Prenez un tube de verre, une boîte de conserve ou un carton : placez-y des objets quotidiens, des messages, des photographies, des journaux, des livres, etc. Enterrez votre inventaire avec la mention « ne pas ouvrir avant 2957 » (ou n’importe quelle date dans un futur lointain). Vous aurez créé, comme Warhol et tant d’autres, l’une de ces Capsules de temps qu’inventorie Xavier Boissel dans son dernier livre, paru aux éditions Inculte.
Que nous disent ces time capsules de nos espoirs comme de nos peurs, de notre rapport au temps et à l’espace ? Autant de questions prolongées dans un grand entretien avec Xavier Boissel.

Toute écriture naît de la disparition, Derrida l’a montré, plus encore celle du deuil, disparition radicale, irréversible, muant le livre en testament, tombeau d’une présence, paradoxe d’une trace.
« De quoi demain sera-t-il fait ? », se demandait Hugo, « De quoi demain ? », ajoutait Derrida. De quoi ces lendemains ?, poursuit Jean-Michel Espitallier dans La Première année, quand Paris subit une vague d’attentats sans précédent à quelques mètres de chez lui, alors même que sa compagne, Marina, lutte contre le cancer qui va l’emporter.

A l’occasion de la parution de La première année, rencontre avec Jean-Michel Espitallier et entretien où il est question de ce livre-ci mais aussi, de manière plus générale, de son travail d’écrivain, de la musique, de Wittgenstein, de la guerre et de la banalité du mal, de Francis Ponge et de la batterie, de bricolage, du syllogisme, ainsi que d’un livre en cours d’écriture.

1. Pour chroniquer La Première année de Jean-Michel Espitallier, le plus simple aurait été d’en prélever quelques passages au fil de la lecture, les transcrivant tels quels, sans le moindre commentaire, marquant ainsi qu’il est inutile d’en rajouter. Quasi-perfection des formes brèves, des notations ramassées, de l’aphorisme : en quelques mots tout est dit – de ce dit qui nous incite à faire silence :

Quand même, c’est simple la mort.

Un Livre des places, donc. Soit, dans la lignée des essais collectifs Inculte, pluralité de voix en feuilleté pour évoquer un lieu politique et littéraire, un siècle En procès ou les matériaux du roman. Ici, les places comme lieu articulé et problématique, un foyer de revendications et contestations, le surgissement et l’expression d’une voix dissonante, en plein cœur de la cité, à la fois rassemblée et diffractée, dont ce volume se veut l’objet-livre métonymique.