Il y a dix ans, Jean-Philippe Toussaint, qui nous avait charmé avec La Salle de bains, Monsieur ou La Télévision, courts romans héritant de Beckett et d’un humour tout personnel, passait au cinéma et donnait La Patinoire, son premier long métrage. Production d’une grande drôlerie en même temps que réflexion sur ce qu’est le cinéma à partir d’un tournage entrepris sur une surface glacée.

Dans Extension du domaine de la lutte paru en 1994, Michel Houellebecq assimilait cette extension à l’existence d’un marché sexuel en surplomb du marché économique ordinaire. C’était il y a 25 ans et, pour le romancier, ladite extension était d’abord affaire personnelle en ce que certains êtres manquant de sex-appeal et d’audace dans les stratégies amoureuses se retrouvaient puceaux ou vierges à trente ans. Soit une relation où le facteur économique ne jouait pas de rôle visible dans l’exemple pris par le romancier.

Jean-Pierre Martin est homme de passions et, comme il aime à dire, de « saisons ». Celles-ci se succèdent et se bousculent dans sa biographie, l’une reniant parfois les autres, et on lira à ce propos son audacieux et bel Éloge de l’apostat (2010) donné pour l’accès à une vita nova. Ces saisons-passions, il nous les a contées dans une quinzaine d’ouvrages dont plusieurs autobiographiques.

Alors qu’il vient de se voir décerner la Légion d’honneur (au grade de chevalier) en même temps que l’ont reçue les footballeurs de l’équipe de France, alors que son dernier roman porte un titre d’œuvre symboliste du temps de Huysmans, alors qu’il a pris épouse (chinoise) et qu’il soigne sa mise, alors que son Sérotonine déferle sur la France et bientôt sur le monde en occultant la visibilité de bien d’autres romans, alors que sa drôle de tronche (j’emploie un mot à lui) s’étale sur les couvertures des magazines et sur les écrans de télé, qui est vraiment Michel Houellebecq et où le situer au palmarès de la littérature contemporaine ?

Quand Daniel Defoe publia en 1719 « La Vie et les étranges et surprenantes Aventures de Robinson de York, marin », il se doutait peu que son roman connaîtrait une postérité extraordinaire, qu’il serait lu par d’innombrables enfants sur le conseil de Jean-Jacques Rousseau et, plus que tout, qu’il nous resterait comme l’œuvre d’un grand fondateur du roman occidental, venant certes un siècle après Cervantès et son Don Quichotte mais tout aussi important que celui-ci.

Gustave Lanson pubilait son Histoire de la littérature française en 1894. Elle restera la grande référence historico-littéraire pendant près d’un siècle. Dans le même mouvement, elle assurera le succès de tout un positivisme ambiant. C’est un sociologue qui, un siècle plus tard, va nous sortir de cette lourdeur positiviste un peu bornée. Et avec ses Règles de l’art de 1992, Pierre Bourdieu nous proposera de voir la même histoire des lettres de façon radicalement autre, la transformant en histoire sociale perçue dans la perspective d’un relativisme structurel.

Susan Sontag fut dans le dernier tiers du XXe siècle l’intellectuelle la plus en vogue des États-Unis. Née à New York en 1933, elle y mourut en 2004 d’une leucémie. Elle fut pourtant enterrée au cimetière Montparnasse tant était grand son attachement à Paris, où elle avait de nombreux amis, de la comédienne Nicole Stéphane au sémiologue Roland Barthes. Il est heureux qu’aujourd’hui la collection “Climats” publie en traduction française le long entretien qu’elle donna jadis à Jonathan Cott et à sa revue Rolling Stone et qui est ici repris in extenso pour la première fois.

Nous avons rendu compte ici même du bel ouvrage de Manon Garcia réinterprétant tout philosophiquement Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir sous le titre de On ne nait pas soumise, on le devient. Voilà qu’un autre ouvrage d’inspiration féministe vient comme lui donner suite mais sur un mode plus pratique en ce qu’il reprend des chroniques publiées dans Philosophie Magazine autour de la question des femmes et de leur corps au long de la vie. C’est en politiste et en militante que Camille Froidevaux-Metterie signe cet essai audacieux. Certaine philo n’est cependant pas loin, une philo qui rejoint celle de Garcia à travers la référence à une commune phénoménologie passant par Merleau-Ponty.