Le point de départ serait un constat : l’hétérocentrisme de la psychanalyse. Ou, puisque celui-ci perdure à travers l’histoire et les transformations : l’hétérocentrisme des psychanalyses. Le problème est double : cet hétérocentrisme empêche la psychanalyse de faire ce qu’elle prétend faire et empêche l’existence de celles et ceux qui ne sont pas conformes à l’idéal hétérosexuel. Dans Queer psychanalyse, Fabrice Bourlez part de ce constat pour s’efforcer de penser les conditions d’un agencement entre les psychanalyses et les existences qui échappent aux normes hétéros du psychisme, du corps, du désir.

Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) ou l’œil du patriarcat

Avec Phantom Thread, Paul Thomas Anderson signe son huitième opus et Daniel Day-Lewis annonce jouer dans son dernier film. L’événement est facile à créer. La critique s’enthousiasme : « chef d’œuvre », « grand film féministe » (sic). Les uns disent qu’il s’agit d’un film à la recherche de la perfection comme à vouloir poursuivre son sujet et même le dépasser, les autres hèlent les « entendus » se croyant plus malins que tous, pour se faire entendre davantage. Mais de qui ce film est-il le nom ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce « fil fantôme » qui est pourtant très épais et a échappé, jusqu’ici, à tout commentaire ?

A l’occasion des représentations d’Eric von Stroheim au théâtre du Rond-Point, dans une mise en scène de Stanislas Nordey, rencontre avec le dramaturge et cinéaste Christophe Pellet pour un entretien où il est question, bien sûr, de théâtre et de cinéma, mais aussi du désir, de politique, de Bachelard, de l’image, de transgenre, des acteurs, de sexualité, de Racine et de fétichisme ou de l’importance d’inventer de nouveaux moyens de diffusion.

Ce dimanche, de midi à minuit, la revue borderline Terrain Vague & à La Folie présentent VOL. 2, le festival dédié aux éditions indépendantes, aux fanzines queer, féministes et alliés. Après le succès de la première édition en septembre, Volumes réinvestit La Folie à la Villette pour présenter la fine fleur des revues indépendantes et intrépides, l’occasion également de découvrir le #3 de Terrain Vague, décidément l’une des plus belles réalisations collectives du moment.

Le Cabaret électrique © Hervé photograff

La semaine dernière c’était la première du Cabaret électrique à la porte des Lilas, au Cirque tout aussi électrique. Descendus d’un tram ou d’un métro, on a quelques dizaines de mètres à effectuer pour tomber sur un chapiteau pirate tombé du ciel, perdu autant qu’installé entre le périphérique et les immeubles et hôtels d’alentour.

Brothers of the night

Ce serait si simple d’évaluer un film selon sa capacité ou son incapacité à appartenir pleinement d’un genre, ou parfois à en questionner les frontières. Ce serait d’autant plus simple que tout ce qui se fait d’intéressant par les temps qui courent, s’invente là, entre fiction et documentaire, entre essai et film d’artiste, entre deux. On se contente d’ailleurs le plus souvent d’entonner l’antienne auteuriste du franc-tireur, du cas à part, faute d’outils critiques réaffutés et d’une volonté affichée d’interroger notre système de valeur périmé, nos hiérarchies désuètes, et tout l’habitus critique obsolète qui chaque mercredi vers 14.00 entérine la circulation des fictions de flux, des rébellions d’auteurs en dérapage contrôlé comme des urgences documentaires réchauffées. Pourtant, les exceptions se multiplient, tant et si bien qu’il devient difficile de justifier de nos règles paresseuses pour les définir : les francs-tireurs se font légions, squattent les festivals, les prix, et les débats critiques, au risque parfois d’une pacification dangereuse (Attention ! une norme peut en cacher une autre !). Prenons donc les devants, ne parlons que des cas limites, de là où ça grippe, ça râpe, là où ça tire et où ça invente, encore : là où j’ai pu constater autrefois l’émergence d’un Tiers-Cinéma. C’est précisément là, loin des films-évènements autoproclamés, qu’évoluent les Frères, les Fratelli pasoliniens, les Brüder der Nacht de Patric Chiha.

Act up

A un endroit dont je ne me souviens plus, Foucault, en réponse à une question pernicieuse, évoquait les « morceaux d’autobiographie » que l’on pouvait trouver dans son œuvre. Ironiquement, il n’est pas certain que le premier des intellectuels spécifiques ait contrôlé son dernier moment autobiographique : a-t-il su qu’il mourait du sida ?

Baudrillard, dans son pamphlet Oublier Foucault, ricanait sur la viralité de sa pensée, la comparant au virus qui l’a emporté, à son insu. Cette mauvaise manière me semble caractéristique des mauvais usages qui ont été faits du sida. Elle s’inscrit à la croisée d’autres mauvaises manières faites aux homosexuels. Les deux combinés se prolongent aujourd’hui – alors même que les conditions contemporaines du sida comme des homosexuels ont considérablement changé – dans une sorte de pacte mélancolique. Mais avant de m’engager plus loin, je vais livrer, en préambule, un morceau d’autobiographie brute. Il servira de point de départ à mon propos.

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La voix résonne dans le casque. The return of the Thin White Duke. La voix est à la fois présente et absente, détachée, ailleurs. Throwing darts in lovers’ eyes. David Bowie est décédé le 10 janvier 2016. Pourtant sa voix est toujours là, au présent, lançant des fléchettes dans les yeux des amants. It’s too late to be grateful, it’s too late to be hateful. Comment la voix d’un mort peut-elle exister ? Voix après la mort ? Voix vivante d’un mort ? Et qui est mort si la voix est toujours là ?

Nous qui nous rassemblons sur la Place des Innocents ce soir, nous sommes libres. Libres, nous choisissons de nous affirmer en tant que minorités en France à un moment où cette affirmation fière est plus que jamais nécessaire. Nous nous rassemblons ici ce soir, sur la place des Innocents, contre un monde qui s’acharne à nous effacer. Et pour nous imposer, nous avons besoin les uns et les unes des autres.

Terrain vague

Lancée en juillet 2015 par un somptueux et riche premier numéro, Terrain Vague s’affirme comme une revue borderline explorant, selon ses propres dires, les lisières du genre, du féminisme, de la pop culture et de l’art contemporain. Créant des rencontres inattendues entre plasticiens et philosophes, critiques d’art et graphistes notamment, Terrain Vague ne cesse d’interroger avec force expérimentations les identités queer dans leur multiplicité à l’instar du deuxième numéro paru il y a peu où la drag queen terroriste Christeene côtoie les hommes enceints de l’Antiquité. Diacritik a voulu revenir le temps d’un grand entretien sur le projet de la revue avec ses fondateurs et directeurs Anne Pauly, Antoine Pietrobelli, Pierre Andreotti et Adam Love qui se sont prêtés collectivement au jeu des questions.