PLS#2, 17 mai 2025 : bref retour sur les enjeux politiques d’un salon du livre

Le 17 mai prochain se tiendra la deuxième édition du festival PLS à Montreuil, au sein de La Parole Errante, un lieu auto-organisé d’expérimentation politique, culturelle et sociale. Hangar et ancienne usine, la Parole Errante voit le jour en 1997, lorsque le conseil départemental confie la gestion autonome de cet espace au poète et dramaturge Armand Gatti, qui, avec ses compères, en fait à la fois un lieu de répétitions théâtrales et un espace daccueil pour des assemblées politiques et des fêtes de soutien. Aujourd’hui cette idée d’un lieu culturel avec un ancrage dans les luttes politiques en dehors des logiques politiciennes continue d’exister grâce au collectif bénévole La Parole Errante Demain qui organise des soirées de soutien autour des questions décoloniales, des luttes minorisées, des colères internationales, des fêtes de soutien face à la police et la justice.

C’est également dans cet espace aux coordonnées politiques bien situées que s’est tenue la première édition du festival PLS le 18 mai 2024, grâce à la proposition de revues, collectifs et éditions habituées du lieu : L’oie de Cravan, les Éditions du Sabot, les Éditions Nous!, le collectif associatif café-librairie Michèle Firk, mais aussi des revues ou éditions amies comme La Vie Manifeste, le collectif bruxellois de la librairie associative Par Chemins.

L’émergence de cette première proposition s’inscrivait alors dans un contexte politique marqué par les J.O./P., la nomination d’un proche de l’extrême droite comme parrain au Printemps des poètes, le rachat par Bolloré du groupe Lagardère, la désinvitation de la Palestine comme invitée d’honneur au Marché de la Poésie et j’en passe. Dans ce contexte chaotique, plusieurs rencontres amicales et militantes autour de la littérature et des initiatives collectives ont émergé, à limage de PLS, de Printantifa, ou plus récemment, de la coédition collective de border Bolloré.

Spontanément et dans un tel contexte, je pensais que l’acronyme PLS signifiait « Poésie Latérale de Sécurité », comme un clin d’œil à la gueule de bois que subissait alors le monde associatif et culturel. PLS signifie en fait Poésie Latérale et Sauvage, le choix d’un pas de côté, initialement : « ladoption dune posture PLS, forme de refus de la mise au travail appliquée à linjonction à prendre part au grand spectacle des JO », m’explique-t-on. Suite aux récentes coupures budgétaires touchant la culture par le gouvernement Barnier et Bayrou, les mondes de la culture et de l’associatif sont toujours en gueule de bois, en témoigne la « cartocrise » de L’Observatoire des politiques culturelles (OPC). Mais, pour marquer ces résiliences communes et à l’occasion de cette deuxième édition de PLS, il nous a semblé important de revenir sur les enjeux d’un salon de poésie latérale et sauvage grâce aux notes qu’ont bien voulu me transmettre les membres de l’organisation.

À première vue, PLS se singularise par sa forme extrêmement brève (de 14h à 22h) et concentrée qui contraint à un temps limité de lecture et dans des temps brefs pour une quarantaine de tables de maison d’édition, revues et collectifs. On pourrait penser qu’il s’agit d’un marché de la poésie mais pour gauchos, une simple alternative de logique capitaliste où le changement résiderait seulement dans la présélection communicationnelle d’un lectorat de gauche. Non. L’importance pour les éditeurs indépendants de la tenue d’un événement parallèle au marché de la poésie est de « multiplier les lieux et les temps de la poésie » avec cette fois un moindre coût pour les exposant.es. Avoir une table au Marché de la Poésie coûterait environ 500 euros pour les trois jours -frais que les éditeurs et éditrices espèrent couvrir en vendant suffisamment à cette occasion. Cette présence au Marché de la Poésie assure par ailleurs une visibilité inédite dans le marché de la littérature où la poésie ne représente qu’un très faible pourcentage de vente et de publication.

À l’inverse, les tables proposées aux exposant.es à PLS sont à prix libre. Plus important encore, les exposant.es de ce salon qui ne dure qu’une journée, sont sélectionné.es sur les catalogues au long cours et sur la manière dont les livres ou les revues sont fabriquées et non pas sur leur capacité financière et donc sur leur supposé succès à la vente. En dehors de la ligne politique en lien avec l’histoire du lieu de la Parole Errante, la dimension politique de PLS tient à cette attention portée à la chaîne de production du livre : de la production, aux auteurices publié.es, en passant par la diffusion. Le plus loin possible de Bolloré et de Hachette donc. Plutôt proche de Nathalie Quintane, de Tarkos et autres brassements me raconte un des organisateurs.

« Dans le monde tel quil va, la pratique poétique peut se voir donner un rôle de simple embellissement capitalistique, une manière darrondir les angles, une sensibilité bon teint ajoutée sur les mots, la poésie faite adjectif sans conséquences ni exigences, si ce nest dimposer la bêtise et labrutissement de la langue. Comme face au livre de Bardella récemment, lorsque Printantifa sopposait à Tesson ou à ce que cela dirait de ce quest la poésie, les autorités en place répondaient par la défense de la liberté dexpression. Dans le monde renversé, le fascisme tardif sindigne de la censure. La diversité de l’édition indépendante en poésie est inversement proportionnelle aux tentatives de concentrer les lectures sur quelques grands noms, quelques grandes plumes légitimées par de grands récits nationaux qui travaillent à en faire lessentiel de ce quil faut lire et ce quil faut acheter. Ces achats vont ensuite en priorité aux grands groupes de Bolloré et consorts. Le festival est auto-organisé, entièrement bénévole, attaché à défendre des catalogues qui veulent moins rester petits que ne pas courir trop vite comme si rien nimportait, ni les moyens ni lhorizon« .

Le positionnement de ce festival est intéressant parce qu’il ne s’agit pas de parler au nom des différentes revues, édition et collectifs présents pas plus que de les rassembler sous un même drapeau mais plutôt de créer un lieu de rencontre, un pas de côté pour le milieu de la poésie et en résonance avec d’autres rencontres du milieu de la littérature indépendante comme le FLIP ! (Festival du Livre Indépendant et Politique) à Marseille, ou encore le festival SLAP (festival du livre queer et féministe) qui se tiendra également à La Parole Errante les 24 et 25 mai ou encore les scènes ouvertes queer et féministes comme celles organisées par la revue Cunni Lingus ou par le collectif d’auteurices La Textape. En creux, c’est une constellation ou une cartographie amie qui se dessine et s’explicite.

C’est peut-être le lieu de la Parole Errante, habitué aux luttes antifascistes et qui attire un public qui n’est pas celui du Marché de la Poésie qui permet entre autres à PLS de proposer un lieu physique de rencontre entre le milieu de la poésie et celui du militantisme : « On ne peut changer la poésie seule, sans chercher à faire vivre les livres et à trouver la poésie dans dautres espaces, sans tour divoire ni ignorance des enjeux de sorte que lextrême droite et le fascisme ny ont aucune place ». Les enjeux d’un festival indépendant et autogéré amènent de nombreuses questions. Comment résister à une institutionnalisation? comment choisir qui sera présent et comment ne pas nourrir à nouveau et malgré soi un mécanisme d’invisibilisation? Et aux organisateurices d’ajouter : « comment ne pas s’épuiser? Comment résister à une institutionnalisation et parvenir à impliquer dans lorganisation les personnes invitées? »

Avec ses deux ans d’existence, la journée PLS va sûrement évoluer « au gré des propositions et des rencontres » avec une édition prévue à Bruxelles. Il n’en reste pas moins que ce genre d’évènement, loin d’être un palliatif, permet de belles rencontres, des échanges et fait tout simplement du bien.

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Avec (dans le désordre) :

Leïla Chaix, Charlène Fontana, Elsa Boyer, Jonas Fortier, Gorge Bataille, Grégoire Sourice, Christophe Manon, Roni Burger-Leenhardt, Orée Li, Nathanaëlle Quoirez, Maxime Juin, Arno Calleja, Clément Delhomme, Anouk Buron & Zoé Mary-Roulier, Nanmarci, Gabriel Gauthier, Benjamin Fouché, Tony Guerrero.

Des maisons d’édition : Nous, lOie de Cravan, Le Sabot, les Lisières, Zoème, Théâtre Typographique, Même pas lHiver, Ni fait ni à faire, Les Étaques, Terrasses, Trou noir, la Tempête, Vanloo, le Dé Rouge, Éric Pesty, MF, Harpo&, Hourra, Al Dante, Groupe Volodia, Sahus Sahus, la Grange Batelière, lAttente.

Des Revues : Chiche, Doc(k)s, Jef Klak, Olga, Point de Chute, Nioques, Papier Machine, Revue Café, Niqui Causse, PD la Revue,

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Un grand merci à Adrien pour sa relecture et ses précisions essentielles.