Chère Henrietta,
C’est dans un petit café du Cap, assez bruyant et qui sentait le beignet frit, que vous m’aviez parlé de votre Green Lion ; le roman était encore à l’état d’ébauche. La Table Mountain, qui domine la ville et la baie, se dressait tout près, derrière nous, invisible et puissante. Elle habitait votre esprit et votre travail.
Je suis allée voir le film appelé Nocturama avec une curiosité chargée de mauvaises pensées, de rumeurs sur son histoire. J’étais préparée mais je l’ai d’abord accueilli dans la neutralité que j’avais choisie d’adopter, je n’ai pas lu la critique.
Paris, un jour comme les autres. Après avoir parcouru rapidement du regard les titres des livres exposés dans la vitrine d’une librairie, j’aperçois, parmi les nouveautés, une copie de Si par une nuit d’hiver un voyageur, le chef d’œuvre d’Italo Calvino. Stupeur : pourquoi le livre de Calvino, paru en Italie en 1979, a-t-il été mis en exposition parmi les nouvelles sorties au lieu d’avoir été rangé, comme l’on s’y attendrait, parmi les classiques de la littérature du XXè siècle ?
C’est avec trois livres récents, autour du corps — corps du délit, corps du délire — que Catherine Simon a choisi d’ouvrir sa rentrée littéraire 2016 sur Diacritik, avec Désorientale de Négar Djavadi (éditions Liana Levi) et Frankenstein à Bagdad de Ahmed Saadawi (éditions Piranha), mis en regard avec un livre récemment paru chez Actes Sud, Yokainoshima du photographe Charles Fréger.
Point zéro. Souvent, le bureau de poste, à partir duquel on calcule les distances. Point zéro de l’écriture. Le « je ». Mon point zéro, en Grèce. Grèce intérieure, autofictionnée, objectif agrandissant, ou rapetissant les distances, focus, zoom grand angle, gros plan, laboratoire de pataphysique (science des solutions imaginaires), remontage de la réalité. Lieu trouvé, trouvaille, langue retrouvée. Sauf que là, c’était la zone. Ma réalité, démontée. Je roulais à toute allure dans ma voiture autofictionnelle, des chansons grecques plein la tête, j’allais d’une chronique à l’autre au petit bonheur, et soudain, police. Ma voiture, arrêtée en rase campagne. Madame, vos papiers, vous avez enfreint la réalité, vos petits trafics ne nous ont pas échappé. C’est du lourd. C’est La Disparue d’Egine, qui excite l’agent. Voiture confisquée. Plus de point zéro. Des mois à raturer. Finito la musica, finito la fiesta.
Il en va d’un festival comme d’une institution. Il comporte ses cadres, ses règles, ses codes, ses figures et ses objets. Les objets d’un festival de cinéma, ce sont les films. La communication d’un festival s’appuie sur eux, ce qu’on en dit et ce qu’on ne dit pas, leur accueil ou leur condamnation. Le FID est un festival à visage humain où chacun sent, je crois, que des films impliqués dans le monde contemporain attendent qu’on se tienne à la hauteur de ses effets sur nous. C’est une institution et un espace politique – plus qu’un espace de sélection. J’ai donc quitté mes réflexions du moment pour entrer dans des questions de cinéma et des questions politiques.
Il en est parfois des livres comme de certains êtres : ils nous obligent. Il arrive qu’il faille répondre des livres comme on répondrait de l’existence de certains êtres qui n’ont pas encore commencé à exister. Ce sentiment je l’éprouvai pour Artaud, je l’éprouve aujourd’hui en lisant Le Mort-né. Cela vient peut-être de la coïncidence des limbes et de la pensée : de la place que l’on fait, que l’on est sommé de faire aux corps maudits dont le livre est le tombeau – à la fin le corps lui-même.
L’exposition présentée par le Centre de la photographie de Genève ne porte ni sur un artiste, ni sur un objet ou un domaine que la photographie explorerait en tant que medium. Elle porte sur un dispositif dont la photographie est l’opérateur par excellence : celui de la surveillance.
Où lire ? Où écrire ? Ainsi est formulée l’interrogation d’Anne Savelli dans son livre nativement numérique Des Oloé, espaces élastiques où lire où écrire (mai 2011) paru aux éditions D-Fiction. Le lieu où on lit et la position de notre corps sont des questions qui se posent de nouveau avec la lecture numérique.
Le premier plan est un arbre sec qui crépite, lutte contre le vent, vieux corps voûté, se laisse traverser, souffler, patient. Un corps qui attend la mort et son témoin qui filme, qui n’attend pas mais cherche dedans la patience. Patience du plan qui se tient à bonne distance du corps presque mort – et puis après le contraire : perte de la distance, image qui veut toucher, qui touche, qui mange, regard de bête, d’enfant qui veut manger le paysage, lui rentrer dedans comme on retournerait dans le corps d’une mère – pour y finir peut-être.
Journaliste et photographe de mode, Bill Cunningham vient de mourir à l’âge de 87 ans. Depuis 1978, il tenait une rubrique photographique hebdomadaire dans le New York Times, fixant dans son objectif toutes les excentricités vestimentaires rencontrées au cours de ses déambulations cyclistes. Hommage.
Il y a une urgence qui se fait sentir dans le nouveau film de Pietro Marcello, Bella e perduta : celle d’un appel impérieux de circonstances qui infléchissent le cours des événements, qui forcent à prendre des décisions immédiates, et dont l’intrigue conserve la trace par strates successives.
« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde » (Jean Genet)
« Le monde a été fait à l’envers », a dit un jour un vieil homme dans un hôpital psychiatrique à António Lobo Antunes. Un homme que « les médecins appelaient schizophrène » et qui, en proie à ces mots qui le torturaient, a donné au jeune écrivain la plus simple leçon d’écriture qui soit : on ne peut écrire qu’à partir de ce qui précède les mots.
Le tennis serait-il plus qu’un sport de compétition, alternativement joué dans le cadre de chelems courus en extérieur ou en salle, sur gazon, sur terre battue ou sur résine synthétique ? Serait-il plus qu’une activité de gentlemen, pratiquée depuis à peine plus d’un siècle sur du temps relativement libre ? Cette discipline n’aurait-elle pas des sources bien plus anciennes, remontant à l’époque de la Contre Réforme et du Siècle d’Or? Avant d’être un « jeu », le tennis dans sa forme initiale n’aurait-il pas été avant tout un instrument diplomatique prisé autant par Charles Quint, Henri VIII et les Conquistadors pour sceller des accords de paix, si ce n’est durable, au moins temporairement cordiale ? Autant de questions qu’Álvaro Enrigue soulève avec malice, impertinence et non sans une indéniable clairvoyance historique dans son roman Mort subite, plus que justement récompensé par le prix Herralde en Espagne.