L’auteur qu’est ici Arthur Lochmann peut aisément se définir en paradoxe vivant : très tôt, il a pratiqué les ascensions en montagne mais dans le même mouvement il s’est avisé de ce qu’il était sujet au vertige. Et c’est cette contradiction qu’il entend analyser dans le présent ouvrage qu’il situe sur deux plans, à savoir la narration d’une escalade dans les sommets jumelée à une réflexion toute philosophique depuis des penseurs qui prirent en charge la question du vertige, une question toute physique mais accédant facilement à la pensée théorique. Encore heureux que, de son travail, l’auteur n’ait pas songé à nous donner une version « menuisière », puisque cet alpiniste émérite s’est également initié durant son existence au travail du charpentier. Ainsi, dans les trois cas, Arthur Lochmann a choisi de “vivre en hauteur”, selon une similitude générale qui ne manque pas d’humour.
Jacques Dubois
À Diacritik, nous connaissons Emmanuelle Lambert à travers deux essais qui firent date, l’un consacré à Jean Genet, l’autre à Jean Giono. Nous la connaissons aussi par sa contribution puissante à la récente mise au jour en Bibliothèque de la Pléiade des Romans et Poèmes de Genet et en particulier à travers ce roman le plus « risqué » de l’auteur que fut et reste Pompes funèbres dont Emmanuelle Lambert donna notice et notes. Nous allons la découvrir à présent en cette rentrée littéraire à partir d’un roman plus que personnel publié sous le titre déroutant du Garçon de mon père — titre que contredit sur le bandeau du volume et de façon provocante la photo d’une fillette au doux sourire.
Vincent Genin est Liégeois et historien. Il a entrepris un post-doctorat à Paris (École Pratique des Hautes Études). À sa façon, il refait le chemin de Liège à Paris qu’un de ses aînés, Marcel Detienne a parcouru bien avant lui et à partir duquel celui-ci s’est fait connaître internationalement. Detienne est mort en 2019 mais il a donné le temps à Vincent Genin de faire sa connaissance et de s’informer en toute sympathie de la trajectoire de carrière qu’il a suivie après avoir risqué avec succès un essaimage parisien. C’est que Vincent Genin aime à reconstituer des parcours intellectuels — comme il le fit avec Max Weber précédemment.
Peut-on encore envisager une lecture originale du grand roman de Proust après tant d’autres, si souvent remarquables ? C’est l’exploit que tente et réussit le Professeur émérite (UCLA) Saul Friedländer dans un essai aussi audacieux que méthodique.
L’éditeur Yellow Now (Liège) lance une nouvelle collection dont le propos est plus qu’original. C’est qu’elle se voue à des cinématographies dont les metteurs en scène sont attachés au décor d’une ville et d’une seule. Il y eut dans cette même collection un Antonioni et Ferrare. Voici à présent les Dardenne et Seraing.
La Pléiade/Gallimard est un volume extraordinaire et ceci à quatre titres au moins. En premier lieu, il y a le fait d’un Genet incontournable, soit cet écrivain hors norme qui compose dans les marges de la littérature et alors qu’il a été et est encore un délinquant récidiviste.
On se réjouit de voir la belle revue Textyles consacrer un plein numéro 60 à l‘œuvre et la pensée de Jean-Marie Piemme devenu sans conteste le chef de file de l’écriture théâtrale en Belgique francophone.
Une nouvelle collection d’essais a vu le jour aux Impressions Nouvelles (Bruxelles). Elle a pour vocation de mieux faire connaître les héros des littératures populaires et donne à lire 4 à 6 titres par an, chacun consacré à un personnage plus ou moins mythique et désormais célèbre. Huit volumes existent déjà, chacun confié à une signature et comptant 128 pages.
Inoubliable Agatha ! Elle a traversé le siècle — le XXe — et elle est toujours là. Née en 1870, défunte en 1976, ses 66 romans la prolongeront jusqu’à aujourd’hui et feront d’elle une femme-siècle de la même façon que Georges Simenon demeure du côté belge un homme-siècle. Lui, c’est Maigret, elle, c’est Poirot. Deux patronymes peu valorisants, soit dit en passant. Mais surtout deux écritures sans rapport entre elles. Et aussi deux styles d’enquête on ne peut plus différents et proposant deux univers romanesques en regard l’un de l’autre mais incompatibles.
Il y a peu, Christine Marcandier s’entretenait dans nos colonnes de l’œuvre critique de Maxime Decout à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Éloge du mauvais lecteur. Soit un titre paradoxal, qui est bien dans la ligne de Maxime Decout comme dans celle de la collection « Paradoxe » des éditions de Minuit. De cet « Éloge » si particulier, nous ne voudrions évoquer ici que les remarques conclusives tout en les assortissant de quelques commentaires.
Philosophe sui generis, Aliocha Wald Lasowski a naguère trouvé sa place dans nos colonnes. Voilà qu’il y revient avec un texte dense et intense, un texte à l’image de celui dont il traite, ce penseur qui fut une des figures marquantes du XXe siècle littéraire et du tout début du XXIe. Nous parlons de l’Antillais Édouard Glissant.
Benoît Denis, qui fut jadis coéditeur de Georges Simenon en Pléiade, a eu la belle idée de publier en un gros volume trois scénarios de films tirés de romans de l’auteur liégeois, avec le grand Michel Audiard aux dialogues. Ce sont Du sang à la tête (intitulé chez Simenon Le Fils Cardinaud, 1942), Maigret tend un piège, 1951 et Le Président, 1958. Tout cela, c’était avant l’école de la Nouvelle Vague qui ironiquement baptisa le grand cinéma populaire et commercial des années 50-70 du label de « qualité française » et mit du même coup fin à sa domination.
Voici un essai plein d’allant et d’espoir et qui traverse les histoires littéraires de part en part depuis les grands auteurs latins jusqu’à Marcel Proust.
Les éditions du Seuil publient, traduit du néerlandais, un ouvrage que signe A. de Swaan, sociologue et professeur émérite de l’université d’Amsterdam. La couverture de cet ouvrage, par ailleurs captivant, est curieusement ambiguë. Sous le nom de l’auteur, figure le titre Contre les femmes et en sous-titre La Montée d’une haine. Ce qui pourrait laisser croire que le Seuil se serait mis à brandir un drapeau antiféministe… De fait, le professeur de Swaan défend la cause des femmes, dès la dédicace chevaleresque de son livre « à <s>on épouse décédée en 2019, Cindy Kerseborn, qui s’est battue pour l’émancipation sur quatre fronts à la fois comme Noire, comme immigrante originaire de l’ancienne colonie néerlandaise du Surinam, comme fille d’ouvrier et, de fait, comme femme : toujours entêtée, ouverte, combative et fidèle. ». Est-il plus bel hommage que celui-là et plus complète inversion de l’antiphrase trompeuse du titre ?
Ça s’intitule Pense aux pierres sous tes pas et c’est un roman comme il en est peu.