L’histoire pourrait être kafkaïenne, et Benjamin Balint le souligne dès le titre de son essai Le Dernier procès de Kafka, qui vient de paraître aux éditions de La Découverte : la saga des manuscrits et inédits de l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, par ailleurs docteur en droit, semble tout droit inspirée du Château comme du Procès, elle est au centre de ce livre passionnant qui se lit comme un roman.

Je me souviens avoir trouvé dans une de ces boîtes tenues par les bouquinistes des quais de Seine un livre au papier jauni et à la couverture partiellement arrachée, aux cahiers parfois décousus et au dos illisible brûlé par la lumière : le Journal intime de Franz Kafka, traduit et introduit par Pierre Klossowski (Grasset, 1945).

Rien de plus fascinant, peut-être, que la correspondance d’un écrivain, ce « commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre », écrivait Kafka. Ce type de lecture procure un plaisir particulier, certes intellectuel (découvrir obliquement une œuvre) mais aussi interdit (entrer dans l’intime).

La parution d’un roman de Nicole Krauss est toujours un événement : ainsi Forêt obscure publié après de longues années de silence, ce « vide » si nécessaire à la création, comme nous l’explique la romancière dans le long et bel entretien vidéo qu’elle avait accordé à Diacritik lors de la publication de son livre, qui vient de sortir en poche, chez Points.

Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier était revenu, en 2016, avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer qui vient de paraître en poche.Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik avait rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman. Retour.

La parution d’un roman de Nicole Krauss est toujours un événement : ainsi Forêt obscure qui advient après de longues années de silence, ce « vide » si nécessaire à la création, comme nous l’explique la romancière dans le long et bel entretien vidéo qu’elle a accordé à Diacritik, en juin dernier, à Paris.

Après quatre années d’absence, Tanguy Viel revient en cette rentrée d’hiver avec sans doute l’un de ses romans les plus puissants : Article 353 du code pénal. Dévoilant l’histoire tramée d’échecs de Martial Kermeur en butte aux manipulations d’un promoteur immobilier, Viel offre le terrible récit d’un homme bientôt abandonné de tous au cœur d’une rade de Brest comme à la dérive. Diacritik a rencontré Tanguy Viel le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce nouveau roman qui s’impose déjà comme l’un des plus importants de cette année.

Si le regard animal, l’animal que nous regardons et qui nous regarde font depuis toujours partie des préoccupations humaines, ne serait-ce que pour scruter la part animale dans chacun de nous, la visibilité de cette préoccupation a beaucoup augmenté depuis la circulation incessante des images et des informations dans les réseaux mondialisés.

Laurent Mauvignier
Laurent Mauvignier

Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier revient en cette rentrée 2016 avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer. Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik a rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman qui s’impose déjà comme l’un des plus importants de l’année.

Ruhla Uhren gehen nach wie vor

Dans son Visas d’un jour (Bourgois, 1994), Hanns Zischler cite cette publicité, dont la RDA avait le secret et qui par son sens à double détente pouvait aussi nourrir l’humour est-allemand : Les montres Ruhla marchent hier comme aujourd’hui ou Les montres Ruhla retardent autant qu’elles avancent. Par ailleurs, ce n’est même pas sûr qu’il ne s’agit pas d’une plaisanterie, car ladite publicité n’est pas documentée.

« Je vais continuer à vivre ainsi ma vie invivable » avait dit l’écrivain hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, connu pour deux livres majeurs, Être sans destin et Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas dont Édouard Louis cite une page sublime en excipit de son récent Histoire de la violence, un titre qui pourrait être le sous-titre de l’œuvre de Kertész, témoin des horreurs absolues du XXè siècle, l’holocauste, les camps, la barbarie. Il les a vécus dans sa chair, il les écrira, inlassablement, « pour l’éternité ».

En 2014, Laurent Margantin entame un projet que l’on pourrait qualifier de prométhéen : traduire les 1000 pages du Journal de Kafka. Traduire et non retraduire tant la version qu’il propose est différente de celle à laquelle les lecteurs français avaient alors accès (signée Marthe Robert), une version amendée par Max Brod, coupée, délestée de tout ce qui pouvait faire scandale (la fréquentation des bordels) ou paraissait extérieur à la pratique diaristique : les fragments de récits, un chapitre de l’Amérique en cours d’écriture.