Bill Cunningham (1929-2016) : l’œil du New York Times, « bright light, big cycling »

Bill Cunningham photo NYT

Journaliste et photographe de mode, Bill Cunningham vient de mourir à l’âge de 87 ans. Depuis 1978, il tenait une rubrique photographique hebdomadaire dans le New York Times, fixant dans son objectif toutes les excentricités vestimentaires rencontrées au cours de ses déambulations cyclistes. Jean-Louis Legalery, en hommage.

BC à la fashion week de NY en 2012 par Jiyang Chen
Bill Cunningham à la Fashion Week photo de Jyiang Chen

Bill Cunningham est né à Boston, c’est donc un pur produit de la côte est. Il commence des études supérieures à Harvard interrompues rapidement pour d’abord et toujours se consacrer à sa passion, la photo. Il travaille dans la publicité puis se lance dans la fabrication de chapeaux, commerce fructueux mais bientôt anéanti par le service militaire obligatoire, guerre de Corée oblige. A son retour à la vie civile il devient journaliste pour le Chicago Tribune. Il collabore aussi à Women’s Wear Daily, un mensuel considéré comme la bible de la mode aux États-Unis.

Et, de fait, il est repéré et embauché, en 1978, par le NYT car ses photos d’inconnus ou de célébrités prises dans la rue au hasard commencent à susciter un grand engouement. Sa notice biographique sur le site du NYT précise que c’est lui qui aurait ouvert les portes de la mode américaine à Azzedine Alaïa et Jean-Paul Gaultier. Il est aussi, depuis 2008, officier des arts et lettres, honneur qu’il partage, entre autres, avec Anne Lauvergeon, ce qui relativise singulièrement la valeur de la breloque, d’autant que l’époux de Madame Areva, Monsieur Fric (ça ne s’invente pas !) est, quant à lui, chevalier de la légion d’honneur.

Layout 1Mais ces fanfreluches-là Bill Cunningham n’en a cure. Ce qui l’intéresse c’est la mode au sens propre, c’est-à-dire ce que les gens portent et aiment porter, c’est d’être un témoin de son temps avec son appareil photo, c’est de montrer le conformisme, l’originalité travaillée ou non et l’innovation en matière de tenue vestimentaire sur monsieur ou madame tout-le-monde ou pas vraiment tout-le-monde. En 2010, le réalisateur Richard Press (un nom tout à fait indiqué en l’occurrence) a fait un film, produit par Philip Gefter du New York Times, Bill Cunningham New York.

On y voit Bill Cunningham à l’œuvre sur son vieux vélo, objectif en main, dans Manhattan, dans son minuscule appartement, tout près de Carnegie Hall, où il n’y a ni cuisine, ni salle de bains, mais des montagnes de boîtes de photos. BBC2 lui a également consacré un reportage dans le cadre de The Culture Show, en 2012. Bref Bill Cunningham ne laisse pas indifférent, d’autant que sa petite voix nasillarde et son ton détaché ajoutent au charme du personnage, sur un fond de piano et de saxo très woodyallenien avec le toujours très bref ‘llo ! This is Bill Cunningham…

Bill Cunningham | Art Rules – NY Times

Bill Cunningham à Seatle en 2010 photo Georg Petschnigg
Bill Cunningham à Seatle en 2010 photo Georg Petschnigg