Le très beau texte de Claire Tencin, Le silence dans la peau, enroule l’histoire de trois femmes, généalogie familiale sur trois générations échouées dans leur silence, le silence de la peau, le silence du désir, le silence de la mère : une mère aïeule qui doit se séparer de ses enfants pour jouir d’être une femme qui désire ; une mère qui doit renoncer au désir, qui déclare sa non jouissance de femme, une mère toute mère, infanticide et innocente ; une fille qui refuse la maternité, le devenir corps-mère, et qui par le récit fait advenir la mère avec la syntaxe du père moins le père.

© EBABX

Le cours de Pise rassemble les notes préparatoires d’un enseignement dispensé par Emmanuel Hocquard aux étudiants de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux entre 1993 et 2005. Dans un premier temps intitulé l’A.R.C Langage & Écriture, les enseignements auront lieu par la suite sous l’appellation de p.i.s.e : Procédures, image, son, écriture, l’activité d’Emmanuel Hocquard se rapportant à la dernière lettre de l’appellation.

Marie de Quatrebarbes © Jean-Philippe Cazier

Si le titre du livre de Marie de Quatrebarbes, Gommage de tête, est emprunté à Eraserhead, le film de David Lynch, ce titre est en français plus polysémique : le gommage comme effacement mais aussi comme élimination des peaux mortes – un gommage pour supprimer, effacer de l’existence, autant que pour vivifier, rendre plus vivant : ôter ce qui est mort ou faire disparaître de l’existence. Dans les deux cas, il s’agit d’enlever, soustraire.

Siri Hustvedt1
Siri Hustvedt

L’écriture, pour Siri Hustvedt, est un yonder. Ce mot étrange est, comme elle l’écrit dans Plaidoyer pour Éros, qui paraît enfin en poche chez Babel, un « exemple de magie linguistique : il identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là –, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé ».
Yonder soit cet espace paradoxal, dans et hors des mots, en soi et extérieur à soi — et yonder l’exprime également dans sa fonction d’« embrayeur », il est de de ces « mots qui se distinguent des autres en ce qu’ils sont animés par le locuteur et évoluent en conséquences ». On ne peut donc réellement définir la place désignée par yonder (là), il suffit de se déplacer pour que le lieu trouve un nouvel horizon, un nouvelle espace. Yonder est un mot qui « oscille », flexible, subjectif, labile, à la fois espace mental et géographie personnelle, imaginaire. Entre réel et fiction.
Les douze essais de Siri Hustvedt s’ouvrent sur ce vocable symbolique et plein. Ils trouvent un sens dans cet espace de réflexion ouvert par un mot, ses connotations, son impossible définition. Chaque texte, écrit et publié entre 1995 et 2004, en creuse l’approche.

Mathieu Riboulet © Sophie Bassouls

Que dire lorsqu’un écrivain meurt ? L’écrivain est ses livres et les livres ne meurent pas. Ils peuvent être oubliés, ne plus être lus, mais ils ne meurent pas. Que dire sinon, peut-être, le silence, se taire ? Et lire les livres.

Mathieu Riboulet vient de décéder, lisons ses livres.

En hommage, nous republions un article écrit lors de la parution des Œuvres de miséricorde, en 2012.

Suzanne Doppelt

Dans l’ensemble des livres de Suzanne Doppelt, et plus précisément de Totem (2002) à Vak spectra (2017), dans Le pré est vénéneux (2007) ou La plus grande aberration (2012), textes et photographies s’agencent dans un travail de combinaison rythmant l’écriture à la fois littéraire et photographique. Les photographies en noir et blanc se composent souvent par séries ou planches selon différents formats.

Des châteaux qui brûlent, d’Arno Bertina, met en scène l’occupation par les employés d’une usine d’abattage et de conditionnement de volailles. Ce conflit social particulier permet la perception comme à la loupe d’un monde qui est en lui-même conflictuel : le monde actuel du néolibéralisme qui implique l’antagonisme entre les intérêts, le rapport de force, la relation sociale comme guerre, avec ses vainqueurs, ses victimes, ses morts.

À l’occasion de la parution des splendides Poèmes et antipoèmes de Nicanor Parra, l’écrivaine Claire Tencin a interrogé pour Diacritik Felipe Tupper, le maître d’œuvre de cette indispensable anthologie bilingue qui vient de paraître au Seuil dans la collection de Maurice Olender. Tencin et Tupper s’interrogent ici sur les arcanes de l’œuvre clef du poète chilien de 103 ans, enfin traduite en français par Bernard Pautrat.