Véronique Pittolo : Ghislaine, le prince, et le pédophile

Inédit littéraire de Véronique Pittolo, extrait d’un travail en cours.

À Ghislaine… Bonjour Ghislaine, tu vas bien ?

(non, ça ne va pas … elle répond que ça ne va pas bien du tout),

On reprend : Chère Ghislaine,

et bla bla bla,

tu sais que les princes n’en font qu’à leur tête : une fois la couronne tombée

ou de travers, il fascinent encore les valets.

Regarde Andrew, pas très connu du grand public (comparé à Charles, Lady Di, ou Camilla). Le petit Andrew ramenait des mauvaises notes à la maison, on était gêné pendant les repas de famille, aux anniversaires, quand il faisait une blague déplacée, tout le monde regardait son assiette.

Donc, Andrew.

On l’aimait bien, on ne faisait pas de différences avec ses frères et soeurs.

Contrairement à son père le Prince consort dont on reconnaissait les uniformes à rayures qui faisaient des jambes interminables, son père qu’on sortait de Buckingam par beau temps les jours de cérémonie (Philip avait une petite place à côté d’Elisabeth), contrairement au Prince consort, donc, Andrew est mal élevé (il profite des jeunes filles dans la villa de Jeffrey Epstein, ça ne se fait pas en tant que représentant de la couronne d’Angleterre).

Souffrant d’un lumbago, il s’est un jour jeté sur la kiné du Palais, qui se souvient de cette scène comme d’un film d’horreur :

la scène où Hitchcock se jette sur Tippi Hedren (pendant le tournage des Oiseaux, pas dans le film mais entre deux prises, caméra coupée). Dans le taxi qui ramenait Tippi à l’hôtel, Alfred se jetait sur elle pour l’embrasser sur la bouche (vlan ! ventouse de l’homme ventru). Elle se débattait, se disant qu’un viol devait ressembler à un scalp ornithologique (on a l’impression qu’un corbeau vous arrache la tête). Alfred insistait toujours pour être au fond du taxi et se jetait sur moi, il m’étouffait, c’est fou, témoigne Tippi sur sa fiche Wiki.

Mais revenons à Andrew.

Donc, Andrew.

La kiné témoigne : Pendant la séance d’assouplissement de son lumbago, le prince insistait pour se mettre tout nu, et il m’a demandé plusieurs fois si j’appréciais les pénétrations anales. C’est quand même gênant quand on sait qu’une séance de massage se pratique en surface (sur la peau). On ne doit théoriquement pas entrer à l’intérieur des gens. À cause de ce témoignage (et d’autres témoignages venus d’Amérique), mais on n’en est pas sûr, parce que cette femme voulait peut-être obtenir un poste au Palais, être nommée Kiné en chef (quelque chose comme ça), elle a peut-être fait exprès de lancer une infox (fake new ?), en tout cas Andrew n’est pas en reste, il est tombé en disgrâce et la Reine lui a retiré ses titres de noblesse (affiliations militaires, patronages royaux). Le protocole et les bonnes manières, les services en porcelaine, les uniformes à pompon, la cornemuse, les franges, tout le folklore et la grandeur britanniques ont explosé, volé en éclat, dès qu’on a appris la vie de bâton de chaise du prince (beau-frère de Lady Di). Ceux qui ont besoin de repères supplémentaires sur la couronne d’Angleterre peuvent consulter Internet (la chronologie royale et les blasons de Buckingham sont sur Internet).

Donc, Andrew, un petit peu agité dans un pays où la royauté est tellement présente qu’elle doit passer inaperçue, divise les Britanniques. Personnellement, j’avoue mon attirance pour les espaces, les objets de l’aristocratie (Versailles, Buckingham, Schönbrunn), les bouquets, les parfums, les hauteurs de plafond, les grands miroirs qui donnent l’illusion d’être grand, plus grand et plus beau, plus important que le reste de l’humanité. Seul Buckingham a conservé ce décor de splendeur, tellement rassurant pour la population massée derrière les grilles, inquiète de l’état de santé de la Reine.

Andrew s’agite, sa libido s’enflamme, ce n’est pas bien pour l’image de marque de la royauté. Les petits histoires compliquées des Rois et des Reines, des Princes, des Princesses, ont de tout temps fasciné les enfants et les populations roturières, mais pour l’étiquette (la dignité), c’est risqué (les frasques, les pénétrations anales, ce n’est pas bien). Personnellement, je me place du côté des Britanniques émancipés, même si je n’ose pas trop avouer que j’aime aussi les symboles de grandeur (+ la soumission des valets qui s’intègre au décor).

Donc Andrew, j’y reviens par la petite porte de derrière, n’est pas seulement le survivant d’une monarchie essoufflée, mais également le compagnon d’un réseau de pédophiles qui comprend deux hommes d’affaires pendus dans leur cellule. C’est sordide et la monarchie ne peut s’y résoudre, il lui est impossible d’envisager un de ses descendants pendu au bout d’une paire de draps.

Difficile (la monarchie n’y survivrait pas). Difficile à envisager, donc. S’il avait Madoff comme voisin de détention, ok (mais Madoff est mort, donc, niet). Avec Madoff, il y aurait eu un moyen de s’arranger (petites combines). Il a d’ailleurs spéculé (Madoff), en détention, sur le prix des chocolats distribués par les gardiens. Jouissant d’une grande popularité auprès de ses co-détenus, il a trafiqué les marques de chocolat pour les vendre plus cher aux détenus les plus pauvres (cantine). D’où son succès auprès des gardiens et des voisins de détention, et l’idée que La Boétie avait raison : les faibles acceptent leur soumission (alors que le tyran est minoritaire et les faibles, plusieurs, c’est bizarre). Le faible accepte le chocolat Suchard (il ne fait pas de différence de goût avec Fauchon).

Après des siècles de puissance coloniale, dans ce vaste empire qui s’est construit sur mer et sur terre au mépris des populations autochtones, des années de bienséance, d’uniformes rayés et de longues jambes élégantes, la monarchie s’essouffle, vole en éclats (voir les unes du Sun, du Daily Telegraph). La part sombre de l’humanité ressort au cœur de la royauté. Elisabeth n’aimait pas vraiment Diana, mais Andrew, c’est son fils biologique (le sang d’Andrew est royal, malgré les frasques autour de la piscine de Jeffrey, malgré les jeunes filles en bikini, les massages exigés, les pénétrations, les sodomies, il y a encore des débris de royauté chez Andrew).

Dans mon amour de l’aristocratie (mon admiration), je me souviens d’Henri VIII (son obésité, ses multiples mariages, sa mysogynie), et je me souviendrai longtemps du petit rouquin qui ne fichait pas grand chose en classe (+ les repas honteux en famille, les blagues déplacées, les massages autoritaires). C’est désolant ces témoignages de toutes ces jeunes femmes qui devraient se taire, elles ont quand même profité de la piscine et des bienfaits du jus de banane-mangue. Malheureusement, l’une d’entre elles s’est rétractée moyennent une somme d’argent importante (syndrôme Madoff, Fauchon plutôt que Suchard). Un accord a été trouvé pour éviter procès et scandale : 12 millions de livres (14 millions

d’euros). Elisabeth a sorti son carnet de chèques personnel (12 millions de livres), parce qu’Andrew était devenu un embarras ambulant. Ok, il a encore le droit de porter son uniforme de vice-amiral de la marine (longues jambes), mais rien d’autre en-dessous.

La Reine a donc sorti son chéquier discrètement, puis l’a rangé dans son sac à main royal (assorti au chapeau fushia).