Depuis bien des années, l’Afrique du Sud donne à la littérature mondiale des romanciers d’envergure. Nous avons lu et aimé ceux qu’entraînent dans leur sillage John Maxwell Coetzee ou Nadine Gordimer. Nous n’avions jamais découvert jusqu’à aujourd’hui Damon Galgut, ce natif de Pretoria. Nous venons de réparer l’oubli en question avec La Promesse, Booker Prize 2021, un copieux roman de 300 pages s’étendant sur trois décennies à cheval sur deux siècles et évoquant le déclin d’une famille protestante et blanche.
Jacques Dubois
« Ou le récit d’un épisode somme toute mineur, voire carrément négligeable, dans l’histoire d’une famille très célèbre » : après le titre sous-titre du roman de Joshua Cohen, retenons encore cet incipit à valeur épigraphique — « Je m’appelle Ruben Blum et je suis historien, oui, c’est ça : historien. Quoique d’ici peu de temps, je suppose que je serai devenu moi-même historique ».
Le « siècle de la poésie pure » est évidemment pour la France le dix-neuvième, celui qui a vu une rare floraison de grands talents et de hautes exigences formelles, allant de Hugo à Mallarmé et de Baudelaire à Lautréamont et passant par différents cénacles et programmes.
Silvia Ferrara est rompue à la linguistique et à la philologie. À ce titre, elle dirige le programme de recherche européen INSCRIBE consacré aux inventions des écritures. Et cela convient à ce qui est tout ensemble son expertise, son enthousiasme, son goût du mystère et son sens de l’humour. Écrit en italien (Ferrara enseigne à l’université de Bologne), traduit en français, joliment illustré de photos de pierres ou d’autres matériaux recueillant des inscriptions en diverses langues, La fabuleuse histoire de l’invention de l’écriture paraît en poche aux éditions Points.
Le 4 décembre 2019, Jacques Dubois se lance dans une grande entreprise de relecture (dia)critique de la Recherche, par « arrêts sur images » et scènes du grand roman proustien. La série s’achève un an plus tard, le 18 décembre 2020, après 60 billets proustiens. Alors que Le Temps retrouvé figure au programme de l’agrégation de lettres 2023, pourquoi ne pas retraverser l’ensemble du livre en 7 volumes à travers cette série d’un grand proustien ?
Annie Ernaux est décidément l’une des grandes romancières de notre temps, surtout lorsqu’elle prend des risques autobiographiques, ce qu’elle fit en plus d’une circonstance. C’est bien le cas avec Le Jeune homme que vient de publier Gallimard et qui suscitera sans doute plus d’une réaction de rejet chez certains lecteurs ou lectrices. C’est que la mise en scène d’elle-même au bras d’un très jeune homme, alors qu’elle est pleinement adulte, pourrait choquer.
Jean-Yves Tadié intitule « Le Moment sacré » sa préface à la publication des soixante-quinze feuillets retrouvés d’À la recherche du temps perdu, feuillets que l’on croyait perdus à jamais. « Un grand mérite de ces pages du livre futur est d’être les premières qui aient été écrites bien que ce soient les dernières qui nous soient parvenues. »
Avec Celui qui veille, Louise Erdrich donne un roman fort qui balaie une époque et confirme l’autrice dans son rôle de chef de file d’une littérature américaine se tenant aux confins d’une production littéraire. C’est que la romancière a pris le parti de différentes minorités amérindiennes qui vivent dans un isolement marqué, relevant d’une certaine déréliction. Et pourtant l’isolement que connaît la vie tribale au nord du Dakota est loin d’être total et s’illustre même par une grande richesse de coutumes et de rites. C’est que nous sommes en 1953 et que la lutte pour le maintien de certaines traditions est intense, se transposant au plan politique avec beaucoup de vigueur.
Connaissez-vous Luigi Pintor, qui nous a laissé un étonnant petit livre sur son parcours de vie, ouvrage traduit désormais en plusieurs langues ?
Nimbé de fantastique en même temps que de modernité technologique, Cent ombres, premier roman d’une autrice sud-coréenne est tout à fait surprenant. On aimera d’emblée l’écriture de Hwang Jungeun, son écriture enchaînant les sept chapitres qui forment ce roman. Et l’on notera déjà que cela commence par une promenade en forêt pour se terminer par une excursion dans une île située au large alors même que décor et action du roman ont bien plutôt des allures urbaines.
Élégante — Caroline Lamarche l’est de tout son style ; sans beaucoup de recherche parfois, elle trouve toujours le mot juste, le terme approprié, celui qui plaira. De plus, elle sait comme personne emballer la phrase.
Voici un magazine assez magnifique, très chatoyant aussi et qui porte bien son enseigne à la John Lennon. Il se réclamait du parti Écolo à l’origine puis en garda l’esprit tout en prenant quelque distance envers ce parti. C’est en ce sens que la couverture de ce bimestriel porte fièrement trois surcharges : DEMAIN LE MONDE ; la triade ÉCOLOGIE / SOCIÉTÉ / NORD-SUD ; et la mention quelque peu énigmatique SLOW PRESS (est-ce la formule employée à propos d’un vin à pression lente ou bien est-elle d’un journal à parution peu pressée — mais stressée néanmoins ?).
Le titre ci-dessus, « c’est vous l’écrivain », est la jolie formule qu’utilisa Jérôme Lindon lorsqu’il accueillit le jeune Jean-Philippe Toussaint pour le première fois en ses bureaux. Il avait beaucoup aimé La Salle de bains, qu’il allait publier et qui connaîtrait d’emblée un grand succès. Mais s’agissait-il de sa part d’une remarque gentiment moqueuse ? Ou bien d’une véritable apostrophe identificatrice ?
Militant gauchiste à l’origine (c’était à la Gauche prolétarienne), Olivier Rolin est devenu par la suite et chemin faisant un véritable globe-trotter dont les récits se nourrissent de maints voyages, rencontres et expériences lointaines, tous plus ou moins littéraires. Pourtant, il a passé une bonne moitié de sa vie dans une seule et même rue de Paris au cœur même de Saint-Germain-des-Prés. Ce fut, en effet, dans un appartement un peu bas de plafond de la rue de l’Odéon qu’il écrivit ses livres, appartement dans lequel il a accumulé quantité d’articles, d’objets, de souvenirs. Or, voilà que son propriétaire lui enjoint de « vider les lieux », parce qu’il aura bientôt l’usage de ces derniers.
Nous parvient des éditions Grasset un passionnant dictionnaire alphabétique des personnages de Proust au sein de la Recherche. Il y en eut d’autres bien avant lui mais celui-ci est dû à une jeune chercheuse particulièrement inspirée. Les articles de la jeune autrice, Mathilde Brézet, sont au nombre de 99, ce qui est peu par rapport à une population de personnages romanesques bien plus étendue. En vérité, il est plus d’une omission comme, par exemple, celle de tel philosophe norvégien invité à un repas. En revanche sont retenus et commentés des localités tels que Balbec, Combray, Doncières ou Venise qui interviennent véritablement en acteurs du grand récit.