La Belle Époque : une période de paix, de gaieté, d’insouciance et de prospérité… En 1899, la presse est libre, la deuxième révolution industrielle est en marche, le monde intellectuel et la création artistique sont en effervescence… le capitaine Dreyfus attend d’être jugé en appel et L’Antijuif paraît chaque semaine. Avec Paris Police 1900, Fabien Nury livre une fiction policière au réalisme cru jusqu’à la violence extrême, traversée de thèmes très actuels : la condition des femmes, l’antisémitisme, la peur du lendemain.

C’est en 2019 sur HBO, que Damon Lindelof décide de revisiter en neuf épisodes l’univers complexe de Watchmen, roman graphique à succès d’Alan Moore, Dave Gibbons et John Iggins paru au milieu des années 80. Cette adaptation télévisée suit la proposition tonitruante et peu subtile de Zack Snyder sur grand écran en 2009 (Watchmen : les gardiens), et réinvente, grâce au regard introspectif et labyrinthique du showrunner de Lost (ABC, 2014-2010) et surtout de The Leftovers (HBO, 2014-2017), les enjeux de cet univers fictionnel. Watchmen de Lindelof explore la force des dénis qui nous habitent quant au racisme et à son histoire, en plaçant son récit, et son propos, dans une réalité alternative de l’Amérique contemporaine.

L’affaire La Pérouse convoque un mystère historique : celui de la disparition en mer, au XVIIIe siècle, du comte de La Pérouse, ainsi que des navires qu’il commandait. Puisque cette disparition n’a pas été résolue, le livre d’Anne-James Chaton pose la question : comment faire un récit de ce qui ne peut avoir de récit? A partir de cette question, l’entretien qui suit abordent les thèmes de la référence historique et de la fiction, de la construction formelle et matérielle du livre, de son genre comme de ses effets.

Quelques jours après la sortie de Ready Player One dans les salles, comment ne pas noter la quasi omniprésence de la virtualité et du paradoxe (jusqu’à l’affrontement) entre le réel et l’imaginaire numérique ?
Revue d’effectif d’une tendance avec trois exemples, une bande dessinée et deux séries, qui ont en commun de développer d’autres réalités, entre futurisme et post-humanisme : Alt-Life (à paraître le 6 avril), Counterpart et Altered Carbon.

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».

Ce ne sont pas seulement deux livres publiés aux éditions du Seuil que les jurys du prix Medicis ont couronnés ce mercredi 2 novembre 2016. Ce serait réduire la portée symbolique de ce double choix, cette extension du domaine littéraire, la reconnaissance d’un jeu avec les frontières essai/fiction, réel/fiction, longtemps considérées comme étanches, du moins en France.

Avec Un temps pour se séparer, Sébastien Smirou écrit un livre qui tourne autour de la figure de Robert Capa. Si l’investigation que mène l’auteur autour du photographe se présente comme une « fiction psychanalytique », elle est aussi l’occasion d’un certain rapport à soi, au monde, à l’histoire, à la psychanalyse, à la littérature, à la photographie, à la mort. Un temps pour se séparer met en œuvre une recherche littéraire qui conduit à l’invention d’un livre hybride et singulier, construit autant comme un journal que comme une fiction ou une série de réflexions subjectives – de notes – sur la psychanalyse, le corps, le geste photographique ou la judéité. Ce livre est enfin une approche de Robert Capa dans laquelle la visée purement biographique est remplacée par la tentative de cerner la vitalité d’une vie, la dynamique vitale à l’œuvre derrière – paradoxalement – la volonté de faire l’expérience de la mort, de photographier la « mort au travail ».

À Besançon en 1973, des ouvriers de l’usine Lip, fleuron de l’horlogerie française, découvrent par hasard que l’actionnaire majoritaire compte réduire l’activité de manière drastique et procéder à de nombreux licenciements. S’ensuit alors une action collective qui va durer près d’une année. De ce que l’on a appelé depuis « l’affaire Lip », Laurent Galandon et Damien Vidal ont tiré un roman graphique sensible, témoignage du combat historique des salariés pour la survie de leur entreprise : Lip, Des Héros ordinaires.