On ne sait si rendre hommage à une personne décédée est s’efforcer de la faire malgré tout présente – malgré la frontière infranchissable de sa mort, malgré son absence définitive, à jamais irréversible, malgré son oubli –, ou s’il s’agit de manifester son absence, de rendre présente son absence, de manifester sa mort qui est toujours la mort et donc, aussi, la manifestation de sa vie, de la vie, d’une vie.

Il reste qui ? Ermanno Olmi ? Bertolucci ? Bellocchio bien sûr… Peut-être… Cela ne change rien, tout le monde l’aura compris : avec la mort d’Ettore Scola, c’est bien l’âge d’or du cinéma italien qui s’est définitivement éteint ce mardi. Alors attention, le cinéma italien n’est pas mort, il faut être Français et critique de cinéma pour penser le contraire. Moretti, Tullio Giordanna, Bellocchio, Amelio, Sorrentino : le cinéma italien est bien vivant.
Mais l’âge d’or vient de se terminer.

Le grand talent de Quentin Tarantino, c’est déjà d’être arrivé à faire de chacun de ses films un incontestable événement cinématographique, quand bien même le spectateur sortirait de la projection frustré et plus ou moins déçu, 8 Salopards n’échappant pas à la règle. Il faudrait bien peu fréquenter les salles de cinéma pour bouder ainsi son plaisir devant ce déferlement de références largement assumées par un réalisateur cinéphile. C’est pourtant là un des problèmes : les films de Tarantino ressemblent à ces images où l’on doit retrouver en un minimum de temps le titre d’un maximum de films.

La « laitance d’alose » est l’un des motifs obsédants d’American Psycho, goûté au Rafaeli’s, au Savoy, au DuPlex, « le nouveau restaurant de
Tony McManus, à Tribeca », ou comme ici au Bacardia où Pat Bateman emmène dîner Patricia, scène dans laquelle les marques de vêtements le disputent aux énoncés gastronomiques, où le lieu où l’on mange est bien plus important que ce que l’on mange :

Go West des Pet Shop Boys résonne, sur l’écran des jeunes dansent et fêtent la nouvelle année. Le dernier film de Jia Zhang Ke débute en 1999, il finira en 2025, quand, à travers le destin de trois amis, la Chine aura achevé sa mutation. Durant ce qui est sûrement le plus long prologue de l’histoire du cinéma (45 minutes avant le début du générique), le film s’ouvre sur un triangle amoureux : une femme, deux hommes – l’horreur scénaristique absolue ?

A partir du 21 décembre, Arte organise un cycle consacré à Jacques Tati, avec la diffusion de certains de ses films — Trafic, Mon Oncle, Jour de fête, Playtime, L’École des facteurs — ainsi que d’un documentaire d’Emmanuel Leconte et Simon Wallon, Tati express.
Dans l’entretien qu’il a accordé à Diacritik, Antoine Gaudin évoque ce qui, selon lui, fait encore aujourd’hui la singularité et la beauté du cinéma de Jacques Tati.

L’histoire du cinéma ne se confond pas avec celle des images. L’histoire du cinéma, ce serait peut-être toujours l’histoire d’une image absente, d’une image manquante, d’une image négative, d’une image qu’on ne voit pas, d’une image qui fait défaut, d’une image à la fois absolue (sur-visible) et ultime (qui annulera toutes les autres) qui aurait valeur de totalité, qui serait en somme la clef du visible.

Fassbinder – La mort en fanfare, n’est pas une cathédrale mais un squat. Il s’agirait de faire effraction, détruire et recomposer, composer et détruire, les deux indissociables : « On s’est introduit d’abord par effraction, la nuit, en forçant une porte de derrière (…), on a cassé des murs, fermé des fenêtres pour en ouvrir de nouvelles, creusé une cave pour y faire tourner un casino clandestin, tracé des signes au-dessus des portes ».

Après avoir été, pendant de nombreuses d’années, l’une des figures les plus emblématiques de l’anti-berlusconisme le plus fier, Nanni Moretti, récemment sollicité sur la situation actuelle de la politique italienne, a préféré s’abstenir de faire des commentaires, tout en déclarant être confus et en cherchant dès lors à éviter de dire des banalités.

« Pourquoi vous… tu me racontes cette histoire  ? » demande avec étonnement Caroline (Isabelle Carré) à l’exubérante et à peine connue Pattie (Karin Viard) qui vient de lui faire un second récit fort grivois et bien détaillé de l’une de ses nombreuses et ravissantes baisades. Et Pattie de répondre tout simplement : « Pour rien, je t’explique d’où vient le vin. ». Si on ne l’avait pas encore compris à ce stade du film, à savoir une quinzaine de minutes après le début, le moteur de 21 nuits avec Pattie est la parole.