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Historienne d’archives et experte en pratiques de lecture, Laure Murat vient de nous donner un beau livre, tendre comme une caresse, mouvant et énergique comme la ville de Los Angeles. Car c’est bien de cette dernière qu’il s’agit dans ce petit ouvrage inspiré par la question de savoir si l’on peut s’éprendre d’une ville avec passion. Pour cette Française qui enseigne à UCLA depuis dix ans, pas d’hésitation : la Parisienne que fut Murat aime éperdument la grande cité californienne si souvent stigmatisée pour sa criminalité comme pour son cinéma starifié à l’extrême. Et, pour elle, L. A. est adorable en ce qu’elle est la négation (l’envers ?) même de Paris mais aussi, en un sens, de la trop rectiligne New York.

Virginia Woolf
Virginia Woolf

Entre 1870 et 1930, les milieux littéraires anglais firent un gros complexe d’infériorité à l’égard de la France et de ses meilleurs auteurs. Ils estimaient qu’en leur patrie on n’avait aucun souci du style, là où les Français, à partir de Renan et de Flaubert, pouvaient faire état d’une écriture travaillée, élégante et subtile. Virginia Woolf s’émerveilla par exemple d’un Flaubert passant un mois à chercher une expression à même de décrire un chou. Outre-Manche, on parla beaucoup de ce retard sans que Paris pour sa part se souciât de la question comme telle. C’est donc bien là une vieille affaire mais qui a le mérite d’être amusante et de n’être pas terminée.

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Tom Lanoye est aujourd’hui l’écrivain flamand n° 1. C’est aussi qu’il est un écrivain de combat, ce que l’édition française de Gaz, son récent opus, nous rappelle en quatrième de couverture : « Tom Lanoye milite pour les droits des homosexuels, dit ce texte, s’insurge contre les Flamands qui veulent diviser la Belgique et reste abasourdi devant le fait que plus de 3000 jeunes gens de nationalité belge ont basculé dans l’intégrisme militant et sont partis en Syrie. » Lanoye a écrit plusieurs romans, dont le très beau La Langue de ma mère, traduit en français aux éditions de la Différence. Avec Gaz. Plaidoyer d’une mère damnée, il nous propose un monologue de théâtre d’une grande force, d’une rare violence.

Henri Michaux
Henri Michaux

Au décès du merveilleux Michaux, le bon poète Jean-Pierre Verheggen titrait dans un journal belge : « HENRI MICHAUX MON NAMOUR ». De fait, Michaux était de Namur, donc Wallon et Belge. Mais une fois installé à Paris, il ne voulut plus entendre parler de ses origines. Il ne se considérait en rien comme un écrivain de Belgique tout en gardant des relations avec Hellens ou avec de Boschère. Et déjà, somme toute, il disait NON à tous ceux qui le lisaient — sans doute avec plaisir ou passion — mais tentaient de s’approprier de quelque façon sa personne, son œuvre, son image.
Ainsi, au long de sa vie, Henri Michaux a beaucoup dit NON.

Si proche et si lointain aujourd’hui, Pier Paolo Pasolini. De toute façon présent à nos mémoires en raison de sa vie mouvementée, de son œuvre multiforme, de ses liens avec la crème des lettres italiennes (Moravia, Calvino, Fortini, Sciascia), de sa fin tragique d’homosexuel assassiné il y a 40 ans. Il est donc heureux que Paul Magnette ait choisi de revenir à cette figure considérable et déchirée dans une jolie plaquette qui met en regard l’auteur de poèmes et le penseur politique, quitte à laisser de côté une production cinématographique flamboyante.

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« Pour certains, tout est politique ; pour d’autres, qui sont parfois les mêmes, l’érotique et le désir sont partout ». Jacques Dubois, bien connu de nos dialecteurs, le note à raison en avant-propos du volume qu’il coordonne, Sexe et pouvoir dans la prose française contemporaine, « ces deux mouvements de l’être, qui sont également régimes de sens » ne peuvent que dialoguer. Les apparier est une grille de lecture du champ littéraire contemporain, de ses tropismes comme de ses tensions, sous l’égide de Deleuze (tout désir est — et porte — une révolution) et de Foucault (La Volonté de savoir).

Certaines semaines ont un goût de cendres. Comme celle qui vient de s’écouler, s’ouvrant avec l’annonce de la mort de David Bowie. La fin d’une époque. « La mort viendra et elle aura tes yeux« , écrivit deux heures plus tard Johan Faerber, citant Pavese… et nous sommes descendus « dans le gouffre muets ». Pour Olivier Steiner, le secours vint de Marguerite Duras et de Flaubert, pour célébrer le Thursday’s child. Parce qu’il fallait bien se rendre à l’évidence pourtant informulable, « Et puis David Bowie est mort« , le fantôme d’Hérouville n’est plus, nous laissant floating in the most pecular way.

La littérature serait-elle d’un bout à l’autre mensonge, imposture et mauvaise foi ? L’idée est dans l’air depuis Maurice Blanchot au moins. C’est qu’après tout, une fiction est une fiction, un montage d’artifices. Mais il n’y a pas que la fiction et, dans ses Confessions, Rousseau entendait être franc et vrai tout au long de son propos. Et pourtant il n’est pas malaisé de montrer que sa sincérité était largement suspecte.

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Pour clore cette année 2015, les membres de la rédaction de Diacritik vous proposent leur best of. Ils nous / vous révèlent leur livre, film, chanson préférés en 2015 et l’article du magazine qui les a le plus enthousiasmés. Où l’on constatera que nos goûts sont aussi variés que nos pages même si quelques titres reviennent fréquemment…

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Voici un livre étonnant que publient à Liège les éditions Fourre-Tout : il est fait de 500 feuillets encollés les uns aux autres et réunit les archives d’un projet de transformation en musée d’art moderne et contemporain du vieil Arsenal de Maubeuge. C’est là qu’au terme de diverses péripéties devait naître un Centre Pompidou Mobile — bien moins coûteux que le Pompidou de Metz. Mais ce projet, écrit Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’A qui rapporte les faits en introduction au volume, a été emporté avec pertes et fracas par l’élection qui remplaça en mars 2014 un maire socialiste par un maire UMP-UDI.

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Des coulisses sous le signe du neuf (le chiffre et l’adjectif) dont l’homophonie renvoie à l’expérimental « Revolution 9 » des Beatles, au 9ème art, à l’académie éponyme, aux dictons populaires – « au gui l’an neuf », « qui vole un neuf… » – et, c’est un peu facile on vous l’accorde, à la nouveauté, thème principal de ce neuvième épisode des coulisses de la Newsroom de Diacritik.